Destin – George Lesnea

En tailles habiles ont engendré jadis les maîtres,
Par profondeurs des bois et des cavernes, mon être
Dont j’ai porté le corps et ses années fuyantes
Du creux du temps, les amenant jusqu’à présent.
 
Dans mon âme durcie les siècles je porte hautain,
Le ciel stérile et la féconde glaise dans un levain,
Tempêtes alpestres, aux preux sapins sur crêtes,
Et trilles de merles, et son des cloches pour prière,
Et nostalgies ensevelies dans des chansons amères,
Et sur des vieilles ornières foulées des bêtes.
 
Je porte des chants et litanies, amours d’hier
Dans des cellules basses et sur les vieux psautiers,
Aux jeunesses perdues en moine sous une toque
En récourbant devant les saints mon froc.
 
Je porte l’eau de la mort, en son tourment m’appelle
Mes pas vers la lumière dans les ténèbres elle scelle,
Quand le soleil clignote aux mares à roseaux
Et une volée de piafs chasse le silence d’en haut,
Quand les chemins ondoient vers leur vague horizon,
Traînées en poussière par les serpents du loin.
Je me porte moi-même et mon instant je change
Soit en couronne d’épines, soit pour un nimbe d’ange.
J’aime le désir qu’en moi se cache oisif et fourbe,
Le cherche parmi étoiles, le trouve scellé en bourbe.
Des espérances je tresse pour des futures contrées
Comme des serpents qui dansent par flûte ensorcelés.
 
L’envol comme le traînage les trouve agréables.
Je goûte la chair pétrie par l’ange et par le diable.
Dans mes propres passions charmé je suis et pris,
Comme l’araignée vorace dans son filet exquis.
 
Tout en laissant le temps en son sablier se foutre,
Dans mon destin en brouille me cherche et me sens
Tel dans son monde de l’eau et de l’azur une loutre.
Et je poursuis aveugle l’appel d’un rêve immense.
De ce silence grumeleux, des mottes de minuit
Je me suis lentement forgé mon essor calme.
Par les carreaux du temps à grande peine je le suis
En mains, comme une cierge, j’essaie tenir mon alme.
Je suis hymne de naissance et pleur d’enterrement.
Je suis la sève de l’éternel, qui monte le chemin,
Des feuilles qu’attendent là-haut en vain et doux tourment,
Et je veux par ma souffrance de me prouver humain.
*
Traduit du roumain par Tudor Mirică.
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-ea

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