Nichita Stănescu – Dixième élégie (fragment)

Je suis malade. J’ai mal à une plaie
martelée par des chevaux en courre.
L’invisible organe,
celui qui sans nom encoure,
nonouïe, nonvue,
nonflair, nongoût, nontoucher
celui d’entre l’œil et tympan,
celui d’entre doigt et langue, –
dès le soir m’est disparu simultanément.
La vue, la première ; puis pause,
il n’existe pas d’œil pour ce qu’il arrive ;
puis le goût, l’humide vibration,
puis à nouveau une solipse,
puis les tympans, pour les lentes
mouvements d’éclipse ;
puis le toucher, la caresse, glissement
sur une ondule lisse,
l’hiver glacé des mouvements
toujours à surface qui blanchisse.
Mais je suis malade. Suis malade
de quelque chose entre l’ouïe et la vue,
d’une sorte d’œil, d’une sorte d’oreille
non-inventée depuis le début.
Branche sans feuilles le corps,
le corps rameux
s’élargissant dans l’espace libre
selon les lois qui dirigent les os,
non-protégés il m’a laissé
les suaves organes de la sphère
entre la vue et l’ouïe, entre le goût et le flair
en traçant des murs pour s’y taire.
je suis malade de mur, de mur écroulé
d’oeil-tympan, de papille odoriférante.
Ils m’ont foulé aérien
les abstraits animaux,
en fuyant épeurés par des abstraits chasseurs
épeurés par une famine abstraite,
leurs ventres en criant les ont soulevé
d’une abstraite famine.
Et ont passé au dessus de l’organe non-vêtu
en chair et nerfs, en tympan et rétine
et à la volonté du vide cosmique laissé et à la volonté divine
Organe biais, organe fragile,
organe caché dans les idées comme les rayons
dans la sphère, comme l’os nommé
calcanéum dans le talon d’Achille
atteint par une flèche mortelle ; organe
exhibé jusqu’à sortir
du corps strictement marmoréen
et habitué seulement à mourir.
Me voilà, tombé malade d’une blessure
imaginée entre l’Etoile Polaire
et l’étoile Canopus et l’étoile Arcturus
et Cassiopée du ciel vespéral.
Je meurs d’une blessure qui n’a trouvé de place
dans mon corps apte pour blessures
dépensées en paroles, en payant en rayons aux péages.
Me voilà, je gis sur des pierres et gémis,
les organes sont brisés, le maître,
ah, il est fou, car il souffre
de l’entier univers.
J’ai mal pour la pomme d’être pomme,
suis malade des noyaux et des pierres,
des quatre roues, de la fine pluie
de météorites, des tentes, des pierres.
*
Traduit du roumain par Tudor MIRICÃ
*
Lisez l’original en roumain :
 
 http://wp.me/p1wz5y-va
Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Nichita Stănescu

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s