Archives mensuelles : mai 2012

In Mémoriam Irina Mavrodin

Professeur à l’Université de Bucarest
traductrice et écrivain
membre distinguée de l’association
franco-roumaine « Dacia-Méditerranée »
à Sète, ville de Valéry et Brassens …
 
Epigraphe
 
Il y a une solution
m’offrir en proie à la mort
avec la joie dont je me suis laissée
proie à la vie
 
Dieu
aide Ton ouaille
Irina Alexandrina
*
 
Mémento mori
 
Ecrire chaque jour
voilà une façon de prier
un jour vient de passer
et tu n’as pas écrit ta page
 
mémento mori
assieds-toi et écris
n’importe où n’importe quand
 
n’attends pas l’Inspiration
fais ta prière chaque jour
te crie Stendhal
*
 
Les mondes
 
Autour de moi tout flotte
ce monde est devenu
impondérable
arbres maisons humains
 
volent dans l’air
oh si lourdement me
tire en bas
l’autre monde
 
prisonnière dans la vie
entre deux mondes
que faire d’autre
que d’écrire ce poème
*
 
La rencontre
 
J’ai rendez-vous
chaque jour
avec mon bien-aimé
son nom Marcel Proust
 
garde-moi Seigneur
le fil des jours
garde-moi éveillée et saine
le temps qu’il faudra
 
pour aller au rendez-vous
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-s4
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Classé dans Irina Mavrodin

Langue valaque – Vasile VOICULESCU

 
 
Langue encensée, corolle de pétales,
Mon rêve a pâturé sur tes plaines idéales.
 
Voyage tout seul sur des montagnes de sel,
Un vent ancien, les reins chargés de miel.
 
Serpents de froidure verte dans les ruisseaux,
Sentiers de long buccin croisent en écho.
 
Loriots en or vont picorer tes graines,
D’une charrue, l’amour laboure tes plaines.
 
Je hante souvent par l’âme tes brûlés ravins,
Des profondeurs soupirent tes dorés anciens.
 
Auprès tes cimes, là-haut où en errent
Echardes de nues et langues de lumières,
 
Mes lèvres frémissantes dessus je pose,
Glorifié autel de pierre et roses.
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-rY

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Classé dans Vasile Voiculescu

Achats – Leonid Dimov

 
 
Il me semblait, le souvenir est tellement clair
Que j’étais dans un grand magasin alimentaire
Saturé de byzantines effluves :
Vanille, cannelle, olives.
Un magasin comme une cité autour
Mais perdu dans le clair-obscur.
Palpitaient de temps en temps des lumières
Venant du rayon des denrées étrangères
Vers les boutiques secondaires
Avec du linge et des lampadaires quand, a travers la vitre
souillée,
Je t’ai vue mélanger une sorte de pâtée,
Pour assaisonner les harengs ou maquereaux
Et soudainement je suis tombé amoureux.
 
Alors tu as souri avec les paupières,
Tu as touché des soupapes légères,
Tu as rangé les boites de conserves de goujon,
Tu as secoué tes mèches, essuyé tes mains au blouson
Et devant moi tu es venue.
 
T’étais petite, le regard un peu embu,
Tu te tenais, pieds nus et toute rose,
Comme dans les photos d’enfance on gardait la pose
Et tu m’as dit que même si pour moi seul vivais
Dans des chambres, magasins, ou tramways,
Il ne sera rien de pareil, jamais
Car mon être entier était changé
Et peut-être il ne te reste souvenance
Des temps heureux vécus à l’Assistance
La façon dont ensemble on se gaussait
En sortant nos doigts de la couette matelassée.
 
Alors vers les manufactures je me suis tourné
Et acheter plein de choses j’ai commencé
Sans aucun choix, sans logique,
En souvenir des saisons devenues épiques.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-rP

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Classé dans Leonid Dimov

Trois poèmes – Virgil Mazilescu

 
Poésie très ancienne
 
amie d’enfance timide comme la mort des colombes lorsque dans des années par hasard nous nous apercevrons dans une rue frémissante entre la librairie et le célèbre café des étudiants et autres acteurs barbus ou dans le tramway : au long d’une immortalité de quelques arrêts tu m’enlaceras blonde et toute en larmes saurais-je te dire encore qui je suis ?
muré dans les épines de la rose, épines sans piquant après tout cet amas de jours et de rouge éloignement
 
Même le sourire
 
elle est la femme de mon rêve. du temps que je traversais
une zone blanchâtre laiteuse durant les plus jeunes années
l’absence et le bouclier de la sagesse, l’absence et le bouclier.
 
et soudain elle surgit. une bouchée d’air pur (tu aurais dit)
son sang de partout et depuis toujours. ses jambes
comme deux longs appels de la mort sur le sable.
 
et une vraiment effarante précision. même le sourire.
 
