Répétable Fardeau – Adrian Păunescu

Adrian Păunescu (1942 – 2011) Occultée par son accablant talent de versificateur et déclamateur, il semble assez difficile d’isoler dans ses vers la veine authentique du poète. Peut-être qu’ici, en  repenti ?  Pour le moment ?
Tant qu’on a ses parents ici bas, sur cette terre
On entend même en rêve yeux du monde qui pleurent
Si nous fûmes, ne fûmes pas, ou le sommes assez sages,
Il nous tarde de les voir quand l’on croît dans son âge.
 
Les parents ? Il n’en reste pour eux de la place
Parmi tous leurs enfants et leur propre malchance
Croix, croix vivantes, qui respirent à peine,
Ces parents qu’ont toujours un soupir comme haleine.
 
Les parents ? Que des gens qu’ont besoin d’un appoint,
Et connaissent rudement la valeur de l’argent.
S’ils sont jeunes ou pas, selon leurs papiers au gâchis,
Ça ne vaut encore rien, leurs cheveux ont blanchi
Pour qu’un jour leur enfant ait nouvel acabit,
Quel travail, quel tourment, que de nuits sans répit !
 
Même maintenant, quand j’écris comme si je l’hurlais,
Je les sais et les sens pâtissants à rebours de mon gré,
Car on ne se souvient d’eux qu’après des gros longtemps
Vieillis fils que nous sommes, aux bien plus vieils parents
Ont-ils de quoi se chauffer, est-ce qu’ils ont mal à leur foie,
S’ils ne soient déjà morts derrière leurs parois… 
Entre eux et leurs fils il n’y a qu’une meute de chiens,
Et l’ombre de plomb d’un trop quotidien pain.
 
Tant qu’on a ses parents ici bas, sur cette terre
On entend même en rêve yeux du monde qui pleurent
Car de tout ce qu’il y a, le plus dur ce n’est point
D’être enfant des parents, mais parents des enfants.
 
Yeux du monde rougis, trop de larmes pleurées
Mais pour le déluge, c’est toujours pas assez.
En avons-nous parents, en ont-ils leurs enfants ?
C’est dur de rester sur la terre des croix survivant.
 
Abaissés par les tâches et leur tête baissée,
Dans une pauvre bourgade, un village parsemé,
Ils attendent toujours comme le signe d’un ancêtre
Recevoir de leurs fils d’encourageantes lettres,
Et comme des fantômes sortent devant leurs portes
En racontant de nous comme de leurs aïeuls morts.
 
Ceux qui ont leurs parents, sont pas encore lâchés,
Ceux qui ont leurs parents ont encore un passé.
 
Nous naquirent, élevèrent jusqu’ici bien portants,
Où déjà nous avons, nous aussi, nos enfants.
Ils deviennent agaçants lorsque’ils ont tout donné,
Tu te sens de surcroît même un peu emmerdé,
Ou ne voient, ou n’entendent, ou leurs marche s’étrique,
Et il faut trop de temps qu’on leur dise et explique,
Tout bossus et voûtés, dans un rythme infernal,
Te demandent connais-tu un directeur d’hôpital.
N’est-ce pas vrai qu’il t’inonde la pitié de tout
Et plutôt de ce fait, qu’ils n’en peuvent plus ?
Tu les vois comme fardeau ils en sont conscients
Et regardent vers toi de leurs yeux suppliants…
 
Il nous reste, il nous reste peu de temps à avoir
Sur nos âmes le fardeau de ce triste purgatoire
Après quoi nous irons, sous les cieux affranchis,
Seront moins qui demandent aggripés à nos vies.
Et quand le sentirons qu’il est venu le temps,
Que nous sommes devenus un fardeau aux enfants,
Et ce n’est qu’en un triste et lointain avenir,
En attendant d’angoissantes nouvelles à venir,
Nous saurons pourquoi ils s’efforcent d’oublier,
Et ne voient aucun oeil de ce monde pleurer,
Et pourquoi n’y ait-il le déluge dans le monde,
Bien qu’il pleuve toujours, et la neige abonde,
Bien que ce monde où parents le sommes-nous devenus  
Pleure toujours aux sanglots qui ne sont retenus.
*
Traduit du roumain par Tudor Miricã
lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-3u
Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Adrian Păunescu

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s