Le Maître – Nicolae Labiş

cette poésie prend son inspiration dans
une des plus connues légendes roumaines,
métaphore du sacrifice nécessaire pour
l’accomplissement d’une œuvre durable.
Le maître bâtisseur Manole, après avoir
construit une superbe église fut laissé avec
ses compagnons sur le toit par le prince
Neagoe Basarab, qui lui avait commandé
l’édifice, pour qu’il ne construise pas un
autre pareil. Les compagnons et le Maître
imaginèrent des ailes, comme Icare et Dédale.
Mais ils tombèrent, et à l’endroit ou périt
le Maître Manole jaillissait une fontaine …
 
 
Maître valaque, ce jour nom de fontaine,
Issu d’une glaise que ta main pétrit
Dans l’élancée bâtisse à trois beffrois
Et combien ajourée en granit,
Par des chansons perdues dans le temps
Et la puissance d’un rêve vigoureux
Tu as sorti, de tes paumes calleuses
En bas de l’Argesh, ce lieu merveilleux.
 
Un homme barbu portait une fleur blanche
Et ses mains rêches, doux la caressaient …
Tombé dans l’herbe et vidé de force,
En son esprit un triste chant perçait.
Tu regardais. Et une envie troublante
Te prit pour lui offrir l’ autel sauveur,
Posé sur la sévère plaine, comme le lys
En ses calleuses paumes de laboureur.
 
Ton rêve était de voir sous les voûtes rondes
Dans la fumée vacillante des bougies
Sur le bois peint avec soleil et glaise
L’image des tâcherons de ce pays.
Hanté d’un seule pensée, tu te dépouilles
Comme des vivantes loques, de tes regrets,
Ton monastère écrase sous l’avancée
Ton cœur, et tout ce qui t’appartenait.
 
Mais tu le sens renaître avec tumulte
Dans le son du tocsin, en pressentant
Des ères futures, en toi un Prométhée
Roumain, un autre mythe portant
Lorsque, hissé sur la plus haute voûte,
Défiant le tyran, qui demandait
Si tu pourras refaire la merveille
Tu as crié, rebelle : – Sûr, je pourrai !
 
Eblouissant avec sa pierre de coiffe
Et tripotant son sabre dans le harnais
Le roi scrutait la coupe de pierre, fine
De son regard avide et mauvais.
Il estimait garder pour lui tout seul,
L’entier, crée au don de ta personne,
Pour que sa pierre de coiffe encore brille
Et le brasier sur ton offrande résonne.
 
Lorsque l’échafaudage s’écroulait
Si invincible sous les cieux étais
Tes ailes minces en lattes de bois
Pourraient dans les nuées te porter.
Mais l’amour de la terre, de ta contrée
Te retourna sur le grisâtre champ,
Et tu jaillisses à jamais, fontaine
De don et de chanson, toujours vivant.
 
Il s’effrita sous sa pierre funéraire
Celui qui ordonna un crime pareil,
La fontaine coule dans les sillons et jarres,
Sans repos,
Sans oubli,
Sans sommeil.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-7e

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