Archives mensuelles : mai 2011

Trois poèmes – Constanţa Buzea

MINUS
 
Quand je dors je suis aveugle
Quand je pense je perds l’ouïe.
Mais quand j’aime et quand j’y reste
Afin d’être là où je peux
Agencer un plus de moi,
Quels sens je perds,
Quel monde j’oublie ?
 *
PLEURS A LA PLUIE
 
Timide est le ciel quand dans les pluies il nage
Le bleu dissout, descend aux choses, n’est guère,
L’ombre imagine une valée amère
Aux étoiles privées de leur terre volage.
 
Je plains vengeresse, scrute le froid, c’est dur
Et sombre l’air qu’en mes poumons humer je veux,
Passa par pur hasard un temps heureux
En leur faussant aux larmes le contour.
*
 
EFFET
 
Mon âme, elle est une larme de mes rêves
Pas douloureuse et mal encore connue,
Tu es si seul fermé dans ma relève
Et sembles le joyau jamais vendu,
En haïssant son prix comme une trêve…
Par l’étroite forme de la perfection
Tu ne pourras jamais passer vêtu,
Ni réjoui par jugements sournois.
Une simple tête, pour toi comme une vertu
Aux longs cheveux adjoints depuis par moi
Et une gelée qui fige les clarines du filet
À travers duquel tu vois ta mariée.
*
Traduit du roumain par Tudor Miricã.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-79

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Echecs – Marin Sorescu

Je bouge un jour blanc,
Il bouge un jour noir.
J’avance d’un rêve,
Il me le saisit en guerre.
Il m’attaque les poumons,
Moi je réfléchis une année à l’hôpital,
Je fais une brillante combinaison
Et je lui gagne un jour noir.
Il pousse un malheur
Et me menace du cancer
(Qui pour l’instant se déplace en croix)
Mais moi je lui oppose un livre
L’obligeant de se retirer.
Je gagne encore quelques pièces,
Mais, voilà, la moitié de ma vie
Est sortie hors de table.
– J’te mettrai en échec et tu perdras l’optimisme,
Me dit-il
– Peu importe, je blague,
Je ferai la rocade des sentiments.
Derrière moi, ma femme, les enfants,
Le soleil, la lune et autres mouches du coche
Tremblent pour chacun de mes mouvements
Moi j’allume une cigarette
Et continue la partie.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-73

 

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Ballade du matou – Nichita Stănescu

J’aurais aimé être matou
la queue touffue, fourrure rayée,
avec des griffes et moustachu,
un œil verdâtre et l’autre ambré.
 
A l’heure quand cahin-caha
la neige de toute la nuit s’amasse
moi, installé en haut du toit
je feulerais la lune qui passe.
 
A ce moment, que sept mémères
me lancent acharnées des pierres
en ronchonnant, me maudissant
de les réveiller, en feulant.
 
D’en haut, du pic de la semaine
je ricanerais, courbant ma bosse
c’est l’âtre, pas les maîtres, que j’aime
comme les toutous font, pour un os.
 
Alors, qu’encore les sept mégères
me lancent acharnées des pierres
et moi pardi, moi j’hurlerais
tant que la lune ne se coucherait.
 
J’aurais aimé être matou
la queue touffue, fourrure rayée,
avec des griffes et moustachu,
un œil verdâtre et l’autre ambré.
 
Lorsque les aubes décollent les yeux
je m’en irais, je m’en irais,
la casserole au bout de ma queue
avec grand bruit je traînerais.
 
Cradingue et fatigué, ensuite
toutes mes entrailles de jeun gavées
que je m’amasse, que je cours vite
parmi le linge mis à sécher.
 
Comme si un rat je rencontrais
mon dos je le ferais arquer
cracher, encore cracher et puis
hanter les belles rues, indécis.
 
Quant aux minettes des voisins
je les rendrai toutes zinzin,
pour qu’un chaton dans leur portée
ait un œil vert et l’autre ambré.
 
Lorsque ma mort oublie ma rogne
près du bistrot de mon faubourg
lampée dans le bol des pognes
âcre piquette pour toujours.
 
