Archives mensuelles : avril 2012

Poèmes – Ioana Geier

Je m’écoute rentrant en mie de cèdre
– à Mahmoud Djamal –
 
Je m’écoute rentrant en mie de cèdre
avec mes deux yeux
appuyer ma ligne de vie
 
personne n’efface ma larme
sur les sables
le soleil en a bu la moitié
mais lourd elle pèse encore
 
***
 
Il commençait par mes tifs courts violets
pour le poète Virgil Diaconu
 
J’étais si jeune que j’aurais pu tirer
une charrue à travers la mousson
j’avais une robe verte
et un époux qui
commençait par mes tifs courts violets
 
jusqu’au coeur
il avait le temps de mourir
 
****
 
La femme de la cathédrale du serpent
dort dans le vide du nid du serpent
comme dans un château
son petit améthyste accroupi sur le bambou
pour lui
deviendra sourde en aiguisant l’arc
toujours sur l’Afrique
sans tordre la veine du soleil jusqu’au bout
dans la recherche de soi-même
*
 
A genoux sur la glaise bleue
 
A genoux sur la glaise bleue je reste, Seigneur,
encor liée
à la voix affamée
et aux bottes dans lesquelles la neige pénètre
comme une affreuse métaphore
 
je ne sais plus comme l’herbe de l’amour craquait
à chaque évasion
 
dans la goutte de vie restée sur les arrêtes du cœur
je trébuche
je ressens que je n’ai pas
des vraies paumes
pour tâter des mondes.
 
***
 
Museau humide
 
Ses jambes étaient aussi frêles
comme celles de l’agneau non sauvé
qui plus tôt avait crissé
dans le champ de coquelicots
 
le large couteau versait
vapeur cri et sang
durant l’entière l’enfance
 
longue jusqu’au sommeil
déchirait la larme
à l’angle de la chaise olivâtre
 
oh ! fût-il si accompli
son repas
le bol plutôt vide
mais un museau humide
libre parmi les coquelicots en fleur.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
 http://wp.me/p1wz5y-rz
 
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Classé dans Ioana Geier

Deux poèmes – Ana Blandiana

 
du volume "Le talon vulnérable" – 1966
 
Je sais la pureté
 
Je sais, la pureté n’est pas féconde,
Jamais une vierge n’enfante par soi,
Une loi exige qu’elle se macule,
Tribut pour que vivant l’on soit.
 
Bleus papillons naissent de chenilles,
Les fleurs auront des fruits autour,
La neige blanche n’a pas de touche,
La glaise chaude est impure.
 
Immaculé l’éther sommeille,
Seuls les microbes y sont en vie,
Peux, si tu veux, de ne pas naître,
Mais si tu l’est, mourras aussi.
 
Dans la pensée le mot est joie,
Mais prononcé, l’oreille le tache,
De la balance vers quel plateau –
Rêve muet ou gloire, je penche ?
 
Entre silence et péché
De quoi choisir – la mer ou l’ancre ?
Oh, le drame de mourir de blanc
Ou bien tenter la mort de vaincre…
 
 
 
Intolérance
 
Intolérance
 
Je suis faible peut-être. Et mes yeux sont faibles.
Ils ne distinguent pas les couleurs intermédiaires.
Parce qu’elle se laisse aimée par les crabes
J’en ai marre de la mer.
 
Ses bleus confins jamais je ne dépasse
De peur de ne plus retrouver la voie du retour,
Comme le ver dans la soie je m’efface
Et la pureté je la torde autour.
 
Je veux des tons clairs
Je veux des mots clairs,
Je veux toucher au paume les muscles des paroles,
Je veux comprendre quoi je suis, quoi vous êtes,
En séparant précis de rire le viol.
 
Je veux des tons clairs
Et couleurs en état pure,
Je veux comprendre, sentir, voir,
Je préfère à cette joie ambiguë
Mon désastre affreux mais tout clair.
 
Je veux des tons clairs,
Je veux dire „sans doute”,
Ne pas douter même quand j’aurais eu l’âge,
Je haïs la transition, la trouve triviale
L’adolescence brillant acnéique sur visage.
 
Suis-je faible ? Mes yeux sont-ils faibles ?
Serai-je encore ridicule et amère ?
Parce qu’elle se laisse aimée par les crabes,
J’en ai marre de la mer.
*
traduit du roumain par Tudor Mirică
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-rt

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Classé dans Ana Blandiana

Le Cantique de Memnon – Aurel Sibiceanu

 
Ta beauté anéantit la fleur de l’acanthe :
béquille à moi, racontée sur tant de sentiers …
 
Je suis si fort, je me dis, que les dieux,
nos riches frères, ont des figures de poussière,
des armures en herbe ont-ils, et la fin du monde
en moi l’oublièrent-ils, avec des pudeurs de potier.
 
