Archives de Catégorie: Magda Isanos

La Robe – Magda Isanos

Du coffre à l’odeur de mites et de santal
sortit grand-mère la robe de son apothéose.
Si mince elle est, légère comme un idéal,
comme si elle serait tissue avec peu-de-chose.
Qu’il est triste le froissement de la crinoline soyeuse,
ses volants s’effilochent sous la vieillesse,
remplaçant les rayons, des silhouettes gracieuses,
d’un autre temps, dansent à travers la pièce.
 
Revoit – en jeune – le bal premier, l’ancienne,
elle reconnaît sa robe de jeune galante
sur le satin sa main tremblante promène
d’une grande émotion toute frissonnante.
Et quand elle penche son front et plus s’apaise
elle est si recourbée sous le vieux châle Mémé …
Qu’est devenue la charmante danseuse
qui a flotté en sa robe de soirée ?
Les jambes si mignonnes et si légères,
les yeux , et le sourire qui rayonnait,
dans le petit corps de la voûtée grand-mère
comment donc, ils moururent à jamais ?
M’ont répondu, alors, les ternes parures,
peut-être même la vieille dans son vieux châle ;
ils dansent encore, car jamais ne moururent,
toujours changeant de robes, le premier bal.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-kA

 
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Dieu – Magda Isanos

Les riches ont fait faire des icônes
dorées iconostases et aumônes,
il se trouve que Dieu ne venait
pas dans un lieu ainsi clôitré.
 
Les riches attendaient grossis, alourdis
regardant les saints en leur bel habit.
 
Pendant cela, Dieu volait dans les rameaux
en les fleurissant. Il voyait les miséreux
leur demandant du sel et du pain.
Il était tantôt le pré, tantôt la fontaine.
Des fois petit il se faisait
en se cachant dans les fleurs du pré,
où mûrissait dans les dodus maïs
aidant les fourmis à monter leur nids
donner à la terre la manne et la pluie.
 
Il avait tant de choses à faire mon Dieu
et les gens qui étaient si ennuyeux
l’un demandant pour l’autre tant de peine.
Il les sentait crier « Cette terre est mienne… »
Il les voyait parcellant des bornes mettant,
Tailladant, partageant son merveilleux présent.
 
Alors il se fâchait. L’orage amenait.
De sécheresse et grêle il les frappait,
grand et terrifiant depuis les nues,
comme la montagne de forêts vêtue.
Tant que venait chez lui un oiseau.
La bergeronnette, ou un tourtereau,
Lui disant : « Dieu, mon poussin est tombé.
Dis à l’orage de s’arrêter,
Au soleil de se montrer pour le trouver … »
 
« Ainsi soit-il, oiseau messager … »
Et Dieu rangeait la foudre dans l’étui
en faisant moult autres choses bénies.
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traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-3Y

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J’ignore comment c’est arrivé – Magda ISANOS

Magda ISANOS (1916-1944)

J’ignore comment c’est arrivé
La jeunesse est partie, est passée.
L’arc de mes sourcils moins tendu
Fier et et bien dessiné il n’est plus.

Des jours résonnants qu’en est il arrivé
de mon été au blé et à la chicorée ?
Je ne chercherai pas, je me souviendrai point.
Toutes les choses étaient bien plus belles, avant.

Lumière constante
qui ne me trompe, ne me tente.
Tous les fruits que j’avais convoité
sont mûrs et fleurissent encore en pensée.

Oui. J’ignore comment c’est arrivé.
La terre est petite les horizons ont diminué.
Pas de miracles et pas d’étoiles filantes
comme dans les nuits de mon enfance.

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traduit du roumain par Cindrel Lupe

*

lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-2v

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