J’suis jaloux, que diable … – Mircea Cărtărescu

J’suis jaloux. Je sais que ce n’est pas bien
je le suis, pourtant, même si cela ne sert à rien.
J’suis jaloux quand je prends mon bain,
quand je broie le café, quand je rentre de ma lointaine
fabrique,
quand j’écoute n’importe quel disque de musique.
 
J’suis jaloux quand je peigne mes cheveux, quand j’enfile mon pantalon
quand j’apparais à la télé, quand je regarde les piétons
restés ébahis à la vue d’une nouvelle ruine
quand je vois les cocottes devant l’hôtel Bucarest, qui ne
disent pas non mais s’en vont avec les garçons
si elles empochent illico leur pognon.
 
Je le regrette, amour, j’suis comme ça, j’peux pas être autrement,
j’peux pas m’empêcher de te voir dans les bras d’un autre
j’peux pas me maîtriser ce tourment intérieur,
ne pas te reprocher quand tu rentres tard…
J’ai peur quand t’es trop enjouée
et je me mets en colère quand te vois navrée
et je pense : zut ! maintenant elle l’a fait !
zut ! elle l’a fait, c’est clair !
 
J’suis jaloux. Je sais que c’est embarassant
Je sais combien je suis hideux, mais je le suis, pourtant.
J’suis jaloux quand je vais au dentiste,
quand parle aux Actualités quelqu’irrédentiste,
j’suis jaloux quand nous faisons amour et quand je ments,
je suis jaloux é-nor-me-ment !
 
Je pense que l’on sache et que mes amis compatissent,
J’essaie de te faire trahir par des méthodes subtiles,
je feins le libéral dans les questions sexuelles,
te regarde dans les yeux, te prie de ne pas me mentir,
je fais la moue toute une matinée, parfois
et j’suis plus moi-même, j’suis plus moi-même, amour…
 
Je suis jaloux quand je tape à la machine,
jaloux quand je lis quelque chose de Muşină,
idiotement jaloux quand au Kundera tous excitent
toutes, et quand dans le décor Ioana Bulcă récite,
j’suis jaloux quand je prépare des frites.
Jaloux quand j’arrose les fleurs, quand j’éternue,
la défiance m’étrangle, saugrenue,
les scénarios m’assombrissent,
les possibilités, probabilités m’ahurissent,
j’suis jaloux quand je fais le malin,
et je ronge mes ongles et trémousse et me plains…
 
Je le regrette, amour,
c’est comme ça.
*
traduit du roumain par Tudor Miricã.
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-6I

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