« Putain de vie … putain de sort
allez danser, recommencez …
regarde … il gît dans le fossé
le matou mort, le matou mort … »
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-6N

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J’suis jaloux, que diable … – Mircea Cărtărescu

J’suis jaloux. Je sais que ce n’est pas bien
je le suis, pourtant, même si cela ne sert à rien.
J’suis jaloux quand je prends mon bain,
quand je broie le café, quand je rentre de ma lointaine
fabrique,
quand j’écoute n’importe quel disque de musique.
 
J’suis jaloux quand je peigne mes cheveux, quand j’enfile mon pantalon
quand j’apparais à la télé, quand je regarde les piétons
restés ébahis à la vue d’une nouvelle ruine
quand je vois les cocottes devant l’hôtel Bucarest, qui ne
disent pas non mais s’en vont avec les garçons
si elles empochent illico leur pognon.
 
Je le regrette, amour, j’suis comme ça, j’peux pas être autrement,
j’peux pas m’empêcher de te voir dans les bras d’un autre
j’peux pas me maîtriser ce tourment intérieur,
ne pas te reprocher quand tu rentres tard…
J’ai peur quand t’es trop enjouée
et je me mets en colère quand te vois navrée
et je pense : zut ! maintenant elle l’a fait !
zut ! elle l’a fait, c’est clair !
 
J’suis jaloux. Je sais que c’est embarassant
Je sais combien je suis hideux, mais je le suis, pourtant.
J’suis jaloux quand je vais au dentiste,
quand parle aux Actualités quelqu’irrédentiste,
j’suis jaloux quand nous faisons amour et quand je ments,
je suis jaloux é-nor-me-ment !
 
Je pense que l’on sache et que mes amis compatissent,
J’essaie de te faire trahir par des méthodes subtiles,
je feins le libéral dans les questions sexuelles,
te regarde dans les yeux, te prie de ne pas me mentir,
je fais la moue toute une matinée, parfois
et j’suis plus moi-même, j’suis plus moi-même, amour…
 
Je suis jaloux quand je tape à la machine,
jaloux quand je lis quelque chose de Muşină,
idiotement jaloux quand au Kundera tous excitent
toutes, et quand dans le décor Ioana Bulcă récite,
j’suis jaloux quand je prépare des frites.
Jaloux quand j’arrose les fleurs, quand j’éternue,
la défiance m’étrangle, saugrenue,
les scénarios m’assombrissent,
les possibilités, probabilités m’ahurissent,
j’suis jaloux quand je fais le malin,
et je ronge mes ongles et trémousse et me plains…
 
Je le regrette, amour,
c’est comme ça.
*
traduit du roumain par Tudor Miricã.
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-6I

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Les femmes – Mircea Cărtărescu

 
„les femmes sont intéressantes
jusqu’aux 20 et au delà des 30
environ 5 avant et 5 après
quel gamin n’a pas envie, même quand il ignore à quoi
ressemble ce truc-là
une gonzesse de 30 ans ?
quel déplumé à 35-40 ne veut-il une espiègle ?
quand tu as une grosse tu veux une maigre, car les femmes sont intéressantes
un peu en dessous la silhouette et un peu au-dessus –
quand t’as eu une lascive, tu voudrais, j’sais pas comment,
une pudique, faire ça à la lumière éteinte… »
 
Doru et Dinu (que Dieu le pardonne)
chez Dinu, une nuit de griserie entre copains
à la cuisine, aux p’tits verres de cuba libre : les gars,
y’a rien de plus génial au monde que de niquer !
Quelle drogue est plus forte, quel poème secoue plus dur ?
 
« au fait, les femmes sont pareilles à nous
elles sont aussi curieuses que nous
tu sais, tu vois une dans la rue ou en tramway
et penses : mec, ça serait comment ?
elles pensent à la même chose.
Et comme l’on trouve des garçons timides comme des fillettes,
y’a aussi des filles qui t’ouvrent la braguette
dès qu’elles sont entrées chez toi.
 
