A Pâques – Petruţ Pârvescu

 
j’entends
et vois parfois
tout ce qui n’est pas oublié ne peut se dire
tout ce que je sais ne peut s’écrire
je rôde bafouille marche
me tais et l’ombre des silences tombe toujours sur un livre blanc
Dieu quel poème j’aurait écrit
mais tous nos mots ne suffisent pas
 
TROIS jours
et TROIS nuits
tant que des noces durait Pâques chez nous à Pacala
dans la vallée de Vedea au-delà de Pitesti
nous attendions dès le printemps la résurrection du Seigneur
les œufs peints l’aumône et la brioche pascale
 
le pope Ïoan avait trois églises
Pacala
Chilia
et Topana
nous étions les premiers à commencer
 
maman nous réveillait au petit jour
lorsque les premiers cierges allumés passaient dans la ruelle
je mettais à grand-peine la blanche chemise en nylon
les pantalons et la veste
les chaussures laquées
la casquette
tout était neuf
issu de boutique
pour une année d’école
 
dimanche
on prenait l’hostie
lundi l’aumône douce dans le village et la hora
de Topana jusqu’à l’église dans la vallée
mardi l’aumône du maigre
 
la cour de notre église était bondée de monde
jusqu’à l’aube
tous bien habillés fringues lavées ou neuves
proprets
beaux comme de petits saints
devant près des tables parées et les bancs du hangar
car derrière y’avait les morts du cimetière
 
après l’hostie
on faisait la fête comme les autres
cognant les œufs rouges en bataille
Christ est Ressuscité !
En vérité Il est ressuscité !
celui qui avait l’œuf le plus dur gagnait le cassé
 
j’étais préparé
j’avais des œufs durs de pintade et de poule
les avais essayés avant avec les dents de Nilă l’édenté
joyeux je m’en mettais plein les poches
 
autour la forêt toujours plus loin et plus clairsemée
bourgeons encens et du lilas fleuri l’air au-dessus
furtivement je regardais le jugement dernier
comme une plaie ouverte
à droite du portail
à l’entrée
 
parmi les croix les rayons du soleil montaient sur le mur
la lumière !
 
*
NduT :
Les mots en caractères gras sont des noms de lieux-dits (Pacala, Vedea, Pitesti, Chilia, Topana),
Ïoan, Nila, des prénoms, la « hora » est une danse populaire roumaine.
*
 
traduit du roumain par Cindrel Lupe
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-rg
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