Archives de Catégorie: Ion Pillat

La Grèce selon Ion Pillat

EPIDAURE
Le théâtre antique

Au ciel se suivent lentement les nuages
Et l’azur profond, éclairci en lumière.
Aux gradins s’assoient en silence, tour à tour,
Soit l’ombre, soit les lueurs passagères.

Autour, la forêt elle aussi se prépare
Un tendre visage de verte ramure.
Le tronc, la mousse et la feuille je peux voir,
Seule l’ère me reste obscure.

Eschyle, Sophocle, ici parlent encore
Et leurs voix frémissent dans les airs –
Les merles sifflotent des chœurs anciens
Et le vent, leur plainte amère.

Le théâtre désert est rempli par des dieux
Au corps diaphane du temps.
Le roc, et la feuille, ainsi que mon cœur
Ce souffle pénètre brûlant.
HELLAS

Des vieux oliviers et des rochers aux monts,
La mer couchée : un autre ciel, plus clair.
Tout ce qu’on touche est don ou bien prière,
Et les pinèdes au vent, la lyre sont d’Apollon.

Ou ces exquises colonnes, si tu préfères,
Dormantes sous l’ombre sainte d’un taillis.
La bucolique sonnaille du pays
Et les agneaux en pâturant les florifères.

Le sarcophage blanc entre coquelicots veux-tu ?
Ou bien en route la stèle d’une danseuse morte
Qui vient de capturer en marbre le vif vent ?

Mais laisse-moi voir, pour me sentir imbu
De son encadrement d’éclat fluide qui porte
Une île d’azur, la calme vague flottant.
*
Traduit du roumain par Tudor Miricặ
*
Lisez l’original en roumain= http://wp.me/p1wz5y-xZ

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Ici jadis grand-mère – Ion Pilat

 
 
La maison du souvenir a un auvent, des volets,
Des araignées grillagèrent la porte, et le loquet.
La cheminée ne fume même plus de sa bruyère
Du temps où maréchaussées des proscrits affrontèrent.
En leur route vers les aubes vieillirent les peupliers.
Ici jadis grand-mère Calyopi arrivait.
Impatient, grand-père s’était mis aux aguets
De la berline bercée parmi des champs de blé.
Dans le temps, aucun train ils n’avaient … de la berline
Mince, sautait une fille en large crinoline.
Pendant que, sous la lune aux champs la promena,
Grand père, sans aucun doute, Le Lac lui récita.
Et lorsque les cigognes – tel ombres sur le toit viennent,
Lui dit des vers fantasques d’un jeune poète ancien.
Elle l’écoutait muette, ses yeux turquoise brillaient …
Le tout, si romantique, qu’en contes se tramait.
Ils étaient calmes … et, au loin, une cloche sans âge
Sonnait les noces, ou la mort, dans la tour du village.
Mais eux, pensaient l’instant à jamais le préserver …
Ma grand-mère est si vieille, grand-père à trépassé …
Le temps, quelle étrange chose ! Soudain, à regarder,
Tu ne te vois que dans les images effacés.
Te reconnais en elles, pas ce-que tu vois devant,
Car tu n’oublies pas ton corps, qui vit en t’oubliant …
L’arrivée de grand-mère fut comme si hier … maintenant
Tu viens dans ta carrosse, des vieilles traces en suivant.
La même route te conduisit à travers les mûrs blés.
Auprès de la véranda, sereine tu t’arrêtais.
Si mince, tu foules le sable dans lequel elle sautait.
Remplies des mêmes cigognes les vêpres s’arrêtaient …
Tu m’as vu tout sourire, car trop naïf j’étais
Te chuchotant des rimes de Francis Jammes, le vrai.
Quand dans la nuit en lune le champ un lac était,
J’ai dit icelle Ballade à la Lune et de Musset.
Tu m’écoutas, pensive, tes grands yeux d’améthyste,
Je paraissais romantique, peut-être symboliste.
Si, j’étais calme … et, au loin, une cloche sans âge
Peut être la même cloche, dans la tour du village …
Sonnait les noces, ou la mort, dans la tour du village.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Citiţi traducerea în franceză :
http://wp.me/p1wz5y-uc

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A des moulins à vent – Ion Pillat

 
Ô, corniches aux noirs ailes sur blanc disque de la lune,
Qui encore se rappellent, même tellement vieilles étant,
Ce Don Quixotte en guerre contre les moulins à vent
Aux vêpres entr’aperçues au chemin de Pampelune !
 