Ruine hors du monde, la fleur d’acanthe,
qu’elle peut être douce une seule tienne caresse,
ou l’ombre d’une pierre céleste
dont les lions s’abreuvent sur les sentiers humains …
 
Bouquineurs dans des siècles chercheront
dans les signes de la pierre, démêler les propos,
les liseurs de signes trouveront sur les seuils
des firmaments, le lieu même où la poussière
avec ma piètre tempe je ne puis endiguer …
 
C’est bien de toi que je cause, mon amour, ou de la peine
de l’inconnu maçon, qui à l’orée des sables
perdit le Cantique de Memnon, le troyen
ceinturé d’acanthe, comme les oiseaux
écroulés des cieux ?!
 
Il n’y a pas un qui sache mettre discours dans la bouche
et à l’horizon une âme je ne trouve, même pas
autant que la lumière filerait sur les dalles …
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-rp

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Classé dans Aurel Sibiceanu

A Pâques – Petruţ Pârvescu

 
j’entends
et vois parfois
tout ce qui n’est pas oublié ne peut se dire
tout ce que je sais ne peut s’écrire
je rôde bafouille marche
me tais et l’ombre des silences tombe toujours sur un livre blanc
Dieu quel poème j’aurait écrit
mais tous nos mots ne suffisent pas
 
TROIS jours
et TROIS nuits
tant que des noces durait Pâques chez nous à Pacala
dans la vallée de Vedea au-delà de Pitesti
nous attendions dès le printemps la résurrection du Seigneur
les œufs peints l’aumône et la brioche pascale
 
le pope Ïoan avait trois églises
Pacala
Chilia
et Topana
nous étions les premiers à commencer
 
maman nous réveillait au petit jour
lorsque les premiers cierges allumés passaient dans la ruelle
je mettais à grand-peine la blanche chemise en nylon
les pantalons et la veste
les chaussures laquées
la casquette
tout était neuf
issu de boutique
pour une année d’école
 
dimanche
on prenait l’hostie
lundi l’aumône douce dans le village et la hora
de Topana jusqu’à l’église dans la vallée
mardi l’aumône du maigre
 
la cour de notre église était bondée de monde
jusqu’à l’aube
tous bien habillés fringues lavées ou neuves
proprets
beaux comme de petits saints
devant près des tables parées et les bancs du hangar
car derrière y’avait les morts du cimetière
 
après l’hostie
on faisait la fête comme les autres
cognant les œufs rouges en bataille
Christ est Ressuscité !
En vérité Il est ressuscité !
celui qui avait l’œuf le plus dur gagnait le cassé
 
j’étais préparé
j’avais des œufs durs de pintade et de poule
les avais essayés avant avec les dents de Nilă l’édenté
joyeux je m’en mettais plein les poches
 
autour la forêt toujours plus loin et plus clairsemée
bourgeons encens et du lilas fleuri l’air au-dessus
furtivement je regardais le jugement dernier
comme une plaie ouverte
à droite du portail
à l’entrée
 
parmi les croix les rayons du soleil montaient sur le mur
la lumière !
 
*
NduT :
Les mots en caractères gras sont des noms de lieux-dits (Pacala, Vedea, Pitesti, Chilia, Topana),
Ïoan, Nila, des prénoms, la « hora » est une danse populaire roumaine.
*
 
traduit du roumain par Cindrel Lupe
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-rg

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Classé dans Petruţ Pârvescu

Une maison – Radu Boureanu

 
 
Je veux construire une hutte en rondins, paysanne,
Avec la cheminée blanche tel bout d’une grande bruyère
Laquelle fasse fumer le silence des montagnes
Soufflant du nez des brumes parmi les forêts fières
 
Sur les rondins reluise l’étoile du panthéon,
Eclairant la terrasse où je pourrai t’attendre
Sur laquelle puissent monter, sonnant comme un violon
Tes longs cheveux dorés, sous mon bras droit si tendres.
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-rc

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Classé dans Radu Boureanu

Question – Radu Gyr

pour un Vendredi de Pâques orthodoxes ...
 
 
La nuit – abîme – et les heures profondes …
Vers l’étagère aux livres j’erre, peinant,
et je demande à chaque tome, en chuchotant
– C’est toi ? Le livre fuit, se cache au fond du monde.
 
Tout en pleurant, je questionne son portrait :
– C’est toi ? Même mon aimée ne me répond.
J’abreuve ma coupe d’un vin que je veux sans fond,
Je dis : -C’est toi ? La coupe part en fumée.
 
Je parle à mon épée : – C’est toi ? Même elle se tait.
Et, comme dans mon fauteuil, je tombe transi,
du mur, une ombre blanche apparaît …
 
Je lui fais face, les mots de sang durcis
dans les yeux de Jésus – seulement la paix.
– C’est Toi ? je quête …et l’ombre me dit : – Je suis.
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-r6

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Classé dans Radu Gyr

Florilège poétique – du site LITERNET

Nous remercions les Auteurs et le rédacteur Razvan Penescu
pour leur accord de traduction et publication sur nos sites !
 
