Archives mensuelles : juin 2012

Poésies – Alexandru Mușina

 
 
Hasard I
 
Y’a untel qui vient et me dit:
« Mais non et non, que je te lis un poème ».
Je venais juste de nettoyer le lichen
Des hémisphères flamboyantes et j’étais
Un peu las, ainsi je ne l’ai pas envoyé paître.
De ce coup lui déroula un anneau
Et me dit : « Tiens, ça c’est le lagon
Où nos pêcheurs obtiennent des récoltes
Supérieures ichtyologiquement ».
« Ben quoi, je dis, mais où est la hutte en verre
Bordée de piquets avec des têtes parlantes ? »
« En fait, vous voyez, me dit-il, ce lagon
Productif a remplacé
Les marais pestilentiels et la vieille ésotérique,
Qui de toute façon était une tache sur l’honnête joue
De l’univers étoilé ».
« S’il n’y a pas de vieille il n’y a pas ni tête ni queue »
Lui dis-je et claquai toutes les écoutilles
Possibles entre moi et lui. Puis j’ai juré :
« Le diable t’emporte espèce de rose évanouie !
Je dois encore passer l’éponge comme un mousse,
Juste maintenant quand les cartes me montraient
Des asymétries à vous donner le vertige. »
*
 
L’après-midi de Hypérion
 
Les amis qui me connaissent
Et ceux qui me connaissent un peu moins
Entrent par la fenêtre et s’assoient confortablement
Dans la rose des vents de mon cœur.
Ils allument leurs clopes puantes,
S’étalent sur mon lit chaussures comprises et jouent
Indifférents et passionnés toutes sortes
De jeux de fortune et cartes ;
Fouillent dans tous les coins et boivent
Du sang bleu et du venin amer,
Se remettent avec de l’eau de basilic,
Ensuite foutent le camp, en maugréant mécontents :
« Putain où est-ce qu’il peut être ce malotru ,
pourquoi ne reste-t-il des fois chez lui ? »
Moi je descends du plafond, d’où j’observais
Sous la forme d’une araignée, invisible et venimeuse,
Je commence à ranger, ensuite, timidement,
Je me sers une tasse de basilic,
Qui casse avec un son de cristal, et je crie :
« Ca, c’est de l’Art, les garçons ! »
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
 http://wp.me/p1wz5y-sJ
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Classé dans Alexandru Mușina

Une des Chansons tziganes de Miron Radu Paraschivescu


 
Ma fleur grande, noire et mince
J’t’ai pas dit, môme, que je j’en pince ?
Cinq étoiles du ciel rafler
T’en faire perles et collier
Je me vantais que mézigue
Fera Dieu danser la gigue
S’il s’oppose et me fait digue ?
Ne m’disais tu, je le sais,
Quand l’échalis je sautais
Que pour l’amour de bibi
Tu t’pendrais à mon kiki ?
Puis surgit un … gigolo,
Oh, un drôle de gadjo
Du faubourg où de plus près
Il t’appela … tu t’en allais !
Encor je n’aurais râlé
Si tu n’m’avais chouravé
Ma bourse pleine de blé
Nous restions la nuit les deux
Amourette, amoureux …
La lune nous neigeait les cheveux
Pétasse, ce ne fut mesquin
Dans ma fouille mettre ta main
Comment puisses-tu accepter
Me tromper et me voler,
J’ai rétamé des chaudrons
Une année en grandes maisons
Je vécus dans le ghetto
De blanquette et de poireaux
Pour à toé, à toé, acheter
Une belle robe de mariée
Que je te fleurisse le doigt
D’une grosse pierre de grenat
Et toi, vois comme tu le tiens
Ton promis contre le mien,
Ben, ma pauvre, c’est très bien !
Qu’elle me trompe … une pétasse !
Moi encore, je fus naze,
J’aurais pu me débrouiller
Etre un mec plus fortuné
Comme un pacha me vautrer !
Mais, à l’heure, je bois la tasse,
Tout amer et plein de crasse
Comme les plus grands des connards
Pas de môme, et … pas du lard !
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
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Poésies (2) – Emil Brumaru

 
 
Ne pas oublier que je suis poète
 
A tout poète je conseille
D’être oisif, tout bleu et pur
Qu’il mange que du miel d’abeilles
Qu’il boive flacons de soupe d’azur.
 
