Archives de Catégorie: Marin Sorescu

Deux poésies de Marin Sorescu

 

Sur l’essieu

Sur l’essieu, toujours sur l’essieu,
Même si le rayon t’ordonne : Vois-le,
Car l’essieu c’est juste le bon Dieu
Et, au cahot du monde, crois-le.

Quand la poignée des herbes sèches les cabris
La broutent, la broutent, sous la coupole du midi,
Sur l’essieu, sur l’essieu de ta fortune,
Tu descends à l’enfer, tu touches la lune.

Sur l’essieu, quand les chemins dispersent
Et ton tympane les roues le percent.
Avec toutes ces routes qui retroussent
Tu pousses l’essieu et l’essieu te pousse.

Sur l’essieu, sur l’essieu, à plein émoi
La vie courre derrière… Mais moi c’est moi?
Le mouvement flétrit, comme les bêtes,
Les arbres coupent ton ombre en miettes.
*

De trop grandes découvertes

De trop grandes découvertes y’en a plus.
Et moins encore pour les sans-abri.
En mi-chemin entre le rien et l’absolu
Tu restes songeur et presque ahuri.

Sur une borne de confins vois un cafard.
A ses multiples pieds résiste à peine.
Un ciel flotte triste sur vous, et blafard.
Trous de serpent, autant qu’ils sont, sont pleins.

Et où donc te fourrer et te cacher
L’étonnement de ne pas pénétrer
au coeur des choses défendues ?

Le cafard est lui-même irrésolu :
Il voit une arraignée aux yeux séchés,
Qui juste, à son long fil, s’était pendue.
*
Traduit du roumain par Tudor Miricặ.
*
Lisez l’original en roumain = http://wp.me/p1wz5y-xWhttp://wp.me/p1wz5y-xW

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Deux poèmes – Marin Sorescu

Sur l’essieu

Sur l’essieu, toujours sur l’essieu,
Même si le rayon t’ordonne : Vois-le,
Car l’essieu c’est juste le bon Dieu
Et, au cahot du monde, crois-le.

Quand la poignée des herbes sèches les cabris
La broutent, la broutent, sous la coupole du midi,
Sur l’essieu, sur l’essieu de ta fortune,
Tu descends à l’enfer, tu touches la lune.

Sur l’essieu, quand les chemins dispersent
Et ton tympan les roues le percent.
Avec toutes ces routes qui retroussent
Tu pousses l’essieu et l’essieu te pousse.

Sur l’essieu, sur l’essieu, à plein émoi
La vie courre derrière… Mais moi c’est  moi?
Le mouvement flétrit, comme les bêtes,
Les arbres coupent  ton ombre en miettes.

De trop grandes découvertes

De trop grandes découvertes y’en a plus.
Et moins encore pour les sans-abri.
En mi-chemin entre le rien et l’absolu
Tu restes songeur et presque ahuri.

Sur une borne de confins vois un cafard.
A ses multiples pieds résiste à peine.
Un ciel flotte triste sur vous, et blafard.
Trous de serpent, autant qu’ils sont, sont pleins.

Et où donc te fourrer et te cacher
L’étonnement de ne pas pénétrer
au cœur des choses défendues ?

Le cafard est lui-même irrésolu :
Il voit une araignée aux yeux séchés,
Qui juste, à son long fil, s’était pendu.
*
traduit du roumain par Tudor Mirică
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-wV

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Comptabilité – Marin Sorescu

Un jour arrive
Quand il faut tirer en dessous de nous
Un trait noir
Et en faire les comptes.
 
Quelques moments quand on a failli être heureux,
Quelques moments quand on a failli être beaux,
Quelques moments quand on a failli être des génies,
Nous avons rencontré plusieurs fois
Des montagnes, des arbres, des cours d’eau
(Où seraient-ils ? Sont-ils encore vivants ?)
Tout cela nous donne un futur lumineux –
Que nous avons vécu.
 
Une femme que nous aimâmes
Et la même femme qui ne nous aima pas
Font zéro.
 
