Archives de Catégorie: George Alboiu

Femmes de la terre – George Alboiu

Dans la nuit partaient les hommes
chez les femmes de la terre enterrées aux champs
juste les seins dehors
les tétons dans la rosée trouble.
Se penchaient et creusaient les champs
le sang des paumes devenu impatient couteau.
Chacun voulait sortir de la glèbe une femme
vivante, couverte de terre saine
et la porter à la maison.
Les fronts murmuraient un chapelet de silence
et frissonnaient cognés d’un baiser
tel une feuille qui s’est étouffée d’un galet.
Puis ils bondissaient éreintés –
dieux noirs dans une conjuration de la nuit –
et partaient portant sur l’épaule courbée
chacun une femme de la terre
qui en route rendait son âme.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain =
https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/19/femeile-pamantului-george-alboiu

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La roue – George Alboiu

Quatre roues quatre trotteurs deux du ciel deux de l’enfer,
mais le bonhomme les menant, il oubliait depuis quand.

Sa chaussée
suit la Voie Lactée.

Deux roues rien que deux routards un aveugle l’autre serré
dans la griffe du busard le vieux busard ailé.

Herbes gloutonnes en automnes rien qu’une roue et un poilu en haut un busard qui beugle portant l’ombre du cheval aveugle.

Rien qu’une roue et un seulâbre dans la plaine sans un arbre.
Rien qu’une roue et une ruine dans la plaine sans colline.

Rien qu’une roue
rien qu’une allée
dans la plaine
sans vallée.
L’homme porte
sur ses épaules
sa roue comme c’était l’obole
du Seigneur
le grand porteur.
Il y croit en
cette vallée
celle roue
va le porter
aux confins
de son fin.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/10/roata-george-alboiu

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Migration – George Alboiu

Les enfants inondaient les ruelles du village,
dans telle maison même les mères entraient
leur caressant les têtes comme si
depuis toujours ils seraient leurs.
S’étonnaient les femmes, s’étonnaient les hommes :
ce jour des enfants arrivent plus que d’autres fois,
la terre est trop raide, à chaque pas
de sa chair jaillit un enfant.
Il est vrai que, les soirées de flânerie
une âme se détournait vers le village.
Le silence de la plaine coulait en haillons
et le village se penchait vers eux
les prenant dans ses bras l’un après l’autre.
Mais la nuit, de leurs couvertures, les mômes
sortaient et couraient en silence dans les champs,
se raccrochaient en sarments, en buissons, en arbres
et après avoir rêvé assez
revenaient perplexes et ensommeillés.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-je

 

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