Fleurs de moisissure – Tudor Arghezi

 
D’un ongle j’les ai écrit sur le crépi
Sur le paroi d’une niche, terni,
Dans le noir, dans mon isolement,
Avec mes forces sans soutien
Ni du taureau, ni du lion, ni du vautour
Qui avaient ouvré autour
De Luc, de Marc et de Jean.
Ce sont des versets de nul an,
Versets de tombe,
De soif profonde
Et de faim de débris,
Les versets que voici.
Quand mon ongle angélique fut émoussé
Je l’ai laissé repousser
Et il ne repoussa plus –
Ou ne je l’ai plus connu.
 
Il faisait sombre. Loin dehors, la pluie tapait.
Et comme d’une griffe, de ma main je souffrais
Impuissante pour se rétrécir
Et je me forçai des ongles de la main gauche d’écrire.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-jA

 
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1 commentaire

Classé dans Tudor Arghezi

Une réponse à “Fleurs de moisissure – Tudor Arghezi

  1. Marian

    ‘Fleurs de moisi’ est le titre d’une très belle poésie écrite sur les murs de la prison (Vacaresti), où il était captif, par le poète roumain sans pareil et qui est resté tout le temps fidèle au Dieu, Tudor Arghezi. ‘Fleurs de moisi’ est un très bel oxymore. On peut dire que les fleurs représentent les âmes humaines (l’âme, la lumière, ce qui est beau dans l’homme, mais aussi la fragilité de l’être), en temps que ‘le moisi’ représente la prison et les conditions de vie dans la prison, donc les ‘fleurs de moisi’ sont les âmes captives, emprisonnées dans leur propre cave/ prison.
    ‘Fleurs de moisi’ est un art poétique sublime qui nous touche. Le poète, à l’aide du ‘je’ lyrique, explique à la première personne du singulier comment il s’efforçait de peindre sur les murs de la prison ces vers magnifiques en utilisant les ongles de la main droite(=l’inspiration divine) jusqu’à ce que ceux ont émoussé. Donc abandonné, blessé et trahi, il s’efforçait d’écrire seulement avec les ongles de la main gauche, car la main droit était devenue comme une griffe qui ne pouvait plus agripper ‘quand son ongle angélique a émoussé’: ‘Je les écrits les ongles en plâtre/ Sur un mur blanc et fissuré/ Dans les ténèbres et dans la solitude/ Avec les pouvoirs faibles et sans être aidé […]’. C’est un art poétique parce que le moi lyrique parle dans cette poésie de l’effort créateur du poète et de l’artiste, en général, dans son atelier, dans sa ‘cave’, dans sa ‘prison’.

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