Archives mensuelles : novembre 2011

le Rondeau en or – Ion Minulescu

 
Colline - oeuvre du peintre roumain Horia Bernea
 
Fournaise d’or liquéfié,
Et sur les graines poussière jaunie,
Bergers, brebis d’or en abris,
De l’or en fleurs éparpillé.
 
En tous, et en tout, submergé
Il bat de ses ailes impies. –
Fournaise d’or liquéfié,
Et sur les graines poussière jaunie,
 
Des braises du soleil envahi,
La terre, sous le charme est restée
Et toute femme en devient une fée,
A l’âme des flammes ravi –
Fournaise d’or liquéfié.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-lQ
 
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Classé dans Ion Minulescu

Poème – Radu Stanca

Tu resteras en moi même après m’avoir quitté,
Aussi impénétrable, puis désirable aussi,
Une sorte d’île étrange de routes et sentiers
Qui nulle part ne ramènent ma piètre flânerie.
 
Tu resteras en moi-même quand tu essaieras
Rejoindre la forêt et là-dedans t’égarer.
Vois ! Ta trace est creusée dans ma rêverie à moi
Et je peux, quand me plaise, la suivre et la chercher.
 
Je te retrouverais malgré toute ton opposition,
Et je saurais le lieu où tu t’abrites furtivement.
Ma rêverie ressemble au soulier de Cendrillon
Qui n’acceptera que ton pied svelte seulement.
 
Tu resteras en moi même après ton envolée
De mon cœur noir, tel l’oiseau qui de sa cage s’enfuit.
Mon étrange tristesse même en nues saura viser ;
Ma tristesse vise toujours beaucoup mieux qu’un fusil.
 
Je te trouverais n’importe l’habit que tu changerais,
Combien de masques tu mettrais afin de m’égarer.
Ma rêverie – en centaines de milliers te trouverait.
Ma peine – en centaines de milliers te connaîtrait.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-lM

 

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Classé dans Radu Stanca

Le p’tit sou – Tudor Arghezi

Une fois Dănuţ entendit bien
Que dans l’oeuf y’a un petit rien
 
(Chambre d’air nommée chez nous,
Qu’en roumain se dit “p’tit sou”)
Et croyait que l’oeuf, dedans,
Tirelire est ; donc, tentant !
Il était âgé de six
Et tâchait d’être rassis,
En comptant avide, en tête,
Le prix d’une bicyclette.
Furetant parmi les poules,
Sous couveuses de farigoule,
Sans saisir le guet-apens,
Des oeufs, environ deux cents.
Mais il fit un grand fracas,
De douleur et de tracas,
Pour n’avoir rien trouvé !
De plus il s’était souillé
De leur jaune et de leur glaire.
Et surtout, moment hilaire,
N’arriva à s’nettoyer,
Car la vase l’a pénétré.
Il cria et pleurnicha
Qu’au moins ne les mangea,
Cuits, durs ou même pochés
Auprès de café au lait.
Il croyait, le garçonnet,
Que l’p’tit sou est une monnaie
Même un sou beau et tout neuf
Mis d’avance en chaque oeuf.
Ne sachant qu’en l’oeuf, au fond,
Cet espace creux et rond
Est prévu pour le poussin,
Quand s’agence son dessein.
Sous la coque comme une soute
Est gardée de l’air une goutte,
Qu’à son réveil premier
P’tit poussin puisse respirer.
*
traduit du roumain par Tudor Mirică
*
Lisez l’original en roumain :
 
http://wp.me/p1wz5y-lH

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Sagesse de la Terre – Ana Blandiana

"La Sagesse de la terre" - oeuvre du
sculpteur roumain Constantin Brancusi
 
Si grande, difficile à mouvoir et patiente,
Quand tu la frappes elle tait ses peines, mais les sent,
Elle est grande, pour cela elle peut rester insouciante,
Peut parler une ou deux fois seulement un siècle durant.
Nous savons qu’il existe son corps imposant
Nous savons qu’elle nous couvrirait si nous aurions fauté,
Nous savons qu’elle est immortelle, que près de ses seins
En tant qu’enfants nous pouvons retourner.
Et alors quand entre nous deviendra chaud et soyeux l’éther
Quand nous ne craindrons les uns les autres, ni le vent,
Nous saurons qu’elle nous parle La Sagesse de la Terre,
La sagesse de ces continents.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-lA

