Archives mensuelles : octobre 2011

Toussaint – George Coșbuc

A Neamț dans le couvent sacré
S’alignent au nom de Christ les Frères ;
La pensée droite et altière
ils chantent des versets du Psautier.
La Toussaint est une fête hors pair,
Et la coutume des anciens
C’est de boire en l’honneur des Saints –
La loi l’observent dûment les Pères.
 
Le corps du Christ rompt avec zèle
Papias l’abbé, ensuite, serein
Entame d’un tonneau ancien
Le sang de cette Loi nouvelle.
Le Diacre lit les sacrements,
Les Frères boivent et font honneur –
Que dure en siècles la splendeur
De chaque Saint séparément.
 
« – Dieu garde en Son tout Saint souci
Saint Seth » et glou et glou – «  Raymond ! »
Et encore glou ! Des saints Patrons
Des Martyres et tout ce’qui s’ensuit !
Et pour Celui né dans l’étable,
Pour Jésus Christ ils vont trinquer
Et pour le fils dit Timothée,
Et pour Pierre, Paul, Luc, tous ensemble.
 
Et même pour d’autres saintes figures
De Cappadoce, Anatolie –
Et quand leur verre fut sec, ils y
Trouvaient un saint dans la nature.
Mais pour éviter tout devers,
Ils boivent droitement et sagement :
Ni un seul verre pour deux – de Saints,
Non plus, pour un seul Saint – deux verres.
 
Et quand les Saints connus finissent,
Apportent le grec calendrier ;
Ils cherchent dedans un nom sacré
Et boivent, un autre saint nom lisent.
Les Saints diminuent, le vin aussi !
Du vin y’a plein, des Saints, que dalle !
Il faut, pour la fête synodale
Car boire sans Saint, ce n’est permis !
 
Pendant qu’ils cherchent avec ardeur,
Papias gémit brièvement et chut
Tout raide juste à côté du fût –
Les Frères tressautent et se font peur.
Kir crie « – Mes Frères ! Alléluia ! »
Il est juste ce que nous cherchons !
Le dernier petit verre buvons
En honneur du très Saint Papias ! »
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-kH
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Image du Cimetière de SAPANTA – Roumanie
« Aux noces quand je suis allé j’ai dansé et j’ai crié tout le monde j’ai amusé j’ai bien aimé les parties ensemble avec les amis partout où s’amusait ma voix on la connaissait mes chers frères et villageois si j’ai fauté pardonnez-moi vers l’heure où je partais la mort en route m’attendait … »

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La Robe – Magda Isanos

Du coffre à l’odeur de mites et de santal
sortit grand-mère la robe de son apothéose.
Si mince elle est, légère comme un idéal,
comme si elle serait tissue avec peu-de-chose.
Qu’il est triste le froissement de la crinoline soyeuse,
ses volants s’effilochent sous la vieillesse,
remplaçant les rayons, des silhouettes gracieuses,
d’un autre temps, dansent à travers la pièce.
 
Revoit – en jeune – le bal premier, l’ancienne,
elle reconnaît sa robe de jeune galante
sur le satin sa main tremblante promène
d’une grande émotion toute frissonnante.
Et quand elle penche son front et plus s’apaise
elle est si recourbée sous le vieux châle Mémé …
Qu’est devenue la charmante danseuse
qui a flotté en sa robe de soirée ?
Les jambes si mignonnes et si légères,
les yeux , et le sourire qui rayonnait,
dans le petit corps de la voûtée grand-mère
comment donc, ils moururent à jamais ?
M’ont répondu, alors, les ternes parures,
peut-être même la vieille dans son vieux châle ;
ils dansent encore, car jamais ne moururent,
toujours changeant de robes, le premier bal.
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traduit du roumain par Cindrel Lupe
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Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-kA

 

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L’oiseau sacré – Lucian Blaga

 
transfigurée en or par le sculpteur C. Brancusi

Dans le vent par nul engendré
te bénit un Orion hiératique,
larmoyant sur ton entité
sa géométrie haute et séraphique.
 
Jadis aux fonds de mer tu habitais
le feu solaire contournant de près.
Dans des forêts flottantes tu as lancé
un long cri au-dessus les eaux premiers.
 
Oiseau es-tu ? Ou tocsin par le monde montré ?
Ton être l’on nommerait, calice sans poignées,
une chanson d’or tournoyant
par-dessus notre peur d’énigmes trépassées,
 
perdurant en ténèbres pareil qu’en histoires
au sifflet d’un vent imaginaire
tu chantes pour ceux que leur sommeil vont boire
des noirs coquelicots sous la terre.
 
Phosphore gratté sur des ossements vieux
nous semble la lueur qui sort de tes yeux verts.
En écoutant des aveux silencieux
sous l’herbe du ciel l’envol tu le perds.
 