Les martinets construisent sous les voliges anciennes
Début printemps, des nids tout en pailles et en terreau,
Et chaque automne qui vient en creusera un tombeau
En roche, ou dans la glaise, dans le sable de la dune.
 
Même si la mort vous guette, année après année
Gardez encore, d’un noble de Castille, la fierté ;
Et votre bras, me semble qu’il porte une fine épée …
 
Figées, je réalise : vous guettez en mêlée
Qu’il vienne, dans la brillance d’un harnais résonnant
Hidalgo de la Mancha et son rêve délirant.
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-ts
 

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le cellier aux fruits – Ion Pillat

 
J’ouvre, craintif, la porte de l’ancien cellier
Avec la clé rouillée de l’interdit Eden,
Ravivant le mystère des baies, humblement,
L’arôme, la fraîcheur, et leur ombre oubliée.
 
Le souvenir m’encense dans sa fumée bleutée,
Mûrir sur des plateaux, paillasses, comme des bûchers
Brûlants, brugnons de braise, et grappes d’aligoté
Et poires en or rouge aux flammes parfumées.
 
Chancelant, comme le serf qui piétine une fortune
Dans le conte des mille et un nuits, je me recueillis :
Lorgnant des pastèques – jades à mie de rubis –
Et les chasselas jaunes comme le soleil des dunes.
 
S’allument comme des fantasmes des coings et abricots :
Des roses lampions et lustres en or double …
Mais en quittant l’office qui la raison me trouble,
Sur la portée sorcière, le cadenas je clos.
*
du volume « L’Arges en amont » , 1918-1923
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
 
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-N

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L’auberge des martinets – Ion Pillat

Poète roumain (1891-1945)
Maîtrise de lettres et de droit à la Sorbonne,
traducteur de Baudelaire,
auteur d'anthologies de poésie et prose roumaine.
Poète d'un lyrisme traditionnel et optimiste.
***
 
L’auberge des martinets
Là dans l'ombre du noyer
Siège depuis tant d'hivers
Le berceau des jardinets
L'auberge des martinets.
***
Renommée auberge en friche, auberge à saillante corniche,
Vieille tel monde – disent à table
Les charretiers au fardier qui jadis troquaient leur blé
Pour une cruche de vin aimable.
T’as sur tes lauzes de la mousse, la galerie sous la brousse,
Dans la cave, des araignées.
Entrent libres comme la brise, comme un rayon, comme une bise,
Des milliers de martinets.
Le chemin t’a oubliée, il ne sort plus de fumée
De ta cheminée montante,
Les charrues ne font plus trêve, lorsque la journée s’achève
Sous la tonnelle accueillante.
Les rouliers restés en selle ne boiront plus à la belle
Etoile ton marc doré
Et jamais trapus brigands, ni des ménestrels d’antan,
Tu n’entendras plus chanter.
Oubliée auberge en friche, auberge à saillante corniche,
Vaste et abandonnée,
Si personne ne se presse, dans l’oriel de ma jeunesse
Moi je viens te retrouver
Sois mon vieux, mon camarade, ou je dors après ballade
Et aux aubes j’allume la flamme …
 
Du soleil, tout en paillettes : pas un homme, mais volètent
Des martinets jusqu’en l’âme.
 
 
L’auberge de Oratii – peinture de  Nicolae GRIGORESCU – (1838-1907)
L’auteur étudia à Paris ayant pour collègues Renoir, Millet, Corot et Sisley.
Membre de « l’Ecole de Barbizon », il est le plus grand impressionniste roumain.
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traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-S

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