Radu, au bistrot, une soirée froide
devant une bière encore plus froide :
« 24 ? tu parles ? Ben moi à 24
J’étais déjà ennuyé par les poules, j’en ai eues des tas…”
Et après, en jouant au briquet : „tiens, le secret c’est
qu’une môme ne s’attarde auprès de toi
que si elle a l’idée que tu la maîtrises,
en outre pourras-tu être grosse légume ou génie,
ça, ça me fait carrément gerber…”
 
„les femmes ne sont pas des humains
on peut pas faire bon ménage avec
mais ça tu ne le comprends qu’après les noces
et vise la colombe comme elle s’élance
comme elle tonitrue
quelle instruction te fait-elle…
il est vrai qu’alors
c’est plus la même chose
cinq ans passés, quand lui mets la main au cul
c’est comme si tu mettais sur le tien.”
 
m’sieu Nicky, au resto (moi et Traian
en l’écoutant les vodkas devant nous) :
„ça c’est pareil qu’avec les femmes : quand tu vois une dans la rue
son bas un peu tordu
te rends compte que la nana est abordable.
la perfection inhibe, chez les femmes
pareil pour les oeuvres d’art.”
et nous : excellent,
excellent, professeur !”
 
„les femmes splendides et les femmes laides,
elles sont ok.
mais, en échange, gare
à la fille commune, qui, en jeans et T-shirt,
tu la vois, ni laide, ni belle,
à la station du tramway.
elle est comme toi et t’attend.”
*
traduit du roumain par Tudor Miricã.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-6C

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Seul et tout blanc – Darie Novăceanu

Seul et tout blanc, peu après la mi-nuit
sortant des étincelles des pavés, secouant
avec un seul et long hennissement
l’obscurité des arbres alignés sur les trottoirs
ainsi je l’ai vu, seul et tout blanc.
 
Seul et tout blanc, en s’avançant sans hâte
Au milieu de la ville, broutant irrésolu
trèfles pourris depuis les étals de la fortune
la selle embellie, seul et tout blanc.
 
Seul et tout blanc, les rennes libres,
éclairant le silence agenouillé au coin des rues,
frappant des sabots dans les arrêts de bus,
à l’heure quand les âmes cessent de voyager
même pas tenues par la main. Seul et tout blanc.
 
D’où venait-il ? A qui il serait ?
A un barbare d’il y à mille ans ?
A Bayazid ? Ou si jamais à Gengis Khan ?
Et il s’en allait où comme ça tout seul et tout blanc ?
 
Mais je l’ai vu : il a longé les rues dernières,
a contourné le lac, se perdant vers le nord,
trottant tranquille. Seul et tout blanc.
Je crains qu’il appartienne à une ballade jamais écrite.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-6u

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Le marchand de sabres – Ilie Constantin

I
Dans une bourgade oubliée par les auspices
Vivait jadis un homme bizarre, un mal-aimé,
Qu’affreusement le rappelaient les maléfices
Et des soupçons affreux le contournaient.
 
Marchand de sabres et poignards,
Un ahuri, un étranger pour tous, un isolé,
Il avançait par les grabuges de bazar
Ses traces par son léger chausson cachées.
 
A son visage tourné envers l’oubli,
Sans un regard, il naviguait en soi,
Comme s’il écouterait sans un répit
S’articuler la même pensée par milles voix.
 
Au début fut-il recherché et suivi
Pour son négoce, marché intarissable,
Car tout autour la ville inassouvie
Lui demandait le rictus de ses sabres.
 
Des baroudeurs périrent tailladés,
Les fils des morts grandirent à leur temps.
Seul lui, l’homme au regard biais
Restait le même parmi les changements.
 
De son âge stable, insolite, à sursis,
Un sorte de crainte apparut dans l’air,
En convoitant de s’élargir comme si
Le temps tentait furtif à s’éloigner.
 
Ils maudissaient son être, sans la doute
Du moindre signe de la vieillesse, car
Le soupçonnaient de longue date qu’il goûte
De ces fruits qui poussent nulle part.
 
Laquelle pourrait-elle être cette pitance
Qui l’éternisait, sinon les longues années
Restées des jeunes vies dont l’innocence
À sa propre vie fut ajoutée ?
 
…Entre les panoplies veilla l’marchand
Se rappelant de son étrange destinée.
Le passé s’enchevêtrait à son présent
Lui-même se soupçonnant un étranger.
 
II
Quand se rétrécissait de musulmans Byzance
En saints passant ses peurs, et en statues,
Lui, jeune esclave, s’étonnait de l’aisance
Dont la chaîne rouillait sur sa cheville nue.
 
