Archives mensuelles : septembre 2011

Lied – Al.O.Teodoreanu

L’automne est passée
Sur le parc muet.
Occultée passion,
En vain je te chante !
Les roses s’en vont,
Les rêves nous mentent.
 
L’automne là s’enfuit,
Enrobée de suie.
Où est-il, d’argent,
Son appel profond ?
Les roses nous mentent,
Les rêves s’en vont.
 
L’automne t’emporte
Rêve reclus, te porte.
Larme de passion,
Goutte de diamant
Les roses s’en vont,
Les rêves nous mentent.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-ht

 

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Intérieur – Carmen Pompey

 
Sur une cloison
dessiné
de sa propre main
cheveux blonds
toison
en vagues ondoyant
au-dessus du canapé
portrait inachevé
 
Sur un plateau
là un objet
qu’elle à oublié
et un carnet
de conversations
tout ce qu’ils écrivirent
en binôme
n’est pas bruyant
mais tout à fait vrai
 
Au plafond accroché
un Advent
couronne de sapin
au quatre bougies
hommage porté
à un sentiment
qui a pu changer
mais restera
toujours vivant
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-hp

 

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Cubes – Tudor Cristea

Elle vient.
Elle vient et l’air se solidifie autour d’elle
(souvent je décris de tels petits miracles
dépourvus de sens)
l’air se transforme en cubes transparents
et tombe à ses pieds ;
elle vient par les cubes transparents
en se multipliant. Par son propre corps
se multipliant.
Elle vient du passé ou du futur,
de plaine ou de colline,
et le passé et le futur se transforment
en deux cubes
(la colline et la plaine se transforment en deux
cubes transparents) à travers desquels tu peux regarder le lointain, dans lesquels
tu peux entrer et desquels
tu peux sortir (je me rappelle :
j’ai pénétré ce matin-là dans la halle
personne n’y était
dans le rêve
l’automate battait en cadence
câbles, roues graissées, huile et fraîcheur,
cette tâche – sang ? – sur les carrelages froids,
vapeurs et sel, l’automate battait, seule cette tâche
humide, gluante et
plutôt son contour, t’as eu un frisson, tu as relevé
ton col en fourrure, la touche veloutée
je l’ai sentie) et voilà, maintenant
elle vient, avance sa bouche
vers ma bouche, me touche de la fleur. Mais qui
est-elle ? Moi, qui suis-je ?
*
traduit du roumain par Tudor Mirică
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-hl

 

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En Floréal, ce mois prodigue – Lucian Blaga

Nous penserons parfois, plus tard
à cette chose simple qui nous advienne
à ce banc où nous sommes assis
ma tempe brûlante contre la tienne.
 
Des étamines du noisetier,
des blancs peupliers, les braises s’endiguent.
Tout début se voudra fécond
en Floréal, ce mois prodigue.
 
Il tombe des amas de pollen,
autour de nous des jaunes congères
composent en poudre d’un or fin.
Sur nos épaules et nos paupières.
 
Ca comble la gorge si nous parlons,
les yeux, cherchant le mot manquant.
Les regrets, nous les ignorons,
quand, de travers, nous troublent l’élan.
 
Nous penserons parfois, plus tard
à cette chose simple qui nous advienne
à ce banc où nous sommes assis
ma tempe brûlante contre la tienne.
 
En rêve, pressentons nos désirs –
latentes poussières dorées –
Forêts qui pourraient bien y être
mais qui ne le seront jamais.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-hd

 

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Siècle – Tudor Cristea

Tu portes tout sur ton dos
jour et nuit comme dans une
besace de la Grande Guerre
ensemble le café l’allumette les clopes dont
le parfum évoque des contrées nostalgiques
tu penses confusément à tout cela :
blue-jeans, savon rexona, réclames –
the world’s favourite beauty soap – des robes légères
sur l’aéroport international, rouge à lèvres,
le petit miroir,
le fond de teint, le pistolet, le crayon de beauté et le TNT
et la camomille et la colza fleurissant
sur la carcasse d’un avion écrasé
 
le message posthume
de saroyan – que
se passe maintenant ? – le blé pousse, l’alouette
tombe dans le champ de coquelicots
 
ensuite des petits riens : couteaux,
fourchettes, couverts à poisson, subtils
instruments de torture et le caviar
sur les tables des capitaines d’industrie
venise sombre, les continents
s’écartent de quelques millimètres dans l’année,
le pétrole se réduit
 
et ta vie partagée en quelques époques
selon les séries de samedi soir
 
oh, oui, la nuit seulement tu peux entendre
la mer frôlant le rocher, la plage et le son
de collier éparpillé des coquillages, mais
le turboréacteur déchire le ciel à zéro heures cinq
pendant ce temps quelque part en dessous
dans un champ un attelage à bœufs grinçant
les roues coincées dans la poussière d’étoiles s’arrête
au passage gardé attend qu’il passe
orageusement l’express de la nuit, oui, oui,
les voyageurs vautrés dans leurs fauteuils, dans
la lumière chaude lisent les nouvelles
du paris match du new york
herald tribune du pravda du times la planète dort
l’horloge sonne il est tard
l’attelage part lentement la nuit
sent le foin
la lune se tait …
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-h8

