Chasse au faucon – Ştefan Augustin Doinaş

à l’aube quand la dernière étoile partait
si lasse de toute prouesse insensée
un prince épris de chasse racontait
son clerc prenait l’histoire sous la dictée
 
« plus forte dans la soumise par moi ère
il n’y a pas, de toute histoire qui existe »
– illustre sire ! ma plume est singulière
au lieu de « forte » écrit en larmes « triste »…
« dehors l’astre du jour parmi les nues
sonnait des vieux airains comme l’orphéon
– votre altesse ! cette plume farfelue
écrit « dedans » mais « dehors » ne le veut onc …
« aussi ardent que dans son contenant
le battement de mon sang je le sentais :
une flamme dans de l’huile se ravivant »
– bon maître ! ceci fût très bien noté …
« le faucon attendait inassouvi
l’œil jaune comme la lune, depuis quat’jours»
– soyons plus justes à son égard, bailli !
« depuis quat’jours » mais pas : « depuis toujours »…
« dans son étroite cage sans pardon
privé de ciel, flemmard, il se mourrait »
– grand sire, on imagine des horizons ! …
et dans la cage un fort éclat brillait
« pareil que lui, me languissais du ciel
pour assouvir mes volontés sereines »
– maître ! l’envie de la grandeur est telle
tant la faim est plus grande que la bedaine …
« je l’ai sorti de son lacet » – mais non …
« sachant, sentant comme le gant il me mord
le bec féroce rempli des passions »
– c’est vrai ! mais sur son but final tu as tort …
« l’espace entier semblait écervelé
même si on ne sentait la moindre brise »
– maître ! il n’est pas bien de te berner :
le soi-même l’être entier défrise …
« les rabatteurs figeaient tous des sourires
de chiens fidèles montrant leur zèle rance »
– illustre sire ! la racaille peut sentir
quand la haine de la cour la meute lance …
« j’étais si grand » – oh, tel un nain bizarre !…
« comme un topaze le ridicule espace
crachait brillance dans mon annulaire
– mais sire ! ce n’était pas anneau de noces …
« mon rêve était d’une grande proie qui se passe
de tout éclat soudain d’ailes mortelles »
– ton rêve est celui-là, que tu remplaces
par ton obscur emblème l’étoile si belle …
« il me semblait poursuivre dans ma cage
dans une chasse qui tout bon sens dépasse
un oiseau qui décolle d’un rivage
qui me reflète mon être dans l’eau lasse
qui me surpasse et tout le temps me suit
en divaguant d’une aile rythmée légère
le miroir oublié d’un temps proscrit
lequel concentre les moments éphémères
en m’embaumant de sacrements autour :
plaines et armées puis donjons et duchés
se prosternaient, hurlant devant ! je le jure
je chassais par des journées claires, tranchées
par mon haleine mon être respirait
comme ce faucon qui retrouvait le vrai
destin fantôme d’un prince au rabais
mais dans lequel l’empereur est réveillé
j’étais trop exalté pour voir à temps
que mon faucon périt dans les nuages
mais là je sens que mon bon adjudant
lui – le chasseur de toutes mes images
des voûtes aux aigles et rapaces soumis
il me répand le nom, au ciel le crie »
– c’est faux, sire ! car le faucon est ici
posé sur mon bras, et son aile écrit.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-69

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