Buvant dans un bistrot – Nichita Stănescu

Buvant dans un bistrot et regardant la rue,
l’hémorragie de voitures qui foncent,
les jeunes s’embrassant, ces jupes courtes,
dévoilant une colonnade de mollets,
J’ai aperçu Rimbaud, la mauvaise langue,
se disputant vivement avec Verlaine,
mais tout de suite je l’ai perdu de vue.
 
Buvant dans un bistrot et regardant la rue,
j’ai assisté sans le vouloir
à la chute du ciel d’un ange.
C’était un ange à moteur, spécialiste du nettoyage
des tours de cathédrale, et même si une aile était cassée,
quand même,
il m’a fait un signe amical
avec l’autre.
 
Buvant dans un bistrot et regardant la rue,
j’ai pensé que les idées dilatent la réalité,
et que la Joconde vue au Louvre
est presque minable
par rapport à son idée
circulant librement à travers le monde.
 
Buvant dans un bistrot et regardant la rue,
les boules vertes des existences,
signes du zodiaque glissant
près des murailles à la tombée du soir,
j’ai composé une mélodie,
une sorte d’être habitant les sons,
mais qui m’a quitté instamment,
tout en me suggérant son profond mépris
pour les paroles.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-8J

 
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