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La cigale – Tudor Arghezi

 
Une cigale a commencé
Ma demeure de visiter,
Et sifflait
Et grésillait
Tant je m’sens pris aux abois ;
L’on dirait qu’elle est chez soi.
Qu’elle au diable vauvert s’en aille,
Elle a pris tout mon bercail
Et me racle à l’oreille
Sa crisse de vieux réveil.
Si ça dure, ce badinage,
J’prends besace et déménage.
As-tu vu l’impertinence ?
Samedi, de malséance,
Sans aucune prévenance,
Est venue, s’est installée
Et s’est mise à chanter.
Moi, en type civilisé,
Je ne touche pas le tambour
Rarement, à quelques jours,
Le hautbois or clavecin :
Pour ne pas gêner l’voisin –
Même alors, à tempérance
Si je joue, c’est en silence,
Une polka ou une danse brève,
Sans passer de l’heure de trêve.
Mais en ce temps le voyou
S’inquiète trop peu de nous.
Je la cherche pour des prunes
Et je trouve trace aucune.
D’une guimbarde sans languette,
Elle joue comme à la guinguette,
Quelque part, dans un recoin,
Aux patères, sous mon pourpoint ;
Je l’entends un peu d’partout,
Du plancher, de n’importe où.
Sans comprendre comme elle fait
Je l’entends même quand se tait.
Cinq fois je m’suis couché
Et cinq fois m’a réveillé
Ma visiteuse endiablée.
Me tourments, j’écoute, j’attends
L’ennemie impénitente,
Mais elle, calme et trimarde,
Sans à-coups elle me pétarde :
Soit qu’écorche un violon,
Soit qu’elle racle le frelon,
Quelque fois parait, me semble,
De mésange qu’elle a le tremble
Ou imite par moquerie
Bruit de lime en verrerie,
En dispose, me semble-t-il
Des gosiers, tant que d’outils.
 
Et alors j’ai pris en bouche
De l’eau, et d’une fine douche
J’l’ai fait sortir de sa couche.
J’ai touché, sous le rideau
Dans un coin, le petit badaud.
Je l’ai vue, se secouait,
Et ne pouvait plus chanter.
Toute mouillée, toute enrouée,
D’une voix molle pleurnichait,
Et l’anoure bon marché
Savait plus déambuler.
Pourtant je fus charitable
Quand j’ai vu sa mince râble.
Car les peines me font peine.
Je n’peux lui prendre l’haleine.
La tuer parce-qu’elle chante ?
Cette idée m’épouvante.
Est-ce-qu’on sait, n’importe qui,
D’où est apparue sa vie ?
Tout ce qu’elle peut, n’importe où,
C’est qu’elle chante un peu partout,
Et pourvu qu’elle soit si petite
C’est qu’elle chante, gratuite,
Comme un clairon – tu dirais pas
Qu’une fanfare dans sa gorge a ?
Elle ne sait, vaille que vaille
Que de chanter – comme une caille,
Et en a le droit, cézigue
Qu’à son chant elle te fatigue.
Son parler est comme tel
Qu’ils comprennent les siens et elle.
J’ai pris son corps si piètre
Et l’ai lâché par la fenêtre,
De l’entendre-en bas,  j’souris :
 – Va en ton chemin ! je lui dis.
*
traduit du roumain par Tudor Mirică
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-lv

 

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Ballade d’une petite cigale – George Topârceanu

Sur des collines rabougries,
Sur des champs tout en guenilles,
Arriva d’un coup, comme ça,
L’automne sombre que voilà.
 
Longue, maigre et fofolle,
Baptisant la nature molle
D’une liasse de mort-aux-rats,
Quand elle secoue ses guiboles,
Autour d’elle et plus loin
Elle répand à hue et dia
Pluies chétives,
Feuilles mortes,
Gouttes de boue,
Coups de froid …
 
Et quand des montagnes arrive,
Empestant
Et larmoyant,
Les chardons de la vallée
Se cachent tous dans des ravins,
Et les églantiers des berges
Ils l’accueillent dans l’allée
Avec des hâtifs câlins…
 
Sur la pente, en montée,
Depuis sa hutte en argile
Une cigale s’est montrée,
Noire, petite, d’encre mouillée
La brume sur ses ailes fragiles :
 
Cri-cri-cri,
Automne gris,
J’pensais pas que t’atterris
Avant que Noël passait,
J’aurais même pu ramasser
Un p’tit grain le plus petit,
Pour ne pas en emprunter
Chez ma voisine la fourmi,
 
Parce qu’elle ne m’en donne tintin
Mais se vante à tous enfin
Comme quoi je vais quémander …
Mais maintenant,
Dit-elle d’une voix vannée
Remuant son petit pied,
Mais maintenant c’est terminé …
 
Cri-cri-cri,
Automne gris,
Suis-je si petit et si peiné !
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-lq

 

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Classé dans George Topârceanu

Quatrains pour la neige – Ion Minulescu

        Fiancée des géométriques sapins et des sillons ensemencés – solennité blanche, froide, fatale, muette et divine – t’arrives aux charmes de Madone sinon de Vierge byzantine – et pars aux gestes de bacchante, stigmatisée par les excès.
 
        Presque personne ne veut de toi, bien qu’ils espèrent  ton retour … – Et ta beauté bizarre, personne ne chante que après, – les amoureux d’images abstraites, parfaites et immaculées – les sages équarisseurs de taillis et les espiègles enfants autour.
 
        Puis quand descends quand même, suspecte, insinuante et égale – au champ, sur arbres, eaux, aux rues, aux toits et même sur nous – tu changes en fantaisies lunaires l’entière pâte toute en boue – et drapes Marie Madeleine avec un  péplum de vestale.
 
        Pendant que tous, également, pygmées et humbles nous sentons – ta force magique qui gèle, crée, détruit et brûle – seuls les corbeaux sacerdotaux t’insultent et maculent – à leurs étranges hiéroglyphes noires, ton blanc profond.
*
Traduit du roumain par Tudor Mirică
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Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-lk

 

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