Manquant d’armoiries il ne se révolta
Jamais sa voix ne retentit des fonds des caves,
C’est ainsi qu’ils l’oublièrent en son état
Ses geôliers, le vieil-jeune esclave.
 
Un fois, quand il vaguait à l’aventure
Par creux de mine, comme un revenant,
Il parvenait sous les étoiles mûres
Sur les rochers s’évanouit en respirant.
 
Quand le soleil les cils lui caressa
De ses fraîches rayons, il s’éveillait,
La vieille chaîne doucement se desserra
Et sa première journée de liberté surgissait !
 
Dans une rivière s’attarda en se baignant
De son trop jeune corps épouvanté,
Sentait sous la peau lisse se débattant
Les rythmes vifs du sang qui circulait.
 
Mais pourquoi c’était lui qui fut choisi,
Et par qui ?, en recevant un fort
Chapelet de vies, parmi des autres vies
Qui passent vite entre naissance et mort ?
 
Il était beau. Aima. Lui fut retourné
L’amour partout, et de surcroît.
Sa vie, d’une toute éternité tissée
Plongea dans ces amours, en désarroi.
 
Mais les années sur les amours passèrent,
Les femmes aimées fondirent au néant
Et connaissait déjà les coups d’colère
Que lui jetaient ses propres vieux enfants.
 
III
Alors vers un autre peuple s’évada.
Une langue inconnue lui sonna en ouïe
Parait qu’une neuve vie à l’autre succéda
Comme agencée par les syllabes inouïes.
 
Lui fut facile de réapprendre la tendresse
La bouche d’une autre femme l’enseignant
Et il pria, tout oublié par la vieillesse
Les nouveaux fils autour de lui en grisonnant.
 
Abandonné de tant de fois à soi
Au bout de tant de cycles, attristé,
Lui, sa jeunesse comme un émoi
Se la cachait, par le chagrin miné.
 
Rien ne arrivait plus de l’enchanter
Parmi les gens en se cachant la mine,
Sentait un sauvage désir de s’enfoncer
Jusqu’à poignée, un sabre dans la poitrine.
 
Mais il craindrait sa propre convenance
Comme une cuirasse empruntée.
Dans son corps épargné par la souffrance
Gisait, comme dans une autre mine, muet.
 
*
traduit du roumain par Tudor Miricã.
lisez l’original en roumain :

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Classé dans Ilie Constantin

Les ancêtres – Ioan Alexandru

Autant fût-elle si pauvre leur demeure
les anciens duraient plus et moins pesant
Près des parents vivant une vie entière
Une autre encore auprès de leurs enfants
 
Passé le jour ou leur succession
Se trouvait advenue en lieu saint
Gorgés de vie et de ravissement
Les aïeuls s’en allaient d’ici chantant
 
Apres avoir posé dans un lieu sûr
ce que pour l’âme notamment pesait
Tournés sereins leur face contre le mur
Vers le bon Dieu alors ils se rendaient
 
Ils ne voulaient mourir sans avoir pu
Léguer toute leur fortune aux vivants
Mathusalems pieusement barbus
Dans un millénaire, on n’en compte pas tant
 
Pour ne pas gaspiller le plus précieux
Des mondes, la beauté toute première
Pour la garder, il faut des êtres preux
Purgés par les brasiers des toutes ères
 
Qu’on ne l’oublie pas, qu’on se souvienne
Le mot traverse les siècles, perdurant
Tel la languette d’une cloche en airain
Plus elle le frappe, plus il est résonnant
 
Parmi la foule nous risquons le désastre
De perdre ce qui reste si pur en nous
Il suffirait de faire brûler les astres
Et d’entrevoir l’autre planète surtout.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
lisez l’original en roumain :

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Les Cloches – Ioan Alexandru

Par tant de cloches au cou des nos troupeaux
traînées par terre depuis de millénaires
la terre est
la plus propre
larme
de l’univers.
Du plein mi-nuit jusqu’au plein mi-siècle,
s’il gèle, serrés ensemble nous réchauffons
pleurant encore.
Des larmes on en fait des cloches, les cachant
au cou des troupeaux, où la lune les ignore.
 