De l’éthéré des midis voûtés
tu trouves dans les tréfonds les mystères.
Elève-toi, sans jamais t’arrêter,
mais ce que t’aperçois ne nous dévoile jamais.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-kv

 

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Celui qui pense lui-même – Tudor Arghezi

Celui qui pense lui-même et attise la lumière
Créa une vie nouvelle par l’outil, homme en fer,
Cet être fût conçu par le rêve, cette machine,
Etonnamment plus forte que le bras et l’échine.
Avec elle tu laboures et sèmes la terre pugnace,
Une seule machine des hommes par milliers remplace
Des hauts fourneaux, étuves, moulins, des puits et scies,
Un fil en lumière, un tube en frénésie,
Une lampe porte la parole et en éther raconte
Que l’homme ce jour engendre la force depuis les contes
L’éloignement devient plus court qu’une seule foulée
Ta voix s’entend connue à des milliers de lieues.
Tu parles, au bout du monde, depuis ton logement
La seconde dépasse le siècle et se recourbe le temps :
Sur un bout de ficelle comme un cheveu se pince
L’éternité, l’infini, sur un bout de fil mince.
 
S’élève l’humain, le frêle, des ailes dans les nuages
Et de là nous amène des lois et témoignages.
Ou, il plonge dans l’abîme avec son heaume rond
Et gratte des océans les tréfonds,
Il passe par les brasiers, par les silex et glaces,
Parti dans la soirée, au matin il fait face,
Ni la flambée le brûle, ni l’endurcit le gel,
La terre est sa patrie et il la tresse au ciel.
Allume sa bouffarde chez lui, la braise qui reste
En sa bruyère est chaude, aux cimes de l’Everest,
Et la baguette cuite au four chez lui, douce et molle,
La goûtent les pingouins, toute fraîche, auprès du Pôle,
Enfin, le descendant de Prométhée, lui, l’homme,
A déchiffré l’énigme des énigmes, l’atome.
L’humanité il peut, au bout de quelques secondes,
La rajeunir ou mettre dans des abysses profonds.
 
Il est temps, serf en siècles, esclave du mal-être,
Toi, l’homme et mon frère, d’être ton propre maître.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-kp

 

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Chanson tzigane – Dan Galbina

 
Dieu, ne sois pas un arsouille,
je bringuebale de fosse en haie
pour une lampée de bistouille,
que j’me brûle, mais sans plaie.
Que j’m’enflamme, pour voir autour
blanchir la nuit comme la chaux …
bondissent mordre mon contour
chiens, enragés de sang chaud.
 
Quand la nuit est basanée,
comment calmer les roquets ?!
Pour ça force me donne, j’agrée
une chopine, ou un pichet.
Mon Dieu, aubergiste vilain,
une lampée, deux gorgeons
donne moi de ton puits à vin
qui sous les étoiles frissonne.
Dieu, dans ton sein monte le lait,
d’un canon de gnôle m’apaise
que j’me soule … j’oublie … que j’ai …
et que l’ange gardien se taise.
Dieu, oh Dieu, passe-moi une gloire
imbibée de chloroforme,
la sentir ne pas la boire,
que j’m’accroche au ciel et dorme.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-kj

 

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Excès de fleurs – Alexandru Andriţoiu

Chantant je venais vers tes yeux rêveurs,
des grands bouquets au bras. T’avais sur table
des jardins et allées de maintes fleurs,
comme au Liban, l’épouse inévitable.
 
Des fleurs qui flottent sur l’eau, fleurs en flocons,
ou fleurs sauvages, sur des rochers sévères,
fleurs grasses qu’en doux climats s’y abandonnent
et fleurs qui poussent sous ciel de verre en serres.
 
Mais tu as ri de mon geste désuète
et de sienne vertueuse floraison,
t’as mis en doute la fougue d’un poète
éparpillant les fleurs dans la maison.
 
Alors je me suis vengé des fleurs. Je fais
leur ennemi juré. Je brûle par Romes
des roses, je traverse pour dévaster
des pleins hectares de flammes et d’arômes.
 
Sans tes jardins mes âges tu déambules,
pillant joli les dactyles du passé.
J’ai du sang sur les paumes, épines, ampoules,
car en chemin j’ai giflé tous les rosiers.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
 
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http://wp.me/p1wz5y-kd

 

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Trop tard, à Paris – Adrian Păunescu

Trop tard je suis arrivé à Paris, et trop vieux,
je n’ai eu ni la chance, ni invites, ni courage,
là où j’suis, de rester je me sens désireux
et, de mes lourdes jambes, je traîne sur le pavage.
 
N’est pour moi rien qui tienne de l’enfer du présent,
dans des grottes, maintenant, moi si j’aurais une place,
en rivière, d’un galet je ferais mon lit content,
tout voyage à Paris à mon âge me harasse.
 
Sous pâquerettes gisent trois quarts de ma génération,
que vais-je foutre ici, sans personne de vous tous?
Invalides glorieux, je vous serais compagnon,
mais absurde m’appelle cette folie qui me pousse.
 