Un quart d’années d’études
Font plusieurs milliards de mots fourragers,
Dont nous avons éliminé la sagesse pas à pas.
 
Et, enfin, une destinée
Et une autre encore (d’où sort-elle, celle-là ?)
Font deux (On en écrit une et on en garde une,
Peut-être, qui sait, il y a une vie dans l’au-delà).
*
 
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-tU

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Moments intimes dans la demeure de – Marin Sorescu

Envol
 
Un sentiment plénier
De plus en plus dénié :
Quand je sors sur le balcon
Et je me crois avion.
 
Je m’envole les fleurs aux bras
Et sans aucun embarras.
Ensuite un corbeau marrant
Les voltiges me les apprend.
*
 
Grand’ mère et les allumettes
 
Grand’mère cachait ses rides, coquette,
Dans une certaine boîte d’allumettes
Et les mettait seulement alors
Quand lui sortaient les nerfs dehors.
 
Le p’tit fils – pas sage comme ça –
Trouva les rides, les filouta,
Se les colla au front, pardi,
Et brusquement il a vieilli !
 
Maintenant grand’mère fait la gamine,
Tandis que l’gosse est une ruine :
Les dents se les a arrachés
Et n’aime plus les contes de fées…
*
 
L’on volette
 
L’on volette de n’importe quoi,
De sabre, puce et même de doigt.
Et les boiteux, d’un pied seulement,
Le portent haut, comme un battant.
 
Nue auprès nue – lueur rayonne,
Borgne auprès borgne – font une aumône.
Ce que le borgne voit – d’un borgne auprès –
Ce n’est que la pure vérité.
 
L’on volette de pour en sus.
Les clous volètent en Jésus.
Montons comme  lui vers buts saillants
De deux saintes ailes, deux brigands.
*
 
Le dossier
 
Ma chaise à haut dossier
A un coeur vaillant et fier,
Quand me voit autour passant,
«Halte !» elle me crie, « A l’instant ! »
 
Effrayé m’assois d’écrire,
Obligé de lui obéir.
Et il y à un drôle de bruit :
Moi je grince, mais elle aussi.
*
traduit du roumain par Tudor Mirică
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-m3
 

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Une aile et un pied de la part de Marin Sorescu

Vous, lampe
 
Éclairant sans faute
Par votre ampoule,
Terne restez et sotte
Le jour telle une poule.
 
Brillez sur les lieux
Moins qu’un seul chaton
Au lueur des yeux
Comme deux tisons.
 
Même à cette fichaise
Je vous aime beaucoup.
Car, si j’ n’étais chaise,
Lampe j’aurais voulu.
*
 
Sur ma chance de m’envoler
 
Une nuit, à la chandelle,
Quelqu’un me ficha une aile.
’Pas saisi aucun visage,
À cause de son déguisage.
 
Me dit-il : „Plante-la à ta guibole,
Fous le camp d’ici et vole”.
T’es cinglé, comment voler,
D’une seule aile et d’un pied ?
Passe-moi l’autre, frère,
Ne la caches plus derrière.
 
Il partit me l’apporter
Et j’attends à cloche-pied.
*
 
Sécheresse
 
J’ai honte de vous l’avouer :
Il est fou, le prunier !
De ses gonds il est sorti
Et parti droit vers le puits.
 
– Ou vas-tu, jeune-arbre, toi ?
– Que j’abreuve ma soif-là.
Mais le puits déjà séché,
Resécha d’un tantinet.
 
Le prunier boire s’y pencha
Sa corneille dedans tomba.
Pourvu qu’il en avait une,
Morte, elle, de fortune.
*
traduit du roumain par Tudor Mirică
*
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-i6

 

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Tableaux – Marin Sorescu

Tous les musées me craignent,
Car chaque fois que je reste un jour entier
Devant une toile,
Le jour d’après on annonce
La disparition du tableau.
 
Chaque nuit je suis surpris en dérobant
Dans un coin différent du monde,
Mais je n’en ai cure
Des balles qui sifflent à mes oreilles,
Ni des bergers allemands qui déjà connaissent
L’odeur de mes traces
Mieux que les amoureux
Le parfum de leur bien-aimée.
 