Au printemps nous semons sur arbres et rochers
la graine des cloches, et ruissellent en nature
oiseaux et fleurs chantant en leur patois
la même langueur de mort qu’on puisse nous dire.
 
Pendant l’été on cache les cloches dans une tour
les montant de biais aux cieux par-dessus les cimetières
tout effarés, et nous frappons pareil leurs coups
derrière Dieu, tous remplis de bonheur.
 
L’automne on retire les cloches des nuages sur la terre
Et les guidons sur leurs cordes tout au long du monde
régurgitant le feu et la mort lors du renouveau
leur blottissons les cendres et nos intimes chaos.
 
Mais le gel du noir hiver en nos parents descend,
les cloches bouillonnant dans chaque image,
la terre vue de si loin est une cloche étranglée
sur une énorme larme séchée près de la plage.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
lisez l’original en roumain :

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Chasse au faucon – Ştefan Augustin Doinaş

à l’aube quand la dernière étoile partait
si lasse de toute prouesse insensée
un prince épris de chasse racontait
son clerc prenait l’histoire sous la dictée
 
« plus forte dans la soumise par moi ère
il n’y a pas, de toute histoire qui existe »
– illustre sire ! ma plume est singulière
au lieu de « forte » écrit en larmes « triste »…
« dehors l’astre du jour parmi les nues
sonnait des vieux airains comme l’orphéon
– votre altesse ! cette plume farfelue
écrit « dedans » mais « dehors » ne le veut onc …
« aussi ardent que dans son contenant
le battement de mon sang je le sentais :
une flamme dans de l’huile se ravivant »
– bon maître ! ceci fût très bien noté …
« le faucon attendait inassouvi
l’œil jaune comme la lune, depuis quat’jours»
– soyons plus justes à son égard, bailli !
« depuis quat’jours » mais pas : « depuis toujours »…
« dans son étroite cage sans pardon
privé de ciel, flemmard, il se mourrait »
– grand sire, on imagine des horizons ! …
et dans la cage un fort éclat brillait
« pareil que lui, me languissais du ciel
pour assouvir mes volontés sereines »
– maître ! l’envie de la grandeur est telle
tant la faim est plus grande que la bedaine …
« je l’ai sorti de son lacet » – mais non …
« sachant, sentant comme le gant il me mord
le bec féroce rempli des passions »
– c’est vrai ! mais sur son but final tu as tort …
« l’espace entier semblait écervelé
même si on ne sentait la moindre brise »
– maître ! il n’est pas bien de te berner :
le soi-même l’être entier défrise …
« les rabatteurs figeaient tous des sourires
de chiens fidèles montrant leur zèle rance »
– illustre sire ! la racaille peut sentir
quand la haine de la cour la meute lance …
« j’étais si grand » – oh, tel un nain bizarre !…
« comme un topaze le ridicule espace
crachait brillance dans mon annulaire
– mais sire ! ce n’était pas anneau de noces …
« mon rêve était d’une grande proie qui se passe
de tout éclat soudain d’ailes mortelles »
– ton rêve est celui-là, que tu remplaces
par ton obscur emblème l’étoile si belle …
« il me semblait poursuivre dans ma cage
dans une chasse qui tout bon sens dépasse
un oiseau qui décolle d’un rivage
qui me reflète mon être dans l’eau lasse
qui me surpasse et tout le temps me suit
en divaguant d’une aile rythmée légère
le miroir oublié d’un temps proscrit
lequel concentre les moments éphémères
en m’embaumant de sacrements autour :
plaines et armées puis donjons et duchés
se prosternaient, hurlant devant ! je le jure
je chassais par des journées claires, tranchées
par mon haleine mon être respirait
comme ce faucon qui retrouvait le vrai
destin fantôme d’un prince au rabais
mais dans lequel l’empereur est réveillé
j’étais trop exalté pour voir à temps
que mon faucon périt dans les nuages
mais là je sens que mon bon adjudant
lui – le chasseur de toutes mes images
des voûtes aux aigles et rapaces soumis
il me répand le nom, au ciel le crie »
– c’est faux, sire ! car le faucon est ici
posé sur mon bras, et son aile écrit.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-69

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Classé dans Ştefan Augustin Doinaş