Je suis le plus beau de la ville entière – Radu Stanca

Je suis le plus beau de la ville entière,
Dans les rues bondées je n’ai pas mon pareil,
Si gracieux je porte l’anneau dans l’oreille
Et si fleuries sont ma veste et lavallière.
Je suis le plus beau de la ville entière.
 
Natif de l’inceste des vêpres avec le jour,
Mes regards caressent le gouffre versatile,
De moi en médit tout le monde en ville,
C’est moi, cette crainte secrète du bourg.
Je suis Prince des pénombres, le déclin du jour …
 
Pas moyen d’échapper aux regard passionnés,
Traversant mes tifs mauves, comme le fil amincis,
Et tous me demandent : suis-je la mort, suis-je la vie ?
Pourquoi j’ai des bas verts, et un drôle de béret ?
Pas moyen d’échapper pas des rues fourvoyées…
 
Des rubans, cordelettes, des riens me recouvrent,
Mes pas, c’est comme si je descendais de mon socle.
Un œil (c’est le rose) je le cache sous monocle
Et la jambe en marchant entière la découvre,
Mais vite je la recouvre, et encore la découvre …
 
L’autre œil (c’est le jaune) je le laisse s’amuser
Regardant les badauds qui m’suivent obstinément.
Ha ! Ha ! Si vous saviez combien vous êtes marrants
En sautillant, mes noires lèvres voulant toucher.
L’autre œil s’amuse et je le laisse s’amuser.
 
D’un mystérieux crayon j’exalte ma finesse,
Je prends un bain de cidre trois fois dans la nuitée
J’ai au lieu de salive un élixir lacté,
Les souliers à barrettes soulignent ma sveltesse
Et une drogue sortie du sang de truie, la noblesse.
 
Dans ma bouche tous les dents, d’or sont saupoudrés,
Ma taille est serrée en corset sous brassière,
Je fume mon opium dans des pipes en bruyère,
Sur mon bras droit un taureau j’ai tatoué
Et mon front est bordé de feuilles de laurier.
 
A travers mes longs, secrets, ongles teintés,
Un pébroque à tête de chat qui grimace
Et sans savoir pourquoi, quand j’aime ma chasse,
Lorsque je suis content des nouveaux vices crées,
De moi sortent des langues d’aspic, empoisonnées.
 
De moi naissent, comme de l’arbre, des branches soyeuses,
Et la nature même, avec son savoir
Elle ne saurait dire : suis-je homme ou fleur ?
Soit une tour, égarée dans des rues tortueuses,
Une tour qui laisse tomber ses pierres précieuses ?
 
Je suis le plus beau de la ville entière,
Dans les rues bondées je n’ai pas mon pareil,
Si gracieux je porte l’anneau dans l’oreille
Et si fleuries sont ma veste et lavallière.
Je suis le plus beau de la ville entière.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/s1wz5y-470

 
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