 

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Le maître des dires – Tudor George « Ahoe »

Des dires, hautain, j’en suis le souverain
Et ma pensée en est pour toutes loi,
Se posent autour du geste diaphane
Des courtisanes entourant un roi,
 
Sourient suavement, se penchent à mes côtés
En voûtant leurs dos et épaules dénuées :
Clignant les paupières, que je pourrais
Comme un pacha, choisir des douces mousmés !
 
D’un pas flottant elles glissent comme une caresse
Tel des fleurs de lotus en eaux câlines,
Infiniment chéries, et sans faiblesse,
Par tendres révérences, souples félines,
 
Tordant leur bras en dansent des ritournelles
Et d’invisibles voiles font trembler,
Tu peux bercer sur leur tissu si frêle
L’âme si fraîche, et le cœur léger,
 
Sur des fils délicats des araignées
Elles tissent autour une toile si réussie
Dont il suffit de sentir la bouffée
Qu’elle ensorcelle ta paupière assoupie.
 
De tant de charme, s’embrument fort les yeux
Et le temps de ces danses ravit les foules
Sous des voûtes cristallines, tel que Nérée,
Dans l’eau si fastueuse tu t’écroules.
 
Des bras et cuisses caressant toucher
Celui des roses soieries et des satins,
Un charme de clinquant et d’argenté
Déroule dans les tympans et les visions,
 
Sous les ondées de ces nymphes mouillées
Et pâles méduses ravagées, flétries,
Dans les rangées, flasque, spectre tu sombrais
Et leur danse accablante t’engloutit …
 
Un crabe sur ton crâne siègera tout à l’heure
– Comme une couronne qui flétrit avec l’âge –
Et ton regard de richissime rêveur
Fondra comme en ouvrant les coquillages.
 
Par le magique polype tu vas errer
A travers le nuage d’eau et méduses,
A travers des passionnels nimbes ensablés
Perles sur les lèvres, comme l’huître recluse.
 
Et ta main
– neptunien trident –
Tentant tardif sous les oublis, à s’échapper,
flottera à travers l’océan si lent
comme une écharpe de corail,
sous les ondées …
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-gX

 

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Deux poésies – Mircea Ivănescu

Pâles étoiles

 

il y a tant d’années qu’il a écrit une nouvelle qui parle
d’une fille aux allures tranquilles – il l’accompagnait
la nuit chez elle sur le très large boulevard, si large
qu’en pleine ville, on voyait les étoiles au-dessus – (elles les
étoiles se retournaient – lui disait – tiens, aldébaran et si elle lui demandait
laquelle de tous ces éclairs était aldébaran
il répondait – n’importe. je crois qu’elle se taisait beaucoup.
des années plus tard ils m’ont dit que cette fille
dans la nouvelle était un être réel – et qui, justement,
était morte d’un cancer. par ailleurs j’avais su
que son récit n’était qu’une transcription. je crois
qu’il a voulu l’aimer). trop de temps
s’est écoulé depuis. maintenant, c’est un matin de pluie
sale, parmi ces maisons hautes et grises –
et je passe devant l’entrée de la demeure où lui, une nuit,
il y a une vie, lui baisa la main. il mourut
très vite après – elle, des années plus tard.
et je marche maintenant dans cette rue.

 

*

 

la nappe

 

la vie comme une nappe – voilà, nous sommes assis
et si on lève les yeux nous pourrions penser
qu’on voit à travers la brume déteinte qui s’insinue peu à peu
du dehors, ses cheveux – et après avoir regardé
pendant quelque temps le temps figé tout rond
dans le cercle d’en face, ses cheveux nous paraissent
tout aussi lumineux, que c’est beau,
rester à une table – de travail – et savoir
qu’on peut des fois lever le regard, et tu verras
la luminescence prenant la forme de l’être, qui juste
un instant, se tiendrait devant toi, mais la nappe
que si rarement, las, tu quittes du regard,
elle est le plan, la vie – (le plan, voire la table
des cartes, où on t’a marqué le chemin). et ton chemin
vers ce feu à la fumée continue, dont tu avais peur,
serpente son accomplissement – et sur la nappe
des cernes, traces de sel, lumière déteinte
et cet immense foisonnement du silence qui s’assoit
sur les yeux, les oreilles.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez les originaux en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-gT

 

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Classé dans Mircea Ivănescu