Je parle haut aux toiles qui me mettent la vie en danger,
Les accroche aux nuages et aux arbres
Et je recule pour avoir un bon angle de vue.
Avec les maîtres italiens on peut facilement lier connaissance.
Quel tapage de couleurs !
Et à cause de cela
Si j’en vole je suis prestement attrapé,
On me voit on m’entend de loin,
Comme si je portais des perroquets dans mes bras.
 
Le plus difficile de voler c’est Rembrandt :
Tu tends la main et tu touches le néant –
La peur te tient, ses hommes n’ont pas de corps,
Seulement des yeux fermés dans des sombres caves.
 
Les toiles de Van Gogh sont effrénées,
Elles tournent et roulent sur elles-mêmes,
Il faut s’y accrocher fortement
Des deux mains,
Car elles sont aspirées par une force sélénaire.
 
Je ne sais pourquoi Bruegel me met en larmes,
Il n’était pas plus vieux que je ne suis,
Mais on l’appela le Vieux,
Car il savait tout l’heure de sa mort.
 
Et moi j’essaie d’apprendre auprès de lui,
Mais ne puis retenir mes larmes,
Qui coulent sur ses cadres dorés
Quand je m’enfuis ses saisons sous le bras.
 
Comme je le disais, chaque nuit
Je vole un tableau
Avec une dextérité à toute épreuve.
Mais le chemin du retour est si long
 
Que je suis finalement rattrapé,
Et j’arrive chez moi tard dans la nuit,
Harassé et déchiré par les chiens,
Tenant dans ma main une copie bon marché.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-cN

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Si je ne demande trop – Marin Sorescu

– Que prendrais-tu avec toi
Si l’occasion se présentait
De faire tous les jours la navette entre paradis et enfer,
Pour tenir des cours ?
– Un livre, une bouteille de vin et une femme, Seigneur,
Si je ne te demande trop.
– Tu demandes trop, on enlève la femme,
Elle te ferait la conversation,
Te bourrant le mou de ses bisbilles
Et tu n’aurais pas le temps de préparer ton cours.
– Je t’implore, enlève-moi le livre,
Je l’écris moi-même, Seigneur, si j’ai à mes côtés
Une bouteille de vin et une femme.
C’est ce que je souhaite si je ne demande trop.
– Tu demandes trop.
Que souhaiterais tu emporter,
Si le problème se posait
De faire tous les jours la navette entre paradis et enfer,
Pour tenir des cours ?
– Une bouteille de vin et une femme,
Si je ne demande trop.
– Tu l’as déjà demandé une fois, pourquoi es-tu si têtu,
C’est trop, je te dis, on enlève la femme.
– Qu’est-ce qu’elle t’a fait, pourquoi tant de haine ?
Mieux encore, enlève-moi le vin,
Il me ramollit et je ne pourrais plus préparer mon cours,
En m’inspirant des yeux de mon bien-aimée.
Silence, longs moments,
Des éternités peut-être,
En me laissant le temps pour oublier.
Que souhaiterais tu emporter,
Si le problème se posait
De faire tous les jours la navette entre paradis et enfer,
Pour tenir des cours ?
– Une femme, Seigneur, si je ne demande trop.
– Tu demandes trop, on t’enlève la femme.
– Alors tant mieux enlève-moi les cours,
Enlève-moi l’enfer et le paradis,
Je veux le tout, sinon rien.
Je ferais le chemin entre le paradis et l’enfer pour rien.
Comment effrayer et affoler les pécheurs de l’enfer,
S’il me manque la femme, comme preuve, pour la montrer ?
Comment élever les justes en paradis,
Si je n’ai pas le livre pour le révéler ?
Comment supporterais-je le chemin et les différences
De température, de luminosité et pression
Entre paradis et enfer,
Si je n’ai pas le vin pour en prendre courage ?
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
lisez l’original en roumain :
 

http://wp.me/p1wz5y-9T

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