Archives mensuelles : mars 2013

Poèmes – Fabian Anton

Cantara (9)
fab, qui te dira en ce matin bonjour
le thé de ton chevet, la brume, l’hiver, le jour,
le cristal de murano où s’en est assoupie
la crème aux oranges ridée comme un crépi
ou Bach, peut-être, ou, comme il t’arrive souvent,
l’arôme de cannelle dès l’aube en t’assaillant
prête à incendier les trèfles du rideau
aussi qu’ton âme pâle, vêtu en kimono
des vers mystérieux, d’inassouvi passé,
dis-moi, n’aie peur, ’sais bien qu’on a tassé
toujours de notre part les fruits de ces échecs
savons aimer farouche la chute en pêché,
savons flotter azur aux rues baignées en nues,
portons au corps fantasmes, et peurs, et même ces rues
par nos cœurs s’étirent des paresseux matous,
nous amassons des rêves comme d’autres amassent les sous
et nous plantons distances seulement pour oublier
un sein contre ta joue comment je m’endormais.
 
fab, qui te dira en ce matin bonjour…
 
***
Cantara (10)
L’hiver est un parler que j’ne pourrai apprendre,
des anges arrivent me tenir compagnie,
j’leur donne sorbet de nues et thé de glands
et jaunes bien écumés, pour l’harmonie,
puis j’fais résonner au dessus de l’abysse
concerts d’apprivoiser et de savoir
de par recoins illusions jaillissent
matous d’rosée ronronnent dans le dortoir
mon âme alors devient comme une dérive
à peine sentie, mes tempes sont enflammées
sachant que, tiens, bientôt le soir arrive,
et moi encore je ne sais pas t’aimer
nuit après nuit ce n’est qu’en pure vain
vieux catalogues froidis que je feuillette,
en vain je cuits en lait des escargots lointains
et suce la triste moelle de rainette,
car je ne peux trouver aucun secret aloi
autant qu’il neige mauve par recoins
et samedi le tout aura l’arôme de toi
de Debussy, de brume, et de coings…
***
 
Cantara (11)
Voilà, je vais peindre tout ce que nous eûmes béni
la rue usée par des pas, l’habit usé par des pluies,
le ciel sans icônes, les saints ennuyés,
l’instant lourd, bourrant un vieux calendrier,
le livre illusoire, trois litanies de Pärt,
ma manière aberrante de vouloir faire-part
avec toi seulement, ta manière de bâtir
merveilleuses ruines sur mon corps de satyre,
je peindrai tout, oui, peut-être comme ça tu verras
quelles touches j’ai planté dans ton cœur plein d’appas
et maintenant quel désert s’est laissé, quel ennui
sur tout ce que j’aimais, sur tout ce qu’as trahi.
un tableau douloureux qui à l’aube nous dira
comme nous fûmes enneigés aux couleurs d’au deçà.
***
Cantara (12)
L’air cruel d’la tristesse… A cela quoi s’ajoute?
Le vent aux arômes de sel qui s’mutine en route,
le thé de lys, l’encrier plein de tout ce qu’on n’est dit,
ma pensée pleine d’empreintes, ton corps mauve et vieilli,
la côté bleue du monde qui nous regardait chuchotant,
la brume des journées d’hiver, volées d’anges flottant
au dessus d’un concile de maisons, au dessus de notre ruine,
livres de poèmes brumées, saints de gingembre et bruine,
la manière dont la lumière tombe, pépite et témoin,
sur le drap où se cachent des silences et des coings,
et, plutôt, fab, l’intervalle entre un oui et un non…
l’air cruel d’la tristesse
Iaşi
Sibelius
et
toi
 ***
Cantara (13)
Bientôt ce qu’il fut entre nous ne sera qu’un oubli,
hanches brûlées par des touches, rue brûlée par des pluies,
un final de février que chaque fois le sens d’être
un coing triste délaissé sans espoir à la fenêtre
et heureux nous serons pour toujours comme si
ignorâmes nos ruines, notre veille, et nos gris,
et glacés nous serons, sots, arrogants, et vulgaires,
 
ombres mauves, infinies, traversant des précaires
journées longues et brumeuses, des promesses, des égards,
milliers d’sensations illusoires, et des gares
aux quais ténébreux et aux trains en misère
bleuissant éclairés par de vieux réverbères
je sourirai fab, que tu saches, comme si je voudrais
à nouveau partager avec toi la lourde tasse de café
écoutant en sourdine des longues files de poèmes
tant qu’il reste l’hiver, qu’il me reste d’haleine
pour garder quelque part, dans une page, dans un mot
tout ce que j’veux épargner de l’amour et de mort
Bientôt ce qu’il fut entre nous ne sera qu’un oubli…
 
Cantara (14)
Qu’est ce que j’te dise, je me sens si oublié
comme un enfant qui joue à la feuille sur tapis,
dehors il y a la fin du jour et de février
dans l’âme une lourde arôme vert-de-gris
 
Parfois me frappent à la porte des saints complices
– me vendre souvenirs, poudre de nuages, douces appâts,
illusions me vendre, cartes à jouer, et thé de lys,
car ce qu’ils offrent dans mon bourg ne veulent pas
 
Alors j’leur ouvre timidement mon cagibi,
valses diaphanes au phonographe résonnent,
et nous tranchons la lumière comme alibi,
pour faire cuire des escargots en lait et en bouillon
 
puisque tu sais, j’ai bien appris me mettre à l’écart,
et bien garder tristesses dans mon sablier,
de temps en temps je rêve aux femmes d’ébène car
dehors il y a la fin du jour et de février.
 
 ***
Traduit du roumain par Tudor Mirică
 *
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-uU

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