Cavalerie Rouge – Florin Mugur

renvoi à l’oeuvre du célèbre écrivain soviétique 
Isaac Babel, à sa vie et sa mort tragique
*
Hé, où est-elle la Cavalerie rouge ?
Où sont les p’tits saints aux lunettes?
Les Gardes blanches de la jouvence bougent
pistolet froussard et pain à leur chevet.
*
Étés, automnes géniaux ils sont partis en culbutant
dans le ravin de petits poètes mouchards-martyrs.
L’adolescent crie hourra et ses parents
le giflent : ils vont te fusiller, tu vas mourir.
*
Dans la salle des petites kermesses la furie assise
aux yeux purs, offre des grenades pour les serfs –
geôles s’effondrent et des geôles l’on hisse
dans la sacrée vallée des crises de nerfs.
*
La furie blanche tel neige des charognes
les coqs se débattant la gorge sous le couteau
des coqs, des coqs, mon armée en besogne
agonisant aux Cours du vieux bourreau.
*
Sous les boutiques à cannelle
y’a la poudre brune à canon
une bombe souple comme une demoiselle
dans le salon de thé odeur chiffons.
*
Rien ne va plus et les candides
marchands s’éteignent perplexes au cachots.
En se rongeant abouliques leurs brides
et hoquetant leur faim trépassent gris bardots.
*
Yeux des mâtins glissants comme une lavine
guettent les noces d’un mort sans l’au-delà
Cachemire ? Cotonnade ? Crêpe de Chine ?
Mitrailleuse dans un hallier de beaux lilas.
*
Une balle au coeur, en vieux fauteuils ne bougent
plus les dieux de la bourgade, crasseux, biais.
Hé, où est-elle la Cavalerie rouge ?
Hé, ses p’tits saints aux lunettes épais !
*
Vous rappelez-vous encore l’été infâme?
L’enfance a pris fin. Maintenant
en bégayant un autre nom l’on clame
syllabes noires, grosses balles détonnant.
*
La Dame Clio ricane en pénombres.
Quelle orgueilleuse bourgade suicidaire.
Les dénonciateurs préparent dans l’ombre
les feuilles pour les travaux printaniers.
*
Une joyeuse crise de liberté en faux.
De bible vieux mendiants, sans repentir
fourrent leurs pattes au roupillon des généraux.
(T’es p’tit, ils vont te fusiller, tu vas mourir.)
*
Sur une bible de roquets elle gît, leur cible
pleine de crocs, de baves mièvres, poils.
Et le cri : nous écrirons une autre bible,
endiablée, juste, à rebours.
*
Je les croyais, les crois toujours, magnanime
triste, de tant de questions j’en ai assez
les yeux rongés des vérités comme par une lime
les yeux vidés, rougis de tant de vérité.
*
traduit du roumain par Tudor Miricã
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-1U

 
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