Lointaines chutes de neige – Anghel Dumbrăveanu

 
 
Les mots par moi écrits
Sont une façon de parler
Dans l’humilité du silence
Et n’ayant à qui les donner
Je les enfile ici
Comme un étonnement.
Là je pense à un traîneau
Qui me porterait par des lointaines chutes de neige
Jusqu’à celle maison.
Mais tout se passait il y a longtemps.
Celui qui a connu la caresse
Ecrit ces fleurs à la senteur de femme -
Une façon de parler
Dans la solitude
Et dans l’humilité du silence.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-q7

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Tapis Roumain – Virgil Carianopol

 
Comme une plaine, miroitant tout l’infini,
Plein d’oiseaux dans les rameaux, chantant,
Tu le regardes, il porte dedans l’inassouvi
Des temps jadis l’histoire éclairant.
 
Tout parsemé de lys et citronnelle,
Bleuets sereins et coquelicots fluets,
Vivantes fleurs de lilas ou camomille
Te poussent à t’y pencher, et les humer.
 
Posé au mur, près du lit, en demeure,
T’étends dessous comme en orées des champs.
Tu sens sa douce fraîcheur, soie éphémère,
Et c’est comme si t’effleurait un doux vent.
 
Travail profond en laine et harmonie,
Avec des éclaircies et arbres dans le vent,
Son plein repos te pousse en rêverie
Ou faire un somme dans l’herbe qu’il étend.
 
Et quand le soir la lune de sa lumière
Le touche en plein, par ses rayons soumis,
Une cigale saute, comme dans des bruyères
Et y chante joyeux, en catimini.
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-pZ
 
 

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Le sentiment des jours – Romulus Vulpescu

La guerre commence toujours un dimanche vers dix heures du matin
Et, si le temps est clair, jusqu’au six heures du soir, plein d’héros ont péri.
Pour la paix, la sobriété est de rigueur, un air pas trop câlin :
La paix se conclut à l’aube, d’habitude à cinq heures, un jeudi.
 
Les femmes désirées s’offrent aux trois heures de l’aprème, un lundi :
C’est là qu’elles abandonnent contraintes, affaires, conventions.
Un peu tristement, voire lointain (la raison ne put être établie),
Elles prennent congé au vermouth, vendredi treize heures, après collation.
 
Les enfants naissent plutôt – je remarque – mardi en soirée :
L’heure qu’ils préfèrent vers sept heures et quart – asses hâtif.
Samedi vers quatre heures des parents on se sépare,
Les accompagnant pour un voyage plutôt long et, sûrement, définitif.
 
Mercredi seulement, les heures traînent, en attendant :
Mercredi seulement l’indifférence me guette et sans aucun atout.
Mercredi seulement je partirai, en heure sans temps, chais pas quand :
Mercredi seulement il ne se passe rien du tout.
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traduit du roumain par Cindrel Lupe
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Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-pS

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moments quotidiens – George Almosnino

autoportrait
 
dieu qui suis-je
un mangeur de saucisses
un grand silence dans une grande bêtise
je tresse la corde dont je me pendrai
et me sors la langue
d’un filet de clémentines
*
ramasse les miettes maman
 
quelqu’un est près de la porte
maman
ramasse les miettes sur la table
cache mes bateaux en papier
dans le panier à linge
mets la vase à fleurs sur la table de chevet
les lunettes pose-les sur l’album de famille
prépare un sourire sur ton visage
dis-lui que tu viens à peine d’accoucher de moi
je dors
quelqu’un est près de la porte
*
 
je voudrais lui dire au petit prince
 
là où ici partout
je suis une chèvre mes sabots tapent
sur la terre bleue et chaude
durant la nuit entière je cherche mon cabri
il est parti hier au matin
son odorat recherchait la trace d’une rose
sa vue broutait une voyelle
dans un miroir occulté
parmi beaucoup d’autres panneaux de voirie
j’ouvrais la bouche en blanc
je tapais sur mes dents en silence
m’agaçait le nuage
qui tombait sur mon front
*
 
échange
 
mes nuits sont devenues
des coquillages fatigués de l’eau
 
tu peux te prosterner au lointain
d’un zéro de craie
ou d’un moule
dans lequel on coule
toutes les âmes
 
je connais un jeu paisible
avec des enfants endormis
près de bouches de canon
je connais un jeu ancien
où l’on échange seulement les mains

quelqu’un m’offre une pierre
exigeant en échange mon bras droit
*

traduit du roumain par Cindrel Lupe
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Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-pM

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Axios! Dignus est! – Horia Zilieru

Délie-moi valachie qui me fus vouée
Par cette tour Babel archaïque tyran
Chamane extraterrestre / pour moi crâne.
Corbeaux hérétiques secouent leur livrée

Et sur les clochers dans une étrange danse
Griffe de ma serre en hittite des versets.
Perdis-je la bonne samaritaine/ l’enrouée
Tel mont qui porte uranium en sa panse

Les tremblements de terre l’inspirée lave :
Moldave boréale / agrandissement.
Et dans la flamme de l’angle une pierre esclave

En contournant de loin la loi espère
Par des tournures d’ascèse éphémère
Des corps un méta / recommencement.
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Traduit du roumain par Cindrel Lupe
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Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-pJ

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Mon cœur – Ion Horea

Depuis un temps mon cœur vraiment je l’ai senti
Que chaque automne comme une pomme il mûrit.
 
