Mircea Dinescu – Deux poésies

Je suis jeune, Madame … – (1971)

Je suis jeune, Madame, le vin coule en déluge
et l’œil esclave charrie les vierges par mes artères
comment pourrais-je faire rentrer l’enfant qui fus-je
quand tout mon chair fleurit et seul l’oubli y pleure?

Je suis jeune, Madame, des choses j’ai mis assez
pour en saisir la chute du somme vers l’équilibre,
si des boules de lumière j’en mangerais, gorgé
encore j’exulterais dans ma belle peau de tigre.

Je suis jeune, Madame, un jeune aux belles épaules
et suce pour ma pitance des tétons de comète,
qu’un ciel croisse dans mon âme et dans mes os étoiles
et que j’déments la neige perdu en pirouette.

Je suis jeune, Madame, mes ailes résistent au vent
même si parfois je touche la terre de mes ongles,
cette vile putrescence me ronge comme une dent
je sens couler en elle mes pères et mes oncles.

Je suis jeune, Madame, jeune, donc je ne vous crois
n’importe quoi vous m’dites, le temps ne laisse voir,
même si les archers des brumes pointent envers moi
les flèches de l’avenir, j’suis jeune. Et bonsoir !

*

Ports – (1981)

La mer est un toubib qui s’moque de ce qu’on lui dise
où les lubies et sale linge tu pourras pendre
sur l’étendoir du soir à la dormante brise
que vissent en matelas les bouchers tendres.

Canots de terre (échoppes) vin aigre (laisse choir)
poivre athée (encens) dieux qu’on achète (mythes)
amis ramenés comme les sous dans un mouchoir
par un déluge aimable au port du côté Scythes.

arche démocratique en grande tenue de gala
dont n’importe qui le veut se proclame le mât
à une orchestre louée au bon moment au sana
par jeunes tuberculeux qui toussent, en pyjamas,

des affairistes flegmatiques au sein de la voiture
tellement luxueuse pourtant tirée par des bidoches
la bière qui coule au gorge, jaunâtre créature,
d’une tour de la douane brillant aux airs de Boche

les Grecs qui sont maintenant des Turcs à la béquille
au temple qui maintenant est une fabrique d’alcool
aux filles qui maintenant déjà sont plus des filles
aux orangers en fleur aux senteurs vinicoles

les lions que voilà sont exilés en mer
au cirque que voilà pleurniche apeuré
au fer pétrole lard carnage cafard chimère
au moi-même que voilà je ne peux plus pleurer.
*
Traduit du roumain par Tudor Mirică

Lisez l’original en roumain =

http://wp.me/p1wz5y-x1

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