Dors mon amour
 
pleurs dans la ville : des mains effarées changent en secret leur couleur
et une nuit de plus isabelle appartiendra à la justice des sables
(le souffle du chevalier entre chevaliers est le plus jaune)
 
et le matin près au château – si l’on entendrait des chants : une clef sur les lèvres, eh oui,
et sur la trahison. doux éclat. le sel amassé aux portails. pensait à
jouer plus charmant (le chevalier en gros dépôts est le sang)
 
tu dors mon amour. je suis seul j’ai inventé la poésie et je n’ai plus de cœur.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-rL

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Classé dans Virgil Mazilescu

Trois poèmes – Miron Radu Paraschivescu

 
Avant-propos
 
A coup sûr y’a un démon qui hante le corps mien
Perçant mon sens d’un pic bien aiguisé.
Me dit du mal de tout ce que je pensais être bien
Me pose des questions auxquelles je me tais;
Me plante dans l’âme, tel dans une pépinière,
Un plant du doute, issu de mon labour muet,
Pareil qu’une ombre qui croît de la lumière,
Pareil qu’une nouvelle force puisée dans l’arrêt.
Souvent, ce pic tout noir devant l’orage,
Le vois brillant sur l’horizon serein
Et le juron me semble un parler sage.
A coup sûr y’a un démon qui hante le corps mien.
 
*
Tocsin
 
Perdus visages, dans un épais crachin
Que la mémoire voit à travers les draperies
Alors elle me laisse comme un orphelin,
Se retrouvant en elles une autre vie.
 
Les spectres ravivés offrir je veux
A ceux qui vivent, mais la peur m’emporte
Que les bâtisses de brume briser je peux
Et un silence lourd ferme la porte.
 
Je ne suis qu’un tocsin silencieux,
Sur son airain le vent parfois se porte.
*
 
Le violon
 
Comme il gît dans son petit couffin, couché,
Le violon semble deux fois décédé.
Figé à mort, le tout fidèle archet
Se tait éternellement à ses côtés,
Lui qui allègrement touchait les cordes,
Là, aucune mélodie il ne porte,
Vous savez bien que un violon je suis
Qui joue pour ne pas mourir, mes amis.
*
 
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-rH

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Classé dans Miron-Radu Paraschivescu

Poésies d’amour – Silvia Goteanschii

La douleur
 
ainsi tu apparus, de nulle part tu viens et puis t’en vas comme une salamandre,
parce que mon dedans est chaud, sombre et humide.
mais, n’y pense pas y trouver de l’amour, ce n’est qu’une vase.
ni de l’eau, ni du sec. pourtant,
tu pourrais attendre.
un jour, une superbe fleur poussera dans la boue.
 
ainsi tu apparus, venant de la mort. pourtant je n’ai pas assez de vie pour le sentir.
je suis vaincue et l’histoire dit malheur aux vaincus.
mais que personne n’essaie de m’amadouer.
ma douleur est une jungle et voilà, maintenant elle me protège des lynx.
 
***
Première page
 
Marche, marche dans ce jardin et écoute
la musique de la cymbale
et renonce, renonce à toi en première partie.
Mon sang par ton sang,
ce sont les frissons,
les pièges pour l’esprit et les forces.
 
Nous irons selon notre bon plaisir et arriverons
là d’où nous sommes partis.
En deuxième partie il faut nous préserver
et nous toucher comme si nous ressuscitions des morts
 
Suis-moi,
 
une lumière molle il y aura, puis une plus rude,
puis toutes s’assombriront.
Il n’y a pas un prix de rachat en troisième partie.
Tout ce que nous avons est un compte à rebours,
c’est toi qui commences,
et que nous rassasions l’un de l’autre.
 
Ne t’arrête pas là, ne t’arrête même si tu piétines.
On ouvre un livre venant de Dieu,
voilà, mon nom près du tien
et plein d’animaux jolis qui montent la garde.
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-rD

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Classé dans Silvia Goteanschii