Poésies d’amour – Petre Anghel

 
SOUVENIR DU PARADIS
 
Tu étais haute comme un cri étonné,
Ton corps ondoyait comme une serpente,
J’étais sans voix et je me demandais
Pourquoi tu ne chantes pas, harpe résonnante.
 
Pris de vertige je fus jusqu’à quand
Tu t’es mise à sonner, par le vent touchée
Les étoiles clignotaient dans les peupliers
Et tu m’encourageais de dire qui j’étais.
 
J’étais tel le nouveau-né affamé
J’aurais pleuré, le sein sur mes lèvres sentant,
Tu étais plus chaude qu’une colombe
Dans le grenier de l’étable errant.
 
Tu sautais comme un vers du poème
De celui qui tel un dactyle le rythme voyait,
Je garde encore dans mes oreilles
Le soupir en mi mineur : viens au verger.
 
 
J’AI COMPRIS, AMOUR
 
L’oiseau a été créé en premier.
Le trait, celui invisible au nadir
Me montre, à l’heure tardive,
Comment voler, sans périr.
 
J’ai compris l’hérisson
Qui dans un rond s’accomplira
Et les épines de la couronne
Par laquelle on me jugera.
 
Puis ce qui veut dire donner je réalise
Quand il en pleut des cordes
Et on me porte sur le sein
Pour que la brume ne m’emporte.
 
Lorsque le gel s’étend
Et j’marche comme un précaire
Je pense que l’ours est bien
Tapi dans son repaire.
 
Et je me tourne vers toi
Comme l’ancien Job résigné
Pensant que tu me recueilles
Dans ton havre de paix.
 
 
CONSEILS POUR AMOUREUX
 
 
Le soir ne traîne
Pour tes caresses,
En les faisant
Ne crie liesse.
 
Sois plus discret
Que geai en été
Lorsqu’il ne chante plus
Son fardeau choyé.
 
Quand elle est triste,
Caresse son visage,
Un bon mot chasse
La brume où elle nage.
 
Dis-lui des contes
Aux fées graciles,
Fais-lui, lentement, des
Bises sur ses cils.
 
Fais lui coussin
D’une vaste poitrine,
Sois pas macho
Car t’as bonne mine.
 
Chaude quand sera
Comme une baguette,
Chante-lui tout bas
Genre alouette.
 
Et à la fin
Faut que tu danses
Mouvoir la terre
En vieille cadence.
 
 
N’ALLUME PAS, MA CHERIE
 
 
Non, n’allume pas la lampe
Je sais qu’il fait sombre ici et dehors,
Mais je ne suis pas prêt de me voir,
Ni de me soumettre
A la civilisation en carton et fumée.
 
Je ne suis pas prêt ni de rencontrer mon père,
Des émotions j’en ai point,
Nous avons convenu
Qu’il me fera un signe
Quand il sera tout près
Du pont dans la vallée
(Nous le traverserons main dans la main).
 
Une branche de pommier
Trompée par l’automne
Avait refleuri,
Je ne la vois,
Mais la suis quand elle tremble sous le vent.
 
Non, n’allume pas la lampe,
Le feu dans le foyer
Me suffit largement.
 
La gloire du monde passe,
Des oiseaux passent dans leur vol,
Il pleut de feuilles mortes.
 
Lui seulement,
Qui m’a donné son nom ne passe pas.
 
Il ne vient que
Pour allumer la lampe.
 
 
MELANCOLIE D’AMORE
 
Il y a belle lurette
Que t’es partie si loin.
La parole est muette,
Elle ne me laissa rien.
 
Peut-être dans les hauteurs
Flotteras-tu ravie,
Garde ton bonheur
Quel jour on est j’oublie.
 
Fait-il chaud chez toi
Ou froid comme chez nous
En rêvant parmi les nuages
J’oubliais la boue.
 
Te dire de revenir,
Soumise créole,
Je ne saurais agir,
Mais dite est la parole.
 
Je voudrais que tu danses,
M’entendre tu ne peux
Je me trouve bien ici,
Mais les yeux pluvieux.
 
Même le vers se brise
Barrique sans éclat
Ne le reconnaîtras,
Je ne suis plus moi.
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
 http://wp.me/p1wz5y-th
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