Ballade du pope de Rudeni – George Topârceanu

 
 
dessin de Cindrel Lupe
 
Depuis la foire du village
Raccourcissant son chemin,
Dodeline sur son cheval sage,
Le pope Florea de Rudeni.
 
Et dans le paysage riche
Haut sur cimes, bas dans l’orée
L’hiver pâlot s’en affiche
Ses inventions de fumée.
 
Sommeil coulant dans l’essence,
Le gel saint d’Epiphanie
A caillé plein d’argent mince
Sur la neige et dans ses plis
Et, liant en glace les gouttes,
La brume qui va s’y ensuivre
Au pope lui tisse la moumoute
Avec des longs fils de givre.
 
Le ciel gris comme le granite,
Le forêt – en sommeil penche.
Ne résonne que la marmite */
Qui pendouille sur sa hanche.
 
Frappe le Gris d’un pied transi
Voie d’hiver, sans trop penser,
Il traverse lent, réfléchi
Les glissances dans le sentier.
Dans le silence qui perdure,
Comme au fond d’une rêverie,
Le pope parfois en murmure
Dodelinant sur son cheval gris …
En passant secoue des gaines,
Joyaux froids et mensongers,
Effrite des blanches voûtes qui traînent
Sous des portails argentés.
Près des sillons des traîneaux
Aux berges prêtes à s’écrouler,
Il voit des traces d’animaux
Sur la neige pure étoilées.
Puis sur la cime d’un rocher,
Etourdi par le paysage,
Il serre brusque les étriers
Ouït, figé sur son Gris sage.
 
Pas un soupir … pas un brin …
Seulement en ce gris profond
Arrive le bruit du tocsin
Sur la forêt monotone …
 
En oreilles longuement résonne …
Avec soin il va extraire
Un dodu ancien flacon
De la besace derrière.
 
Et comme il tâte la bibine,
D’une allure héroïque,
Le pope en reçoit soudaine
Une grandeur symbolique.
 
Là, en vallée, où la route
Traverse clairières et mares,
En peupliers reste la fumée
De l’auberge de Vadul-Mare.
 
Le cheval, sent la mangeoire
Et y trotte en hennissant, –
Car la bête est coutumière
Du plaisir de l’homme saint …
 
L’hôtelière sort en seuil, vite,
Se réjouissant du blé.
Ses yeux louchent vers la marmite */ :
– Froid, mon Père ?
– Brrr, ch’uis gelé !
*
 
*/ Coutume dans l’église chrétienne orientale : après avoir béni – à domicile- les gens ou leurs biens, le pope recevait l’obole de ses fidèles (en petite monnaie métallique) dans un tronc mobile … une « marmite » ou petit seau à anse, remplie à moitié d’eau bénite, dans laquelle se trouvait aussi un goupillon, en brins de basilic parfumé.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-mQ
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