Archives de Catégorie: Angela Nache-Mamier

dédicace – Angela Nache Mamier

la vie passe
son aile de soie, son aile de granit,
nous frôle en passant
nous apprend
la leçon du temps,
les larmes du destin …
nous ne connaîtrons pas
le secret de l’immortalité
nous regarderons le soleil, l’eau, la montagne,
les arbres
comme des frères de sang,
nous plongerons follement
dans le torrent chicaneur
de la vie,
même si un jour
la terre nous mordra
tel un aveugle impitoyable
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-eU

 

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corps de nuée – Angela Nache Mamier

il y aura des répits pour écrire des vers dans
le murmure de quelques vives nostalgies
tempos endiablés
casseroles menus marathons à travers le marché
parmi d’autres soucieux
des hasards figés coulent d’étroits moules
pour l’existence de la raison d’être
sillages sentiers
jusqu’au frigo trapu
vers la baleine du linge insatiable
avec des mains moites corps de nuée
fleurant héroïquement la soupe et les doux légumes
inhalant l’air pathétique
de la patience
convoitant nostalgiquement le fauteuil usé, l’étagère
de la bibliothèque – leur disant en aparté « moi les amis
j’ai encore du boulot »
je touche encore des doigts les fronts chauds des
mes fils
je saupoudre et partage encore le gâteau au pommes
je remplis encore des filets je signe encore un registre
je rêve encore que j’écrirai que je lirai
pour retrouver mes pouvoirs
extraterrestres
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-cw

 

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Examens à l’oral (20 ans après Ceausescu) – Angela Nache Mamier

La même gentille remarque multipliée par cent !
« Qu’est-ce que c’est, cet accent … ?
Aaaaah, vous êtes roumaine …
Là-bas tout le monde parle français
Dites-moi c’était aussi dur qu’on le disait ?
J’ai du mal à le croire …
Il ne pouvait pas être si affreux
Les mass médias exagèrent toujours, n’est-ce pas ? »
Ma réponse est déjà toute prête,
Trop longue,
Répétée des centaines de fois !
Oui, on l’a vécu, on a survécu
Imaginez-vous à notre place :
15 litres d’essence par mois,
Cinq enfants obligatoires pour une femme
Jusqu’à 45 ans, sans droit à l’avortement.
L’amour une corvée et comme résultat
Cent mille enfants sans parents ou abandonnés.
300 grammes de pain noir par jour et par tête,
Quatre fois dans l’année de la viande de porc,
Des rations de guerre offensantes
Un litre d’huile, un kilo de sucre et un de farine,
Dix œufs, une piètre motte de margarine par mois,
Parti Unique, pas de liberté d’expression
Des élections déjà faites pour la même clique,
Espionnés, les téléphones écoutés par des
Informateurs pleins de zèle,
Frontières fermées, le pays agonisant
A mauvais escient coupé du monde,
Des gens persécutés au moindre
Changement de conduite,
Punitions, peurs quotidiennes
Des tziganes condamnés à trois années de geôle
Pour un pain, un soupir,
L’ambulance n’arrivant plus pour les plus de 60 ans
Des villages effacés de la terre,
Des gens agglutinés dans des tours
Pendant que le Peuple d’esclaves, militaires,
Détenus,
Erigeait le Palais du Peuple
Pharaonique, on le voyait de l’espace
Comme la Muraille de Chine,
La porte de son bureau, en bois exotique
Mesurait cent mètres
Il vendait pour des dollars
A l’adoption, les enfants des filles-mères.
Le pétrole,
Les Juifs, les Allemands
On les vendait pour des devises
Qui remplissaient les comptes à l’étranger.
Il nous obligeait à serrer les ceintures
Trembler de froid,
Sans courant électrique pour favoriser l’industrie,
La presse asservie, une culture ridicule à l’emploi
Des mots, des portraits, des discours
du parfait dictateur crétin parano …
Je me remplis les poumons, prête à continuer,
Mais l’interlocuteur gêné donne des signes de fatigue
Il a nettement mieux compris pour cette fois
« C’est incroyable … inconcevable en France
Beaucoup mieux chez nous …
Vous avez vécu probablement un grand changement
Une fois arrivée en France ? »
Je baisse mon regard (comme si j’étais fautive) :
Oui, moi je l’ai eue cette chance,
C’est vrai,
Mais c’est une toute autre histoire …
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-bT

