Archives de Catégorie: Constant Tonegaru

Deux Poésies – Constant Tonegaru

Nous deux
Mon âme était sereine comme un matin,
mais lorsque ma main je voulus avancer
c’était comme si j’étais devant une glace :
la face devant moi je ne pouvais toucher.
 
Les jambes croisées il fumait une cigarette
jetait les cendres, blasé de tant de monotonie,
les caroubes dernières pendaient tel langues de molosses
ennuyés d’avoir été mal pris en chromolithographie.
 
Au-delà des pelouses un quelconque rêveur
dans dieu sait quelle mansarde au rythme de la vie, banal
écoutait au gramophone une chanson du Samoa
mâtant bleus tramways au trôlée pentagonal.
 
Nous étions deux : Moi et puis Mézigue,
à la fin par tant d’ennuis on s’est engueulés,
les eaux étaient calmes et le parc désert
sauf pour les caroubes, qu’on les a crachés.
*
 
La Pluie
Avec cette pluie, les feuilles collaient à l’asphalte comme dans un album ;
les voyageurs dans le tramway faisaient le trajet et je restais à écouter
comment sur la vitre aux publicités pour ambre solaire
du côté gauche la pluie se tamisait d’un rythme très occulté.
 
En lisant le journal à cette heure tardive de soirée pluvieuse
j’ai su que la bataille d’Ukraine la steppe prenait
et je me suis aperçu sortant des brumes hanté par des hordes de loups
me rappelant que jadis le hetman Mazeppa j’étais
 
Des nuages violets se décomposaient en gros flocons comme de gants
figeant des doigts mous sur le désert éblouissant en coton
avec une gestuelle standard et blasée sans rencontrer le salut attendu
les pingouins d’une latitude de circonstance découpés en carton.
 
Les choses dont je parle ici réellement avaient lieu vers l’année millesixcentsetdespoussières ;
par ces temps-là j’étais nihiliste et complotais pour renverser le Czar
mais le gel me pénétrant plus profond que la lame d’un sabre arabe
j’abandonnais les pensées subversives pour qu’elles conspirent dans le samovar.
 
Dans mon regard le temps avait oublié de passer
et au loin j’entendais encore les loups hurlant dans la steppe des Nogaïs –
puis voilà des klaxons, Dieu tant de klaxons ;
bien sûr il y eut lieu un banal accident de tramway
 
Une voyageuse aux yeux verts discutait dans le wagon avec un ton affable ;
– L’homme parle tout seul lorsque il grisonne …
– Oui, je fus le hetman Mazeppa ; maintenant un fonctionnaire convenable
et sur la vitre aux pubs le ciel pleurait pour moi d’une bruine monotone.
*
traduit du roumain par Cindrel LUPE
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-ty
Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Constant Tonegaru

La bête que j’ai gaspillée – Constant Tonegaru

Je reste un poète aux cadences épousées
écrites au cœur lourd et par cafard,
lorsque être un sanglier je souhaitais
montrer au monde sous le groin mes dorés dards.
 
Je cherche une trêve, la même simple césure :
j’ignore que tu es, puisses-tu être une fumée
et, Dieu, quand je t’engueule pour ma destinée
mes dents en prennent de la dorure.
 
J’aurais posé la patte par terre,
heurtant le sabot tel l’ongle d’un chérubin
pour faire sonner dans les clochers le tocsin
et partager mon mystère.
 
Sur les nuages posés en marches froides
j’essaie d’errer le soir pour me trouver,
je sors mon pied en dehors de ma chambrée,
mais il coule comme la glèbe en épis roides.
 
Je cherche une pause, et une virgule j’ajoute,
sur des papiers pour l’instant
je la porte au cou telle une fourrure de renard d’argent –
je ferai le point plus tard sur ma route.
 
Là j’avance un pas de plus et marche encore
jusqu’à rester une seule poignée,
tout ce qui avait crû haut s’ensevelit,
quand je me parsème sur les buttes limonées.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-a7

 

Poster un commentaire

Classé dans Constant Tonegaru

Stradivarius – Constant Tonegaru

Qui a enfoncé dans la nuit des clous brillants
pour y accrocher son habit de lumière ?
Sur le fleuve de la mort vers la source errent
maints violons avec des cols montants.
Bon matin dans tes cordes – Qui comprendra
qu’avec des vagues sous le bras on peut voyager ?
Quelle loi inconnue cueillera
le cordage léger ?
Ne vient – personne – ne s’en va
et en attendant le maître luthier
en ronds de tronc encore taillera
pour l’ouïe un membre tout neuf et frais.
Une chose comme l’antenne de fourmi ou de guêpe
à travers laquelle franc pénètre l’esprit,
cassée par le vent se fendra aux arêtes
pour que le jeune noyau se révèle et en ondes frémit.
Par le chant encore on la vit qui passe
par l’automne-été temps indéterminé
la grande – robuste – contrebasse
vers le lieu calme au repos voué.
Nous sommes des matelots, du monde amenés ici
une étoile tâchée de terres rares, mous,
pour que le joyau aux vieux foyers en souche, de chez nous,
fleurisse de toutes ses voiles, le navire délie.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-9X

Poster un commentaire

Classé dans Constant Tonegaru