Deux poèmes par Mircea Florin Şandru

APPRENDS-MOI ENCORE LES JEUX DE L’AMOUR

Esseulé, hirsute, tapi dans ma propre carapace
Je ne sais plus la douceur d’un corps de femme
Laisse-moi te tenir dans mes bras, laisse-moi sentir
Ton arôme enivrante, te caresser le front,
Laisse mon toucher découvrir tranquille
La peau de ton cou et des cuisses. Oh, c’est toi
La plus belle sur cette Terre,
Ta lumière éclaire jusqu’à mille lieues,
Tel que le plumage doré d’un oiseau des montagnes,
Tel que le cyprès dans l’herbe menue, quand il fait nuit,
Tel que le globe de cristal flottant sur les ondes,
Ton corps est la harpe que les dieux ont touché.
Oh, Adonaï, Adonaï, cette femme tu l’as faite pour moi,
Elle est mon autre et finalement tu l’as fait venir
Me réveiller du sommeil, me sortir de la mort.
Laver mes yeux. Bienvenue sois, femme, je te dis
Apprends-moi encore les jeux de l’amour, car je les ai oubliés.
*

ALLONS BOIRE, ALLONS GIGUER

La dépouille du témoin gênant sera coulée en béton et ainsi
Sera part de la fondation du nouveau hypermarché. La dépouille du lapin
Sera mélangée en bitume pour la nouvelle autoroute
Et dormira là-bas pour l’éternité,
Le faucon sera happé par les moteurs à réaction
Et il n’en restera de lui que des menus molécules de scorie,
La dépouille du fusillé d’une balle dans le crâne reposera dans le jardin de la prison,
Même si des années plus tard son immense innocence sera prouvée,
La dépouille embaumée du dictateur sera chassée du mausolée,
Elle sera brûlée et l’urne sera perdue dans un bled de province,
La dépouille du dissident qu’un bolide percuta le soir de septembre
Sera jetée dans un canal et jamais rien n’en saurons de lui
La dépouille de la fille restera quatre jours en morgue, ensuite sera un don,
Fait par un prochain quelconque, aux labos de chimie.
La dépouille de l’instant se trouve dans ce poème ; le poème est un cercueil,
Ma dépouille esseulée sera découverte des semaines plus tard,
Lorsque j’aurais pourri et je  ne serais qu’un doute d’ossements …
Allons boire, allons giguer, allons chercher le boxon à lanterne rouge,
Et disperser notre vigueur dans la fille brune, la fille blonde, la rousse aux yeux verts,
Dans la négresse qui porte aux fesses du sorbet de noix de cocos.
Bientôt serons nous jetés en béton, en bitume, en canal, en crevasse de la mort,
Le Maître des cérémonies tire le rideau, la gala est finie,
Les jupons de la Mère Grand volettent quand elle se tient sur la bouche d’aération,
Ouvre ses jambes et nous reçoit ; nous entrerons tous dans son énorme grotte.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez les originaux en roumain =

http://wp.me/1wz5y

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Mircea Florin Şandru

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s