Archives de Catégorie: Ioana Geacăr

même un éventail peut rentrer – Ioana Geacăr

dans le tramway une ménagère au cabas en raphia tenace
ça lui porte des kilos de poivrons
un ferroviaire attardé matin vaporeux
sur les rails mous le regard les réunit à l’horizon dans
une boucle
un croisement des pattes d’oie un regard à la montre
il ne sait pas s’il y aura du poisson frais il aurait dû depuis dix minutes environ être au poste
un garagiste en bleu de travail par-dessus le costar et une cravate orange
la cravate sera pour ce soir quand il quittera le boulot
rencard avec une inconnue il espère l’épouser
cela est déjà arrivé à tartempion
un monsieur mélancolique à papillon
oublié depuis hier soir en wagon avec un bouquet flétri de tulipes
une grimace de stan laurel passé par les copains du quart
pas-fripé
une longue dame pliée en deux sur la chaise basse
rouge
les rails mous le regard les réunit à l’horizon dans une boucle
un croisement des pattes d’oie des pavés en pagaille
les uns contre les autres
poteaux
tickets emportés par le vent
la peinture déteint ronde allongée bleue
rouge et blanche encerclant
la flaque suivante de rouge
puis vert
puis entortillement de jaune et vert
un peu plus de rouge
bah plutôt un orange troué au milieu, juste bon à mettre
sur l’auriculaire
jambes linge au vent juste là ou se réunissent un oeil
entortillé de vert
échiquier en bois
porté gracieusement en équilibre sur la tête
senteurs de fruits sucrés
corps de méduse en dessous
et au lieu des seins des lunettes elle en a mis pour les malvoyants.

 *

traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-9a

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une inclinaison vers l’intérieur – Ioana Geacăr

deux filles admirent la robe de mariée dans la vitrine
et avec le même éclat dans les yeux se regardent
l’une dit : c’est une tempête froide et les fleurs des arbres
sont remuées par la ville les fenêtres sont fermées et
les toits visent en bas
tristement
un tourbillon cosmique m’agite les tripes
des ténèbres soudaines me tirent en dessous
 
l’autre : de la ruelle de travers maman me
surveille les mains en jumelles aux yeux sa robe verte
est étroitement liée autour d’un poteau
son coeur dégouline sur le sein et revient
nous n’avons pas des fenêtres vers la rue
l’ombre des peupliers je la sens bruire chaque nuit
le ciel est très éloigné comme un dragon qui m’échappe
mais
ma tête a des pétales jaunes/ ma tête a des pétales
jaunes
 
une inclinaison vers l’intérieur
tu es l’herbe personne ne voit
ce que tu caches
 
enfilade de porches et d’arbres à côté des garages
crissement de grillons une feuille tombant le frou-frou des chats dans les bruyères
sortis à la chasse
 
un clown au visage jaune
et les lèvres très larges et rouges
s’arrache les larmes et les fourre dans sa poche
il est libre juste au temps
pour écrire au premier passant qui approche
des signes
sur une colombe en papier
 *
traduit du roumain par Tudor Miricã.
lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-8Z

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boucles – Ioana Geacăr

depuis quelques jours on a pas de Net
nous sommes des fragments éparpillés dans la maison
des bougies éteintes sur un gâteau
assise près du téléphone j’essaie de me rappeler un numéro
la mémoire ressort-en sarments mauves se faufile par le vieux cadran
894 glisse sur la table sur le grès jusqu’à la porte d’entrée
passe à travers les fêlures du chêne
maintenant du dehors tu peux regarder nous mater
avec des tentacules affaissés seulement
les miens s’étendent par-dessous la porte
à la télé tout le monde est mort par le feu noyade en accident
tremblement embuscade la seule qui reste est la présentatrice
avec sa tronche glorieuse elle à fait tout cela
d’ennui je me coupe les veines
du tuyau rouillé coule un peu
de cire fondue une nouvelle carte rouge sur le grès quelqu’un la déchiffrera
quand il va nous vider en tapant fermement
le goulot de la bouteille contre le papier blanc
mec dit chris si vous en regardez trop discovery
vous apprendrez à fabriquer des bombes
la clé est fanée et pend dans la serrure comme de la pâte à modeler
presque humaine
vis-à-vis au bar on entend des coups de feu
et un hélico survole résolument
puis un tourtereau le téléphone souffle du gel
mon ombre est tombé froissé voyons quel sexe il a
depuis le conduit haletant de la main gauche goutte
enfin une perle de cristal qui cliquette
roux en ce moment même
un moine bouddhiste sort du temple méditer juste
dans la réserve de tigres
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-8U

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