Daniel-Silvian Petre
 
Peut-être le paradis
 
Peut-être que le paradis est un endroit
ou les gens naissent déjà vieux
Peut-être que le paradis est un endroit
aux arbres toujours effeuillés
aux ordures non ramassées
depuis trois semaines
Un endroit ou les fleurs sentent l’humain
 
Peut-être que le Bon Dieu est un homme
entre deux âges
Il sort sur le balcon
le dimanche
vêtu en pyjama
Il fume des cigarettes effritées
Il hurle à Ses marmots
beaux
comme des anges
de mettre la musique moins fort
 
Peut-être que le paradis est dans ma rue
 *
Anca Mizumschi
 
La fin du voyage
 
La mer finit brusquement
Sans que la terre commence jamais. Un déchirant
glissement du bois sur bois,
de l’os sur l’os,
du jour sur d’autres jours posé
et nos corps
liés entre eux avec du fil de fer attendaient
parce que la mer avait pris fin
et que la terre n’allait jamais commencer
 
 
Le Pantocrator
 
J’ai envie de toi comme j’ai envie de Dieu rentré
chez Soi, plongé dans Ses pensées sans pouvoir
me quitter
du regard, j’ai envie du souvenir de la terre bruissant sous tes pieds
chaque fois que tu tirais la couverture
de ton côté, j’ai envie de l’odeur, des ongles s’empourprant
mouillées de sueur, de la chevelure barbouillée sous
ton poids, j’ai envie de tout ce ciel gravé
tout en rond du nom d’un seul homme,
ciel pris entre nous et le drap au bord
du lit
*
Radu-Ilarion Munteanu
 
Ne me quitte pas !
(découpé par Lia Dumbravă dans un texte prosaïque)
 
Tu t’es insinuée dans mon univers
venant d’un espace dont j’aurai parié
qu’il était vide.
 
Après un bref interlude
où l’aiguille de la balance caressait,
indifférente,
la proximité du point zéro,
il m’est devenu évident
que tu étais la seule femme vraie
d’un pays de fictions.
Fussent-elles séduisantes,
significatives,
quelques-unes stimulantes,
même synergiques,
d’autres sereines,
quelques-unes sécantes,
quelques-unes stériles,
pour n’en parler des snobes, séniles et saxonnes,
une ou deux – syntoniques pour un bref moment,
aucune séraphique,
toutes, en fin de compte, saxifrages.
 
Tu es la seule qui sois restée.
Mon éclatant blindage d’idées
ne vaut
même pas un poil récemment arraché d’une queue de chien.
Il faut que je boive la coupe de l’humilité jusqu’au fond.
Je ne suis pas prêt pour que tu me quittes.
Je ne supporte pas encore que tu me quittes.
Même si toute chose a sa fin, pas maintenant, pas n’importe comment.
 
Et si je ne peux pas te persuader,
j’aurai vécu, même abstrus,
une romance ironique,
marquée par le parfum précieux
de plusieurs séparations que dans la plupart
des histoires dont je fus le spectateur.
 
Que ta volonté soit faite.
Ne me quitte pas !
*
Cristian Nanculescu
 
Les symptômes du bonheur
 
Plus grand même si peu importe
Plus bavard ? Non, mais plus sensé
Plus maigre ? Non, mais plus léger
Plus remis ? Non, mais infatigable
Plus propre ? Oui, mais pas sur le corps
Plus riche ? Oui, très
Plus aigre ? Non, mais plus savoureux
Plus sain ? Non, mais sans maladies
Plus sagace ? Non, mais ça se voit
Plus sot ? Rarement, mais alors le plus sot
Plus courageux ? Oui, et sans peur
Plus modeste ? Non, au contraire
Plus libre ? Non, plus conscient
Plus beau ? Non, mais plus attrayant
Plus doux ? Non, mais plus savoureux
Plus puissant ? Non, mais plus fort
Plus résolu ? Non, mais plus précis
Plus triste ? Non, mais plus profond
Plus joyeux ? Oui, même sans eux
Plus fou ? Non, mais pas en vain
Plus jeune ? Non, mais plus présent
Plus généreux ? Ça oui, vraiment
Plus salé ? Non, mais plus savoureux
Plus intelligent ? Non, mais plus spontané
Plus conscient ? Non, mais plus attentif
Plus sensible ? Oui, mais modérément
Plus humain ? Bien plus naturel
Plus naturel ? Oui, et cultivé
Plus tranquille ? Bien plus tranquille
Plus créatif ? Oui, et inspiré
Plus spirituel ? Non, mais plus grand
Plus grand même si peu importe
Plus
*
Robert Şerban
 
Qu’est-ce qui reste de la vie
 
les gens sont convaincus
que dans les poésies il ne se passe rien du tout
qu’elles ne devraient être lues
qu’après la mort
quand il vaut mieux de ne plus avoir envie
des idées
 
les gens n’ouvrent pas de livres minces
mais s’ils le font
constatent tout de suite qu’à l’intérieur il y a
peu de mots sur la ligne
peu de mots sur la page
le reste
du blanc, beaucoup de blanc
et les referment vite
 
sans que personne le leur dise
les gens savent quand même que
la poésie est ce qui reste de la vie
après l’avoir vécue
*
Traduit du roumain par Tudor Mirică
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-qO

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