 
 

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le petit billet sur la table – Angela Nache Mamier

mange ce qu’il y a sur la table
avec du pain
bois du lait, fais tes devoirs, passe l’aspirateur
déconne pas en jouant avec ton frère, n’ouvrez
à personne, dors, lis des contes, je t’appelle
du bureau vers cinq heures,
sois sage tu auras un cadeau,
touche pas aux allumettes,
tu as droit à la télé,
fais pas de miettes,
si tu sors n’oublie pas ta clé,
grimpe pas dans les arbres,
joue devant la maison,
ne crie pas dans la cage
de l’escalier les retraités se plaindront,
apprends bien la multiplication par six,
maman te fait un câlin,
surtout lis ce billet …
eh oui, mon poussin …

*

traduit du roumain par Cindrel Lupe

lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-3J

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Angélus – Angela Nache-Mamier

Les torrents mordillent cuisses et chevilles,
Annoncent les couleurs directes de la vie.
L’enfant regarde les grands de ce monde.
Le paysan écrase un oignon,
Une tranche de lard
Sur le pain sec du partage,
Mange de ses trois dents,
Jette un regard rassuré
Vers la croûte craquelée de la terre,
Boit de l’eau dans la cruche d’argile –
Humble sphinx, terrassé de fatigue
Assoupi ….
Dans les bras de ces nobles
Meules de foin.
 
*
lire la version en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-3n

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la couturière de cailloux – Angela Nache-Mamier

miranda cueille des tessons des coquillages
des trésors cachés dans le sable
aujourd’hui elle a trouvé des restes, des assiettes de 1900
ses doigts tremblent
la vie du bourg s’étend à ses pieds
les déchets se jetaient sur le sable
miranda et le caniche mimosa scrutent l’horizon
la plage lavée par la tempête
la couturière de cailloux a dans les poches
des verres des fils de fer des couleurs des bibelots
des portraits kaléidoscopiques
la mer lave les pieds nus et froids
entre l’air l’eau le ciel et la terre
miranda colle des petits cailloux des figurines multicolores
avec une colle forte bon marché
des pêcheurs
ses poches les poches de la mer
portent les petites poupées amazones sirènes
bercées par la marée
en registre mineur

(19 mars 2011)

Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/s1wz5y-204

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pluie de farine de maïs – Angela NACHE-MAMIER

Née en Roumanie en 1949, Angela Nache-Mamier
vit et travaille en Languedoc-Roussillon.
Professeur de roumain en Roumanie,
professeur de français en France,
sa poésie est superbement bilingue, ce qui nous
a facilité le boulot,pour ses poèmes écrits en français. 
Autres talents que ceux d'artiste polyvalente :
inciter tous ses amis à la création.
Défaut principal : aucune trace de méchanceté.

***

Monter les poneys de l’innocence,
Boire la mousse chaude du lait
De Florica –une bonne vache
Du hameau
Croquer les pommes acidulées
Caresser les truites nacrées
Sous les grosses pierres
de la Rivière argentée,
Galoper sur les tas géants
De brassées de chanvre
Rangées
Dans le lit de l’eau avenante,
Faire exploser les couleurs
Des tapis fleuris, adoucis
Dans le tambour du vieux moulin,
Humer le pain sacré
A peine sorti du four .
La vieille femme noire,
Toute de noir vêtue
Parle toute seule,
Verse depuis toujours
Dans l’eau salée
Une pluie ensoleillée
De pétales de maïs,
Les petits sauvageons
Ont si souvent faim,
La polenta dorée et moelleuse
Brûle, impitoyable,
Leurs tendres palais …

(Ma Roumanie mistérieuse – 2008)

lire la version en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-3y

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