Arthur Rimbaud – Nicolae Labiş

Qu’elle parsème sur ses boulevards, notre métropole roumaine
Jaunes tilleuls, qu’elle montre aux nues son bizarre, hautain contour,
Dans le fracas des tramways et des pavés moites qu’elle t’advienne
Ma fraternelle louange, tortueux malin, Arthur !
De nos jours, d’un son fantasque sonnent les hymnes de ta famine,
Qu’ils sont irréels les poilus, les galonnés verts, « cui-cui »
Mais dans ta contrée, encore les fardeaux charnels elle traîne
La meute que t’avais maudite, étourdie par l’eau-de-vie.
Excédés par la piquette, insoumis ton nom l’écument
Et l’embaument des flasques poivrots dans le sous-sol monotone,
Mais de ton bouquin surgit en haussant féroce l’enclume
Les regardant des yeux terribles, l’austère « Forgeron ».
Mais ton peuple et le monde anéantissent le basse crime
De traîner ta renommée dans les vapeurs des vinasses,
Ni l’absinthe, ni la bohème, rien que la passion sublime,
Ton impatience tragique, désormais fait que tu renaisses.
Tu es descendu du socle de tes monuments funèbres,
Tu t’en vas sous la Grande Ourse, en sifflant une chanson gaie
Vers les cons ricane édentée l’ombre des arrachés membres
Un défi, depuis la dalle du soubassement déserté.
Les chemins de ma patrie se tiennent devant toi, rangées –
Ton souvenir les traverse en cadence, tumultueusement.
Quand nous marcherons ensemble, sortiront noirs de fumée
Tous les forgerons, des bises au bout de leurs masses agitant.
Regarde-moi le crépuscule avec son ardente flambée,
Semblant être une hécatombe des bataillons ennemis.
Dans les aubes des grandes flammes ensanglantées, recourbées
Mêmes que dans les jours de guerre et de tourments à Paris.
Vois mon cœur et ma contrée : dans le tumulte du renouveau
Par une fougue balkanique, inéquitablement houleux,
Il se peut que tu retrouves de ton rêve rouge un morceau
A travers ces vastes plaines, par des fourneaux et métaux.
Que je regarde ta joue pâle, sous des trombes de mèches rebelles,
Enfin de joie rayonnante, mon désir il faut le dire –
Car trop souvent, chevilles ceintes des attaches temporelles,
Tu as versé tout ton malchance dans les cascades de gai rire.
Qu’elle parsème sur ses boulevards, notre métropole roumaine
Jaunes tilleuls, qu’elle montre aux nues son bizarre, hautain contour,
Dans le fracas des tramways et des pavés moites qu’elle t’advienne
Ma fraternelle louange, tortueux malin, Arthur !
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-9f

 
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