Et qu’il se gave de boulettes,
Avec des croupions de poule.
Le poète doit en faire trempette
Chaque journée, les pieds dans l’huile.
 
Les mains trempés dans du pur lait,
La face dans du bouillon de vigne.
Lui pour toujours il doit coucher
Sur paille son être longiligne.
 
Qu’il n’écrive pas, qu’il ne lise pas,
Seulement poète il sera,
Plein de beignets sur la coiffure
Et une amie petite nature
Les seins la taille d’une garde-robes
Et puis les cuisses comme l’Europe !
 
*
Description détaillée de la position culinaire
 
Ma mie, aujourd’hui on fait des gâteaux
A quatre feuilles. Premièrement le lit
Ensuite le drap, tout propre et poli.
Troisième toi-même, belle comme un tableau.
Le quatrième moi-même, le proscrit
Car aujourd’hui encore on fait des gâteaux !
 
*
L’ultime élégie
 
Il fut un temps quand je vous partageais
Mon humble opinion sur la rosée
 
Je portais même, fondue en fraises, en blason
Mon humble opinion des papillons,
 
Des fois vous effrayait oh tant qu’elle puisse
Mon humble opinion des fleurs de lys
 
Et semble même encore en ville flottant
Mon humble opinion sur le couchant …
 
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe
Lisez l’original en roumain :
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Poésies (1) – Emil Brumaru

 
 
Chanson naïve
 
Tu m’as trompé avec une orange !
Et toi et elle toutes nues aux anges,
Alors que moi, à la chambre louche
Vous ai surpris bouche contre bouche,
Elle au dessus et à côté d’elle
Ses vêtements, son zeste réel,
Les pores suintaient concupiscence
Avant la grande jouissance
De tous les sens d’la volupté.
Puis tu m’as trompé avec le thé !
 
*
La suprême domestique
A l’incomparable Profira
 
Ô, domestique, douce domestique
De ma si angélique enfance,
Je te flairais avidement la jupe
Remplie de traces de la cuistance.
 
Sous matelas je cherchais tes culottes
Pour les humer tout leur céleste parfum,
Narines dilatées, les yeux humides,
Le coeur faisant trans-bara-bum !
 
Ton soutien-gorge chiffonné et âcre,
Harnais pour tes mamelles de pistache,
Je le baisais, me l’ajustais aux loques
Dans des obscurs petits greniers de Iasi.
 
Ô, domestique, douce domestique,
Quand tu dormais en fripes et en sueurs,
Je m’approchais craintif de la présence
Des hanches molles aux houppes et puanteurs.
 
T’avais le sein géant comme le chaudron
Et la tétine au centre, que l’on trait.
Je te l’ai vu par la fenêtre un matin
Quand pour le laver en bassine tu l’extrais.
 
Oh, les cheveux gras, à la forte racine,
Mouillés le soir au pur pétrole lampant,
En échauffaient sur place n’importe quelle agrafe.
De plus ton cul gigantesque et vibrant,
 
Aux fesses rouges comme des gros coussins,
Porté sous robes mouillées par des levures,
Te le montrais, sur des barils penchée,
En mettant sagement choux en saumure !!!
 
*
Traduit du roumain par Tudor Mirică
*
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Poésies – Adi Cusin

LA SORTIE
 
J’ai planté un arbre
J’ai répandu au monde des enfants
J’ai descendu mes parents dans leur
tombe
J’ai respecté neuf sur les
Dix Commandements
 
J’ai une maison, une clôture
et une tardive lumière.
Il n’y a plus rien
à faire
Ne me mets pas dans la situation
d’écrire.
*
SOMMEIL PRES DU MOULIN
 
je dormais brutalement,
avec ingratitude,
Etalé le dos sur les sacs pleins de graines.
S’ils auraient germé, ils m’auraient transpercé
Faisant ma fête jusqu’à l’aine.
 
Comme un mâtin, d’un angle à l’autre erre,
Mon sang se poursuivant dans mon corps.
Une âpre liaison avec la terre
Faisait que des racines je tienne encore.
 
L’herbe autour tournait émerveillée
Sans que je sache venait me renifler.
Apparenté au sommeil par les graines
Et naissant en sommeil
vivant j’étais !
 
