Archives mensuelles : novembre 2012

Vieille chanson pour la nouvelle lune – Nichita Stănescu

 
 
Sortit à la rencontre de mon coeur
sans but, de sous les trottoirs, Le Seigneur,
mais le soir, lourd d’étoiles et de gadoue
brûlait si fort et je ne le connus.
 
Les lampadaires avaient odeur de cendres
clignotant comme les yeux de matous, tendres
mon pas lourdaud, pesant se poursuivait
… et j’sifflotais, juste pour ne pas pleurer.
 
Mais je croyais que p’t’être les vers placides
ne croissent pas dans les yeux déserts et vides,
ni dans le sourire mien, le non-rendu
et je croyais encor n’être pas mouru.
 
Sortit à la rencontre de mon coeur
sans but, de sous les trottoirs, Le Seigneur,
mais je ne le connus et, vide pensant,
passai mon chemin plus loin, en sifflotant.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-ug
 

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Ici jadis grand-mère – Ion Pilat

 
 
La maison du souvenir a un auvent, des volets,
Des araignées grillagèrent la porte, et le loquet.
La cheminée ne fume même plus de sa bruyère
Du temps où maréchaussées des proscrits affrontèrent.
En leur route vers les aubes vieillirent les peupliers.
Ici jadis grand-mère Calyopi arrivait.
Impatient, grand-père s’était mis aux aguets
De la berline bercée parmi des champs de blé.
Dans le temps, aucun train ils n’avaient … de la berline
Mince, sautait une fille en large crinoline.
Pendant que, sous la lune aux champs la promena,
Grand père, sans aucun doute, Le Lac lui récita.
Et lorsque les cigognes – tel ombres sur le toit viennent,
Lui dit des vers fantasques d’un jeune poète ancien.
Elle l’écoutait muette, ses yeux turquoise brillaient …
Le tout, si romantique, qu’en contes se tramait.
Ils étaient calmes … et, au loin, une cloche sans âge
Sonnait les noces, ou la mort, dans la tour du village.
Mais eux, pensaient l’instant à jamais le préserver …
Ma grand-mère est si vieille, grand-père à trépassé …
Le temps, quelle étrange chose ! Soudain, à regarder,
Tu ne te vois que dans les images effacés.
Te reconnais en elles, pas ce-que tu vois devant,
Car tu n’oublies pas ton corps, qui vit en t’oubliant …
L’arrivée de grand-mère fut comme si hier … maintenant
Tu viens dans ta carrosse, des vieilles traces en suivant.
La même route te conduisit à travers les mûrs blés.
Auprès de la véranda, sereine tu t’arrêtais.
Si mince, tu foules le sable dans lequel elle sautait.
Remplies des mêmes cigognes les vêpres s’arrêtaient …
Tu m’as vu tout sourire, car trop naïf j’étais
Te chuchotant des rimes de Francis Jammes, le vrai.
Quand dans la nuit en lune le champ un lac était,
J’ai dit icelle Ballade à la Lune et de Musset.
Tu m’écoutas, pensive, tes grands yeux d’améthyste,
Je paraissais romantique, peut-être symboliste.
Si, j’étais calme … et, au loin, une cloche sans âge
Peut être la même cloche, dans la tour du village …
Sonnait les noces, ou la mort, dans la tour du village.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Citiţi traducerea în franceză :
http://wp.me/p1wz5y-uc

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Pose la main sur ton mari, ô femme ! – Adrian Suciu

 
 
Pose la main sur ton mari, ô femme ! Pose ta main
sur ton mari, à connaître chacun de ses muscles
et chaque pli de sa peau ! Car, le temps venu
il fondra et s’amenuisera et toi tu devras lui
ajuster les habits la nuit par la mémoire de tes doigts,
ne pas lui gâcher le sommeil. Se réveillera ton mari,
mettra ses habits ajustés la nuit durant
et ne saura pas qu’il fond ni qu’il s’amenuise !
Et tu peigneras, vers la fin, un mari habillé
avec des habits de poupée, qui te sourira du sourire
d’un enfant éternel.
 
Et du chagrin il n’y en aura point et les neiges
viendront à temps.
*
 
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
 http://wp.me/p1wz5y-u8
 

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