Poèmes – Darie Lăzărescu

                Arles
 
Te dis-je : l’hiver descend
celui à l’haleine de guerrier spartiate/
marche sans encombre par le sombre pré
avec des elfes et gnomes sautillant enjoués
le vallon des chasseurs/
eheu fugaces/
il y’en avait par là un champ fleuri
nuance orange ? déliraient-ils des cyprès tardifs/
ou j’en rêvais ?
o tempora tempora/ labuntur anni
 
Te dis-je : que sa volonté soit faite/
celle du sang blanc
peignant d’argent ta si jeune main
avec laquelle tu m’écris
tant il fait tard sur la terre/
tant il est de bonne heure aux cieux  …
*
                Carte illustrée naïve
 
Je te propose un clair d’eau
au nénuphar et aigrette –
carte illustrée naïve de l’année 42
envoyée par les pauvres des villes
aux tilleuls en fleurs et au front
 
D’abord
je dessine d’une main sûre
la perspective/ point de fuite/
l’énigme bleue – la ligne de l’horizon
qui trop attentivement m’observe
 
Ensuite je fixe au pinceau (en gros traits)
l’insomnie/
les cernes profonds du minuit/
le dégoût du réveil
dans l’air violet de Mars –
 
pendant que tu traverses en courant
ma section d’or/
en perdant tes instants doux/ la boucle d’oreille/
le cothurne en diamant
dans la gadoue des rigoles/
traversant parfois la mer
dans la coquille de mes vieilles paumes
en me disant/ oh dors/ oh dors/
en rêve il ne pleut pas ni vent ne souffle …
*
                Angst
 
Me faisait signe de la main/ viens/
et moi je ne suis pas venu/
c’était un hiver d’étranges coutumes/ de nuits infinies
lorsque on louait même le dernier des grillons/
ma soeur avait fermé les stores/
éteint la lumière/ verrouillé la porte
et là elle descendait un sentier bien en pente/
rien qu’une seconde je vus son talon
blanchi par les brumes/ ses cheveux altérés par les poisons/
le pont à peine passé tendrement frissonnait
ni le ruisseau en nickel ne fit miroiter son visage/
ni l’étoile du berger ne clignotait au lointain/
ni le batelier ne savait plus son nom
 
Pensai-je/
il faudrait toute une armée de gnomes
une armada
pour tirer depuis les berges
les aveuglants luxes
fourres par mégarde
en terre/ sous terre …
 *
                Ce jour, vendredi 13
 
Ce jour, vendredi 13
j’ai reçu Grossomodo/
 
J’étais en train de profondément dormir le sommeil de la raison
lorsque brusquement a chuté la température
de la mansarde où je me morfondais
depuis le siècle dernier même/ quelques volumes seulement
luisaient comme de lampadaires pâles
dans un Bucarest d’autrefois
 
Le porteur m’a fait signer/
signe/
a mis le livre dans mes mains
comme s’il avait jeté un parpaing
du toit d’une maison en démolition/
je m’étonnais – on me paierait la retraite
si tôt/ le gouvernement démissionne/
p’têt que les faubourgs sont admis en espace Schengen/
ou la voisine ouvrit une maison close/
rien de tout cela/
un livre seulement
emballé dans le plus fin des papyrus/
un livre comme une lucarne/
comme une fenêtre largement ouverte
au demi-sol
un certain jour
de cette vie pluvieuse …
 *
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain :

 

 http://wp.me/p1wz5y-uy

 

 
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