Florilège poétique – du site LITERNET

Nous remercions les Auteurs et le rédacteur Razvan Penescu
pour leur accord de traduction et publication sur nos sites !
 
Daniel-Silvian Petre
 
Peut-être le paradis
 
Peut-être que le paradis est un endroit
ou les gens naissent déjà vieux
Peut-être que le paradis est un endroit
aux arbres toujours effeuillés
aux ordures non ramassées
depuis trois semaines
Un endroit ou les fleurs sentent l’humain
 
Peut-être que le Bon Dieu est un homme
entre deux âges
Il sort sur le balcon
le dimanche
vêtu en pyjama
Il fume des cigarettes effritées
Il hurle à Ses marmots
beaux
comme des anges
de mettre la musique moins fort
 
Peut-être que le paradis est dans ma rue
 *
Anca Mizumschi
 
La fin du voyage
 
La mer finit brusquement
Sans que la terre commence jamais. Un déchirant
glissement du bois sur bois,
de l’os sur l’os,
du jour sur d’autres jours posé
et nos corps
liés entre eux avec du fil de fer attendaient
parce que la mer avait pris fin
et que la terre n’allait jamais commencer
 
 
Le Pantocrator
 
J’ai envie de toi comme j’ai envie de Dieu rentré
chez Soi, plongé dans Ses pensées sans pouvoir
me quitter
du regard, j’ai envie du souvenir de la terre bruissant sous tes pieds
chaque fois que tu tirais la couverture
de ton côté, j’ai envie de l’odeur, des ongles s’empourprant
mouillées de sueur, de la chevelure barbouillée sous
ton poids, j’ai envie de tout ce ciel gravé
tout en rond du nom d’un seul homme,
ciel pris entre nous et le drap au bord
du lit
*
Radu-Ilarion Munteanu
 
Ne me quitte pas !
(découpé par Lia Dumbravă dans un texte prosaïque)
 
Tu t’es insinuée dans mon univers
venant d’un espace dont j’aurai parié
qu’il était vide.
 
Après un bref interlude
où l’aiguille de la balance caressait,
indifférente,
la proximité du point zéro,
il m’est devenu évident
que tu étais la seule femme vraie
d’un pays de fictions.
Fussent-elles séduisantes,
significatives,
quelques-unes stimulantes,
même synergiques,
d’autres sereines,
quelques-unes sécantes,
quelques-unes stériles,
pour n’en parler des snobes, séniles et saxonnes,
une ou deux – syntoniques pour un bref moment,
aucune séraphique,
toutes, en fin de compte, saxifrages.
 
Tu es la seule qui sois restée.
Mon éclatant blindage d’idées
ne vaut
même pas un poil récemment arraché d’une queue de chien.
Il faut que je boive la coupe de l’humilité jusqu’au fond.
Je ne suis pas prêt pour que tu me quittes.
Je ne supporte pas encore que tu me quittes.
Même si toute chose a sa fin, pas maintenant, pas n’importe comment.
 
Et si je ne peux pas te persuader,
j’aurai vécu, même abstrus,
une romance ironique,
marquée par le parfum précieux
de plusieurs séparations que dans la plupart
des histoires dont je fus le spectateur.
 
Que ta volonté soit faite.
Ne me quitte pas !
*
Cristian Nanculescu
 
Les symptômes du bonheur
 
Plus grand même si peu importe
Plus bavard ? Non, mais plus sensé
Plus maigre ? Non, mais plus léger
Plus remis ? Non, mais infatigable
Plus propre ? Oui, mais pas sur le corps
Plus riche ? Oui, très
Plus aigre ? Non, mais plus savoureux
Plus sain ? Non, mais sans maladies
Plus sagace ? Non, mais ça se voit
Plus sot ? Rarement, mais alors le plus sot
Plus courageux ? Oui, et sans peur
Plus modeste ? Non, au contraire
Plus libre ? Non, plus conscient
Plus beau ? Non, mais plus attrayant
Plus doux ? Non, mais plus savoureux
Plus puissant ? Non, mais plus fort
Plus résolu ? Non, mais plus précis
Plus triste ? Non, mais plus profond
Plus joyeux ? Oui, même sans eux
Plus fou ? Non, mais pas en vain
Plus jeune ? Non, mais plus présent
Plus généreux ? Ça oui, vraiment
Plus salé ? Non, mais plus savoureux
Plus intelligent ? Non, mais plus spontané
Plus conscient ? Non, mais plus attentif
Plus sensible ? Oui, mais modérément
Plus humain ? Bien plus naturel
Plus naturel ? Oui, et cultivé
Plus tranquille ? Bien plus tranquille
Plus créatif ? Oui, et inspiré
Plus spirituel ? Non, mais plus grand
Plus grand même si peu importe
Plus
*
Robert Şerban
 
Qu’est-ce qui reste de la vie
 
les gens sont convaincus
que dans les poésies il ne se passe rien du tout
qu’elles ne devraient être lues
qu’après la mort
quand il vaut mieux de ne plus avoir envie
des idées
 
les gens n’ouvrent pas de livres minces
mais s’ils le font
constatent tout de suite qu’à l’intérieur il y a
peu de mots sur la ligne
peu de mots sur la page
le reste
du blanc, beaucoup de blanc
et les referment vite
 
sans que personne le leur dise
les gens savent quand même que
la poésie est ce qui reste de la vie
après l’avoir vécue
*
Traduit du roumain par Tudor Mirică
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-qO
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