Dans les moments hâtifs des longues journées d’été
Je sens comme en silence tel une poire il s’achevait -
 
Mon cœur ensemble avec les arbres du verger
En automne s’assombrit et comme une prune il est sucré,
 
En cimes frémissantes à travers le feuillage amer
L’entoure d’en haut comme un coing la lumière.
 
Mon cœur se casse avec fracas comme une noix,
Si l’automne perdure et l’ombre traîne trop bas,
 
Et attend tel une grappe de raisin, tel un soupir,
Que tu te penches tout près de lui pour le cueillir.
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traduit du roumain par Cindrel Lupe
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Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-pB

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Cantique pour Eminescu – Arcadie Suceveanu

Au coeur de l’hiver,
En mi-janvier */ ,
L’air est blanchi de cantiques.
Au firmament,
En diamant
Luit une étoile bénéfique.
De son saint feu
Comme un aveu
Touche les yeux balladesques, ou
Le front de prince
Le sourire mince
De Mihai Eminescu.
Rayon d’amour
Partout autour
Brille aux éclats sur ce monde,
Âme et verbe,
Langue de proverbe
Ont leur seigneur qui les fonde.
Le signe hivernal
D’homme et d’étoile
Appèle par le temps et rassemble :
Forêts aux sapins,
Soirs aux matins.
Les gens à leurs chants se ressemblent.

Ô, leruï-ler,
Sous le ciel clair
L’air est blanchi de cantiques.
Maintenant comme hier
En mi-janvier
Luit une étoile bénéfique.

*/ 15 janvier 1850 – date de naissance de Mihai Eminescu.

Considéré comme le plus grand poète roumain, il fut aussi un philosophe et écrivain.
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traduit du roumain par Tudor Mirică

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Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-py

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Aujourd’hui le Christ est né – tradition

Aujourd’hui le Christ est né
Messie, âme illuminée.
Sacrez-le, chantez-le
Vous réjouissez !
Petitou, enveloppé
Avec doux coton langé.
Sacrez-le, chantez-le
Vous réjouissez !
Tombe la neige, elle le protège,
Le vent bise, ne l’attise.
Sacrez-le, chantez-le
Vous réjouissez !
Et que pour l’éternité
Grâce de Dieu puisse perdurer !
Sacrez-le, chantez-le
Vous réjouissez !
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Lisez l’original en roumain :
*
http://wp.me/p1wz5y-pt
*

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Le Soir de Noël – George Coşbuc

Tombent lentement, flocons volant
En foyer brûle le feu,
Et nous, notre bonne mère entourant,
Oubliâmes notre jeu.
Depuis longtemps le lit attend,
Mais qui pourrait coucher ?
On suit maman, nous racontant
De sa voix douce et claire.
 
Comme Christ en froid et paille gisait
Dans une crèche de misère,
Et comme le bœuf sur lui soufflait,
Chaleur pour le chauffer,
Comme Lui offrirent un agneau beau
Les pastoureaux voisins
Et anges blancs chantaient au cieux,
Rameaux fleuris en mains.
 
Oyez ! Surgissent maintenant des chants
Bribes d’un cantique d’accueil,
Qui viennent plus près, s’arrêtent en champ,
On l’entend sur le seuil –
Nous attendons les yeux rivés
Nos souffles en retenant
Les anges du ciel sont arrivés
Et Le Seigneur régnant !
 
Ils chantent glorifiant, serein
Des chansons de louange,
Ensuite amèrement ils plaignent
Judas la foi en fange,
D’épines, soldats, et qu’il est mort …
Mais le tombeau s’ouvrait à l’air
Et Lui maintenant le ciel le porte
De là-haut il juge la terre.
 
Avant qu’ils ne se taisent, nous,
N’en sortions aucun son -
Pauvret, mais chaud et cher nous fût
Noël dans la maison.
Et enfin quand nous terrassait
Le sommeil bienfaiteur,
En rêve, des fleurs blanches on voyait
Et-en langes, petit, Le Seigneur.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/s1wz5y-1571

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Chanson de Noël – anonyme

 
Comme chaque année, arrivent des gais
Chanteurs, pour le soir de Noël,
Le gel est fort, la route enneigée,
Mais la coutume est telle.
 
Je chante en chœur avec les vieux,
Ce chant sacré et bel.
Il était « Père » même pour eux,
L’ancêtre Père Noël.
 
C’est bien la fête et les jeux,
Ton bonheur est réel.
Mais il y a des foyers sans feu
Et demain c’est Noël.
 
Là je te laisse, sois bien portant,
Et, par Noël, heureux.
Mais, n’oublie pas, si t’es content,
Roumain, sois généreux !
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-pf

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