Archives mensuelles : mars 2011

Emotion d’automne – Nichita Stănescu

L’automne est là, couvre-moi le cœur avec n’importe quoi
avec l’ombre d’un arbre ou mieux encore avec ton ombre à toi.

Je crains de ne plus te voir, à l’occasion,
que des ailes pointues jusqu’aux nues me pousseront,
que tu te cacheras dans un regard étranger
et lui se fermera dans un feuillage amer.

Alors je me rapproche des pierres, m’ayant tu,
prends les mots et les noie dans l’océan
Je siffle la lune je la lève et la mue
dans une grande passion.
*

traduit du roumain par Cindrel Lupe

lisez l’original en roumain : http://wp.me/p1wz5y-2A
* mise en musique de Nicu ALIFANTIS

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pluie de farine de maïs – Angela NACHE-MAMIER

Née en Roumanie en 1949, Angela Nache-Mamier
vit et travaille en Languedoc-Roussillon.
Professeur de roumain en Roumanie,
professeur de français en France,
sa poésie est superbement bilingue, ce qui nous
a facilité le boulot,pour ses poèmes écrits en français. 
Autres talents que ceux d'artiste polyvalente :
inciter tous ses amis à la création.
Défaut principal : aucune trace de méchanceté.

***

Monter les poneys de l’innocence,
Boire la mousse chaude du lait
De Florica –une bonne vache
Du hameau
Croquer les pommes acidulées
Caresser les truites nacrées
Sous les grosses pierres
de la Rivière argentée,
Galoper sur les tas géants
De brassées de chanvre
Rangées
Dans le lit de l’eau avenante,
Faire exploser les couleurs
Des tapis fleuris, adoucis
Dans le tambour du vieux moulin,
Humer le pain sacré
A peine sorti du four .
La vieille femme noire,
Toute de noir vêtue
Parle toute seule,
Verse depuis toujours
Dans l’eau salée
Une pluie ensoleillée
De pétales de maïs,
Les petits sauvageons
Ont si souvent faim,
La polenta dorée et moelleuse
Brûle, impitoyable,
Leurs tendres palais …

(Ma Roumanie mistérieuse – 2008)

lire la version en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-3y

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Le douanier en train de peindre ou Le Voyage – Daniel Turcea

I

la Ville, comme dans un atrium brûlant
un rameau de santal
le vrai, visage abandonnant
toute image, laissant
un sein de cendres
le lin
ses couleurs le montrent comme un nu
corps de femme quand un tigre descend
immense, sous les étoiles, sa face vers ses
yeux, qui maintenant
rêvent comment un tigre qui descend sa
face vers ses yeux comme un reflet en fontaine
qui monte vers se lèvres
et voici
la Ville, comme dans un atrium, embrasé
un rameau de santal
mais tendres, les fils de la paix en route
tellement humbles, indomptables

II  Le  Peintre
regarde, les feuilles ont de la lumière en leur mie (lui
à gauche de la resserre
peintre au péage du froid
voyageant dedans la lettre „o”
vide et plein, l’affirmation-de l’affirmation
coincidentia oppositorum, feuille de saule, robinier fleuri
serpent en forme de laurier
dompteur d’églantines, il fut entendu
prêcher à une grenadine
du cygne qui sera fusillé
entre les nénuphars tout près et, comment
seront
le fusil d’argent, aux sceaux, envoyée aux cendres
la main, la coupable
et les cieux ne seront plus
comme à présent)

III
caresse de clavecin, la rosée sur les armes
il est dimanche dans le Jahvéisation
dans la montagne

IV Le Tigre lacérant une gazelle
(oh, les peuples près de la mer
rivage pollarisée !) sous minces les feuilles de la
saule
un martinet assis
partout, l’âme
plus beau, le sang
implorant, sous le ciel
sous les paupières de la gazelle, des tigres captifs
non, il n’y a pas d’humilité dans la fuite de l’antilope
une cape lui laisse
entre les griffes comme un éclair
l’air et les langues vertes
voilà, auprès de la fibre empourprée, presque guerrier, dans l’ombre, aux aulas
comme si le bois se rappellât une coupole
de la Ville plus vieille que la montagne où
– en sécheresse
qu’inonde – avec de l’émeraude fut écrit, le matin
le visage de la destruction