Le bruit du moulin sans annonce cessa.
Et comme des glaciers en amoncellement,
Au batardeau le temps coulait déjà
Le temps que j’aurais dû vivre pourtant.
*
PENSEE
 
S’il resterait de moi un livre si léger,
Poussière grise dans des couvertures de fraîcheur,
Les naseaux de ton chien vont la renifler,
L’ombre dans ton âme comptera sa teneur …
 
Toi t’étonnes de ces mots simples et crûs
Qui montent tout en silence sur tes bras,
Chastement touche-les à ta brûlante joue
Jusqu’à ce que la nuit te les demandera.
 
Je me suis couché dans une page toute pâle.
Triste, l’obscurité monte dans les tasses
Très bientôt on n’y verra que dalle …
Toi, à quoi tu pensasses ?
 *
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
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Classé dans Adi Cusin

Sonnet CCII – Vasile Voiculescu


 
Ma passion s’étend dans le temps, la tienne dans le vide ;
Toi tu répands l’amour sur un champ sans confins :
Amis, chevaux, pages, canailles, femmes, chiens, princes … avide !
Pour mon amour, le siècle à peine vaut un câlin.
 
Si je t’enlace, une heure mon bras ne se remet ;
D’un vers j’te pose l’icône en pics de millénaires ;
Je chasse l’éternité pour la tresser en lacet
D’une couronne, au front – carrefour de caractères …
 
Une vie suffit ? La mienne croît, la tienne  en suivant ;
C’est toute une vie l’instant quand c’est toi qui me souris,
Foison de survivance par ton sourire offrant,
 
Ma passion léonine est l’unique que tu vis:
Douleur, sort, mort aux autres, c’est la part qu’est la leur,
T’as au-dessus d’eux, par moi, altesse et hauteur.
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
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Sur les poètes et la poésie – Ioanid Romanescu

 
L’école de poésie
 
… et même que j’apprends M’sieur le Professeur
et même que je vous aime Madame le Professeur
mais la poésie ne veut point m’écouter
les mots arrivent en meute avachissent l’idée
tant j’efface que le papier ne m’est pas suffisant
la leçon du jour je l’ai écrite sur le mur
et même que je ne l’ai pas achevée
la diversion me travaille la mémoire
je crois que Sémonide peine encore
à nous dire ce que divinité veut dire
car étant un poète il loge le démon
 
je reconnais la fenêtre, par contre moi
du fait que je suis inscrit sur la liste
des absents à la marche quotidienne
je ne suis pas coupable demandez
à Homère le chef de la classe comment
le porte drapeau de notre équipe olympique
a froissé ledit Edgar Poe
car la nuit dernière il n’avait pas
autre sujet de rigolade
 
Vous me dites de venir avec des parents ou tuteurs
comment les amener
Eminescu à l’hôpital Verlaine ivre mort
Petöfi en pleine révolution les soeurs Brontë en plein rêve
Lermontov cherche sa balle Browning son épouse
Gautier parmi les ruines Musset joue aux échecs
Pouchkine au duel Shelley en baignade
 
Byron à la guerre von Kleist avec sa fiancée
Chénier en route vers la guillotine Vico vers l’académie
Quevedo en disgrâce Shakespeare à la pèche
Gongora cherchant des prêts Malherbe à la cour
Villon dans la geôle Pétrarque dans l’église
Dante en exil Brunetto Latini cueillant du folklore
 
pardon j’ai un lapsus mais dorénavant
notre arbre généalogique
ni l’empereur Auguste ne le connaît trop bien
vu qu’il a envoyé Ovide dans les roseaux
et il protège Virgile
 
moi tout ce que j’ai fait j’ai cassé la vitre
pour que ma muse enceinte puisse entrer
accoucher de mon poème
pour quoi la laisser vaquer elle n’est pas la Vierge Marie
ni la catin du régiment
 
d’avoir tant fait ma leçon j’ai mal au coude
regardez le mur
un de ces jours pourra passer
et la copier n’importe quel butor
comme Rimbaud fit et ainsi on a vu Baudelaire
lui tirant la manche en clignant de l’œil :
très bien, petit gamin! les affaires sont prospères!
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
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Classé dans Ioanid Romanescu