La cigale – Tudor Arghezi

 
Une cigale a commencé
Ma demeure de visiter,
Et sifflait
Et grésillait
Tant je m’sens pris aux abois ;
L’on dirait qu’elle est chez soi.
Qu’elle au diable vauvert s’en aille,
Elle a pris tout mon bercail
Et me racle à l’oreille
Sa crisse de vieux réveil.
Si ça dure, ce badinage,
J’prends besace et déménage.
As-tu vu l’impertinence ?
Samedi, de malséance,
Sans aucune prévenance,
Est venue, s’est installée
Et s’est mise à chanter.
Moi, en type civilisé,
Je ne touche pas le tambour
Rarement, à quelques jours,
Le hautbois or clavecin :
Pour ne pas gêner l’voisin –
Même alors, à tempérance
Si je joue, c’est en silence,
Une polka ou une danse brève,
Sans passer de l’heure de trêve.
Mais en ce temps le voyou
S’inquiète trop peu de nous.
Je la cherche pour des prunes
Et je trouve trace aucune.
D’une guimbarde sans languette,
Elle joue comme à la guinguette,
Quelque part, dans un recoin,
Aux patères, sous mon pourpoint ;
Je l’entends un peu d’partout,
Du plancher, de n’importe où.
Sans comprendre comme elle fait
Je l’entends même quand se tait.
Cinq fois je m’suis couché
Et cinq fois m’a réveillé
Ma visiteuse endiablée.
Me tourments, j’écoute, j’attends
L’ennemie impénitente,
Mais elle, calme et trimarde,
Sans à-coups elle me pétarde :
Soit qu’écorche un violon,
Soit qu’elle racle le frelon,
Quelque fois parait, me semble,
De mésange qu’elle a le tremble
Ou imite par moquerie
Bruit de lime en verrerie,
En dispose, me semble-t-il
Des gosiers, tant que d’outils.
 
Et alors j’ai pris en bouche
De l’eau, et d’une fine douche
J’l’ai fait sortir de sa couche.
J’ai touché, sous le rideau
Dans un coin, le petit badaud.
Je l’ai vue, se secouait,
Et ne pouvait plus chanter.
Toute mouillée, toute enrouée,
D’une voix molle pleurnichait,
Et l’anoure bon marché
Savait plus déambuler.
Pourtant je fus charitable
Quand j’ai vu sa mince râble.
Car les peines me font peine.
Je n’peux lui prendre l’haleine.
La tuer parce-qu’elle chante ?
Cette idée m’épouvante.
Est-ce-qu’on sait, n’importe qui,
D’où est apparue sa vie ?
Tout ce qu’elle peut, n’importe où,
C’est qu’elle chante un peu partout,
Et pourvu qu’elle soit si petite
C’est qu’elle chante, gratuite,
Comme un clairon – tu dirais pas
Qu’une fanfare dans sa gorge a ?
Elle ne sait, vaille que vaille
Que de chanter – comme une caille,
Et en a le droit, cézigue
Qu’à son chant elle te fatigue.
Son parler est comme tel
Qu’ils comprennent les siens et elle.
J’ai pris son corps si piètre
Et l’ai lâché par la fenêtre,
De l’entendre-en bas,  j’souris :
 – Va en ton chemin ! je lui dis.
*
traduit du roumain par Tudor Mirică
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-lv

 
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