Archives mensuelles : juillet 2011

Trois rondels – Dinu Ianculescu

 
L’acteur Dinu Ianculescu (né en 1925)
fut jadis connu comme la voix d’or de la radio roumaine.
La voix du poète Dinu Ianculescu est restée d’or.
 *
 
D’être sous un jour si tendre
 
D’être sous un jour si tendre
quand des filandres flottent en haut,
d’entendre paître des agneaux
et les agneaux ne puissent t’entendre.
 
De recueillir l’éclat des eaux
et la montagne de la comprendre,
d’être sous un jour si tendre
quand des filandres flottent en haut.
 
De voir comment par les méandres
l’automne les lâche en lambeaux,
d’aller, ne plus sentir, plutôt
en toi l’infinité d’attendre.
 
D’être sous un jour si tendre.
*
traduit du roumain par Tudor Mirică.
 
***
 
C’est une eau douce et amère
 
C’est une eau douce et amère
cette pluie qui marque un début,
une rupture d’un passé fourbu
qui fut autant de temps lumière.
 
La c’est l’automne et déjà bu
le verre à la lumière si claire
c’est une eau douce et amère
cette pluie qui marque un début.
 
Et le premier fils s’est descendu
des branches de sa vie éphémère,
porté par le vent d’ aile légère
comme sur un bouclier, étendu.
 
C’est une eau douce et amère.
*
traduit du roumain par Tudor Mirică.
 
***
 
Le jour ne peut m’attraper
 
Le jour ne peut m’attraper,
la nuit me boire ne pourra
de neige et suie on fera
un panier plein de denrées,
 
jusqu’aux pics de hue et dia
et la vallée à s’étaler.
Le jour ne peut m’attraper,
la nuit me boire ne pourra.
 
Route devant, le fatras plait
aux ronces. Et une chienne là
aboie des non et oui-da
m’achète, me vend à son gré.
 
Le jour ne peut m’attraper.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez les originaux en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-cI

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Classé dans Dinu Ianculescu

Dis toujours – Vasile Nicolescu

Dis encore un mot, ou deux, au feu avant la mort,
prends l’urne de la rose rêvée et remplis-là de rosée
et promène-là ensuite autour de la tombe que tu creuses
dans les arbres, dans l’eau, dans la pierre, les étoiles.
 
Dis encore un mot, ou deux, à la colonne du ciel où s’appuient
comme dans les combles d’une maison paysanne les flèches des tes ancêtres,
et la tête de loup */ qui dans sa gueule
fait vrombir le vent et la nuit,
avec des sanglots confus de rires ou de plaintes.
 
Dis encore un mot, ou deux, au foyer vif, à la pure cendre
qui abrite le rêve des ossements de dieux ou d’oiseaux
d’engendrer les sombres mers sans sommeil,
la plaine aux cigales et les vastes espaces dans les yeux de Cronos.
 
Dis encore un mot, ou deux, à ces sons étranges,
qui frappent comme le grésil les tympans du songe, à ces sonorités
germinant dans le parler du désert et dans la cuiller
de l’enfant qui s’endort la tête sur la table pleine d’étrennes.
 
Dis encore un mot, ou deux, au feu avant la mort,
les choses s’épuisent jusqu’à devenir elles-mêmes.
*
 
*/ la tête de loup était l’ornement de mât de l’étendard guerrier
des Daces, ancêtres des Roumains.  (N.du T.)
Dracon - emblème guerrière des Daces
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-cB

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Classé dans Vasile Nicolescu

corps de nuée – Angela Nache Mamier

il y aura des répits pour écrire des vers dans
le murmure de quelques vives nostalgies
tempos endiablés
casseroles menus marathons à travers le marché
parmi d’autres soucieux
des hasards figés coulent d’étroits moules
pour l’existence de la raison d’être
sillages sentiers
jusqu’au frigo trapu
vers la baleine du linge insatiable
avec des mains moites corps de nuée
fleurant héroïquement la soupe et les doux légumes
inhalant l’air pathétique
de la patience
convoitant nostalgiquement le fauteuil usé, l’étagère
de la bibliothèque – leur disant en aparté « moi les amis
j’ai encore du boulot »
je touche encore des doigts les fronts chauds des
mes fils
je saupoudre et partage encore le gâteau au pommes
je remplis encore des filets je signe encore un registre
je rêve encore que j’écrirai que je lirai
pour retrouver mes pouvoirs
extraterrestres
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-cw

 

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Classé dans Angela Nache-Mamier

L’Autodescription – Petru Romoşan

Il y a un temps j’étais le preux descripteur de la Fleur
de l’Eglantier, Rosa Canina, Rosalie,
 
je commençais à peine la décrire,
la maudite s’emparait de ma main, ma bouche, ma tête.
 
Vendredi dernier :
je décris un coq, le coq ne chante plus
il tourne en papier froissé, tombe sous la table ;
je décris un chien, le chien n’aboie plus, il glapit,
s’en va au diable.
 
Sur la table à écrire, rouge, blanc, vert, l’églantier.
Je le regarde avec envie, je le caresse follement.
Le magnanime descripteur recommence à décrire.
 
J’écris : la Fleur de l’Eglantier …
Les fleurs d’églantier – en cendres !
 
Ni joie, ni crainte, ma tête sur la table,
je décide l’autodescription.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-cr

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Classé dans Petru Romoşan

La danse au livre – Florin Mugur

Comment être courtaud et drôle
et la barque comme une voile de mariée
et les yeux bleus
 
et comment être vieux
et les fringues mouillées de larmes
et comment gigoter quand même heureux !
 
Sur mon lit
le vieux prince danse ivre
le livre dans ses bras.
 
Sa chemise moite ruisselle sur ses épaules
les boutons piaffent heureux –
il gigote plein d’étincelles et d’épines
 
Et qu’est-ce qui est écrit dans le livre du Vieux ? Mon
destin fatigué. Il danse lentement. Vers le soir
des petits œufs, translucides, coulent doucement de ses tifs.
 
Comme bêlement, quel balbutiement de pétales !
Il glisse mou sur une larme. Tiens, il s’agrippe
au livre qui tremble oisivement dans ses bras.
 
Et je n’ai plus peur et je n’ai plus peur.
Comme il est tendre ! Ma tête triste et forcée
s’enhardit de rigoler.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-cm

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Classé dans Florin Mugur

Un parterre de violettes – Petru Romoşan

Du côté de chez nous même la mort est
une comédie
La corde non plus n’est pas bonne pour se pendre
et la poison est confiture de mûres.
Petre, Petre, ce printemps n’est pas
une comédie.
 
Quand le désespoir le plus noir,
quand la douleur la plus profonde,
rien à faire, aucun sens,
à ce moment-là uniquement je me couvre la face :
un parterre de violettes, un pré bleu.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-ch

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Classé dans Petru Romoşan

Voix d’automne – Adrian Maniu

L’automne a changé les feuilles en cœurs dorés …
 
Aucune parole, aucune voix. Silence ajourné.
 
Un oiseau se fait tout petit, dans le ciel qui sera blanc d’ondées.
 
Mon cœur, apaise ton tourmenté souci.
La terre a du repos pour toute fatigue.
Le ciel qui les nuées endigue,
partage l’oubli.
 
Paix dans le champ où la semence se doute,
paix dans l’âme harassée,
paix sur les feuilles qui se sont détachées
et dans l’étoile qui attend sa chute.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :
 

http://wp.me/p1wz5y-cc

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Classé dans Adrian Maniu