Trop tard je suis arrivé et trop vieux, à Paris,
les souvenirs effacés, la mémoire un grand vide,
j’aurais dû le goûter, quand il fût interdit,
de n’importe quelle place, je peine ôter mon bide.
 
Et je rêve de Brancusi, de Brancusi le plus fort,
ne serais-je en retard, suite à un pire souvenir,
je guetterais à ses fenêtres, dormirais à sa porte,
pour son œuvre, au moins tant qu’en pierre m’en offrir.
 
Condamné de n’être que Roumain, par mes aïeux,
bonne nuit à jamais, éternelle Ville-Lumière
trop tard je suis arrivé à Paris, et trop vieux,
barrons nous, je m’en vais, je ferai mes adieux,
c’est trop cher de mourir en contrée étrangère.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe et Tudor Mirică
*
Lisez l’original en roumain :

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Les Amis de Ştefan Baciu

 
Explication – nécessaire, ou pas …
Constantin Noica fut un philosophe et écrivain roumain,
disciple de Heidegger, initiateur de l’école socratique
de Păltiniş.
Vasile Voiculescu fut un médecin, poète et écrivain roumain.
Les deux ont été emprisonnés à cause de leurs convictions
dans les geôles communistes des années ’50.
Constantin Noica
 
Maint nombre de mots de toi maint fois croisés
avec des sens montant subtil des âges
et des pensées en pèse-mots retournées
comme l’or du sable par une vague au rivage
de Kant et de l’ancêtre Anton Pann */
au fond des dires t’as fendu l’auréole
– un grand matheux comme Balthasar Gracian –
tu sauves l’esprit des fripes de la parole
 
si esseulé sur cette du siècle allée
en heure secrète de givre et de cristal
d’une plume mouillée-en besogne et idée
construis pour l’âme un lexique idéal.
*
 
Le Docteur Voiculescu
 
Le Saint Basile arrive de Buzău **/
du « Pays des Aurochs » sur la rue sonore
la canne en or, le front comme le Rarău***/
devant ces humides, et brumeuses aurores
un mot de verre, transparent et drôle
silence profond d’une romaine bolée
la ville empeste la mare et la gnôle
mais le saint goutte de l’huile sur la plaie
 
apporte des dires cachées dans sa besace
de Shakespeare et de Saint Jean le Bon
quand j’aperçois son être, sous la rosace
me semble-t-il monter sur un ambon.
*
*/ poète roumain du XIXème siècle et auteur de la musique
de l’actuel hymne national de Roumanie
**/ ville en Roumanie (Pays de Vrancea)
***/ montagne dans les Carpates (Bucovina – Roumanie)
 
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-k4

 

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L’Antiprintemps – Adrian Păunescu

A quoi bon le printemps arrive
S’il reste autant d’hiver en nous
Que mars peut s’en aller avec tous
Ses hérons d’où il est venu
En nous l’hiver seul a la place
Nous givrons dans l’ultime gelée
En tâtonnant les trous en glace
Tel esseulé vers esseulé.
 
Et viennent depuis les contrées chaudes
Hérons de l’automne qui passa
Et qui construirent en toit des niches
Puis près de moi tu n’y es pas
Des neiges plus graves que la mort même
Etaient et sont, seront, sévères
Chez moi dans l’âme c’est la tempête
Et viennent des fous aux sports d’hiver.
 
Et neige jusqu’à bout de manche
La neige pénètre dans mon vécu
Une danse de bonshommes de neige
Qui faire d’étreintes ne peuvent plus
Chez nous l’hiver est si durable
Deux anciens malheureux amants
Reprends ta fleuraison, le printemps
Et tous tes hérons émigrants.
 
Printemps, mon passé futile
Ne viens pas, t’es inutile
Tu peux partir c’est le gel
L’hiver éternel.
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

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Deux poésies – Anghel Dumbrăveanu

Genèse 
 
Le monde a été fait par un dieu égyptien
Sur un tour de potier. Il prit la terre et l’eau dans le Nil
Et les tourna sur sa pensée jusqu’à la lumière.
De lumière il s’est imaginé la femme et les fleurs.
Mais la femme ressemblait à la cruche, quand il l’a portée à ses lèvres
Le potier fut étourdi – et ses paumes
Caressèrent aveuglement la cruche gisant à ses côtés.
En ce moment naquit la chanson.
 
*
 
Jamais l’oubli
 
Entre nous sont des neiges et des sables.
Demain, peut-être déserts, océans.
 
Jamais l’oubli.
 
Sous ton icône je commence ma journée.
Mon aile sort de ton épaule.
M’ont dédié à la mer, farouche et pur,
 
Etre et ne pas être vaincu.
 
Entre nous sont des neiges et des sables.
Demain, peut être le ciel déchu.
Mais la joie de traverser la nuit,
De t’accueillir sur l’autre rivage,
 
Là où jamais l’oubli …
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-jU

 

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Classé dans Anghel Dumbrăveanu