Archives mensuelles : février 2012

Deux poèmes – Aurel Sibiceanu

 
Anniversaire
 
Dans un habit qu’est presque franciscain
et me souvenant que ce jour même
c’est mon anniversaire,
je traverse la tendre lumière du feuillage.
Ceux qui me haïssent m’ont offert une solitude
ceux qui m’aiment m’ont offert une solitude
encore plus grande, les autres restent
impassibles parmi les riens en or et argent.
 
De temps à autre je regarde mes mains –
leur lumière fanée a le visage amer des sorbes,
Dessus sont gravés des jours et des nuits,
crocs de loups et silhouettes de gazelles.
Cette écriture est pour moi
la grotte d’un ermite, un labyrinthe.
 
Je me lave les mains, comme dans l’espoir de chasser
tout cela dans une lointaine contrée !
Mais eux, les jours et les nuits, crocs de loups,
silhouettes de gazelles, me parlent
dans une langue inconnue du parfait silence.
C’est le merveilleux Don qu’on m’a fait ce jour-ci,
lorsque je reste tranquille dans la tombe de mon jour
anniversaire, tel celui qui était
aussi le fils de sa fête.
*
 
La fable des amis
 
Eux, avec de longues épées m’éloignent,
avec mes propres paroles me médisent,
ils ferment leurs maisons
avec mes anciennes présences.
 
Ils ont des troupeaux et des champs, tentes et enclos,
ils ont des éperviers de chasse
et le sourire bleu-amer,
ils ont des femmes tranquilles comme le tabac
dans un tronc en argent.
 
L’amour que je leur porte m’est toute la peine,
avec mon sang  je les protège des chimères,
mais eux ne cessent d’héberger Judas.
 
De les voir trébucher en Chemin,
ne serait-ce une faute mienne,
aurais-je des fois oublié le Seigneur …
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-qb

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Lointaines chutes de neige – Anghel Dumbrăveanu

 
 
Les mots par moi écrits
Sont une façon de parler
Dans l’humilité du silence
Et n’ayant à qui les donner
Je les enfile ici
Comme un étonnement.
Là je pense à un traîneau
Qui me porterait par des lointaines chutes de neige
Jusqu’à celle maison.
Mais tout se passait il y a longtemps.
Celui qui a connu la caresse
Ecrit ces fleurs à la senteur de femme –
Une façon de parler
Dans la solitude
Et dans l’humilité du silence.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
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Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-q7

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Tapis Roumain – Virgil Carianopol

 
Comme une plaine, miroitant tout l’infini,
Plein d’oiseaux dans les rameaux, chantant,
Tu le regardes, il porte dedans l’inassouvi
Des temps jadis l’histoire éclairant.
 
Tout parsemé de lys et citronnelle,
Bleuets sereins et coquelicots fluets,
Vivantes fleurs de lilas ou camomille
Te poussent à t’y pencher, et les humer.
 
Posé au mur, près du lit, en demeure,
T’étends dessous comme en orées des champs.
Tu sens sa douce fraîcheur, soie éphémère,
Et c’est comme si t’effleurait un doux vent.
 
Travail profond en laine et harmonie,
Avec des éclaircies et arbres dans le vent,
Son plein repos te pousse en rêverie
Ou faire un somme dans l’herbe qu’il étend.
 
Et quand le soir la lune de sa lumière
Le touche en plein, par ses rayons soumis,
Une cigale saute, comme dans des bruyères
Et y chante joyeux, en catimini.
 
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traduit du roumain par Cindrel Lupe
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Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-pZ
 
 

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Le sentiment des jours – Romulus Vulpescu

La guerre commence toujours un dimanche vers dix heures du matin
Et, si le temps est clair, jusqu’au six heures du soir, plein d’héros ont péri.
Pour la paix, la sobriété est de rigueur, un air pas trop câlin :
La paix se conclut à l’aube, d’habitude à cinq heures, un jeudi.
 
Les femmes désirées s’offrent aux trois heures de l’aprème, un lundi :
C’est là qu’elles abandonnent contraintes, affaires, conventions.
Un peu tristement, voire lointain (la raison ne put être établie),
Elles prennent congé au vermouth, vendredi treize heures, après collation.
 
Les enfants naissent plutôt – je remarque – mardi en soirée :
L’heure qu’ils préfèrent vers sept heures et quart – asses hâtif.
Samedi vers quatre heures des parents on se sépare,
Les accompagnant pour un voyage plutôt long et, sûrement, définitif.
 
Mercredi seulement, les heures traînent, en attendant :
Mercredi seulement l’indifférence me guette et sans aucun atout.
Mercredi seulement je partirai, en heure sans temps, chais pas quand :
Mercredi seulement il ne se passe rien du tout.
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traduit du roumain par Cindrel Lupe
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Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-pS

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Classé dans Romulus Vulpescu