V  Chez Rousseau
et, seul, tu montes au delà, t’asseois
parmi les êtres indescriptibles, qui viennent
chaque soir, et tu ne les vois pas
l’amandier embrasé
revasse aux vergers et comment
quelqu’un
drappé en flamme vient
et lui cuieillit l’âme
et le lui emporte

VI  Pensifs
nommez-les pensifs sans pareil
moi je les appellerai :
saule, saule
ou
seulement rivage
archipels aux après-midis
lagunes aux temples, vénins
langoustes
ciselées par une pensée

Golfe de temps immobile, gaspillage
si des écailles tomberont des yeux, les journées d’en mémoire

VII

„maintenant”
murmura
„là-bas les nuits sont indigo” et alors
des branches fleuries, comme si flottantes, est venu
l’Homme de la Douleur de Saint-Domingue
à la main avec une canne au sucre

peignant, il mourut
c’était
une infinie surprise en tout ce qu’il voyait

* * *
inexistent en lumière
de la timidité de ne pas aveugler
ainsi s’est-il montré en lumière

*

traduit du roumain par Tudor Miricã

*

lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-38

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Classé dans Daniel Turcea

J’ignore comment c’est arrivé – Magda ISANOS

Magda ISANOS (1916-1944)

J’ignore comment c’est arrivé
La jeunesse est partie, est passée.
L’arc de mes sourcils moins tendu
Fier et et bien dessiné il n’est plus.

Des jours résonnants qu’en est il arrivé
de mon été au blé et à la chicorée ?
Je ne chercherai pas, je me souviendrai point.
Toutes les choses étaient bien plus belles, avant.

Lumière constante
qui ne me trompe, ne me tente.
Tous les fruits que j’avais convoité
sont mûrs et fleurissent encore en pensée.

Oui. J’ignore comment c’est arrivé.
La terre est petite les horizons ont diminué.
Pas de miracles et pas d’étoiles filantes
comme dans les nuits de mon enfance.

*

traduit du roumain par Cindrel Lupe

*

lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-2v

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Ex libris – Tudor ARGHEZI

Tudor ARGHEZI (1880-1967)

Bel livre, louange à qui voulut t’écrire
Lentement pensé, si tendrement bâti;
T’es comme une fleur, qui à propos fleurit
Dans mes mains jointes, prêtes à t’ouvrir.

Un violon tu es, qui seul chantonnes
Au long d’un fil de crin, l’amour entier,
L’ensemble de tes pages, vérité,
Est imprimé en pures et saintes fontes.

Un homme de sang prend sur sa cime la boue
D’elle y fait naître son immense fantôme
De rêveries, d’ombre et d’arôme
El le descend vivant et parmi nous.

Autant le livre est beau dans l’intention
Son sacrifice nous semble futile.
O livre aimé, pourtant si inutile
Tu ne réponds à aucune question.

*

traduit du roumain par Cindrel Lupe

*

lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-2r

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La ballade de la splendeur – Daniel TURCEA

(1945-1979) - architecte et poète
Impossible à classifier
ni en tant que personne ni en tant que poète.
Sa poésie sépare les mots de leur sens courant,
usé par le quotidien
et leur rend le relief et les valeurs primordiales.
Sa brève existence subit la même métamorphose.

*

la ballade de la splendeur

éveille l’envol
que Tu as mis
dans l’oeuf

oeuf réfléchi
de l’âme
le nuage

et voilà
le ciel étroit
et comment
me renferme-t-il

à peine j’entends
comment
Oiseau
tu m’appelles

au dessus des eaux
là bas
ouvre-moi !

tu me dis
ce que je ne vois pas

ce qui est au delà
des pensées

en splendeur

et tu consens
et la beauté commence
et la douleur

*

traduit du roumain par Tudor Miricã

lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-3d

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En prochaine saison – Petre Stoica

Allez je tire le rideau mon spectacle a pris fin
suis pas clown vous en avez eu assez pour votre argent
je vous ai montré  le poisson japonais du bocal
méditant au sort des avions supersoniques
entre deux vers je fis même des sauts périlleux
mais personne les a vus des fois j’apportai sur la scène
la chèvre, le phonographe, la grenouille candide et ce coeur le mien
svp dirigez-vous vers vos propres demeures
dans le monde y’a forte réjouissance et il pleut il pleut toujours
ma maison n’est qu’une tour faite de papier mince partez en
prochaine saison je vous montrerai quelques preuves
des cornes du diable à vous tous mon salut

*
traduit du roumain par Cindrel Lupe

lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-2i

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Classé dans Petre Stoica