Archives de Catégorie: Miron-Radu Paraschivescu

Equinoxe – Miron Radu Paraschivescu

 
Fidèle je t’attendis. Car ta venue
La devinais par galaxies et nues.
Il est pour moi, ton corps, qu’en moi résonne
Comme un violon dans l’âme qui la chante,
La lumière s’échappe, qu’elle nous cautionne
Le vent nous enveloppe comme des plantes
Et chassera d’entre nous les sérénités.
Le corps nous est unique et partagé
Factice, entre les deux entités.
 
Passa l’instant quand nous nous sommes sentis
Comme les appels qui vers les sources montaient
Qui ce jour coulent – fleuve unique et uni.
Toi, à ma bouche t’es bouche, et t’es rosée,
Par mes yeux vois le ciel de chicorée
Les paumes ont leur place définie
Depuis un temps : les tiennes sur mon épaule
La mienne, en coupe sur ton sein si rond,
Et l’autre ceint tes hanches si sereines.
Par toi commence, finit, un cours d’école.
 
Dans tes cheveux je plonge comme dans les ondes,
Nous fûmes coulés dans un pareil airain
Et quand d’une même étreinte nous nous touchons
Un identique son nos êtres couvent.
Car nous venons les deux des mêmes lointains :
Brisées maintenant, en nous qui se retrouvent
A eux, les mêmes aubes nous projetons.
 
Greffon nous sommes, l’un pour l’autre ici,
Ensuite la même veille nous a grandi
Unissant la même glaise, le même ciel
En deux souplesses, pousses verticales.
Ni le sourire, ni le mot, ne sont seuls :
Ton rêve me dis, moi à ta tristesse banale
Souris et ris : les âges nous repartirent
Mais aujourd’hui, ciel, terre, feu et liquide
Appartiendront à un vaste empire
Unique. C’est pour ça qu’à l’empyrée
Quand tu regardes, mon regard boit avide
Au ventre de la terre endommagée
Que je laboure en toi et en creusant
Et un volcan nous secoue en avant
Pour s’envoler de ce présent mourant
Vers un tout jeune astre, qui nous pressent.
*
 
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-tJ

Poster un commentaire

Classé dans Miron-Radu Paraschivescu

Une des Chansons tziganes de Miron Radu Paraschivescu


 
Ma fleur grande, noire et mince
J’t’ai pas dit, môme, que je j’en pince ?
Cinq étoiles du ciel rafler
T’en faire perles et collier
Je me vantais que mézigue
Fera Dieu danser la gigue
S’il s’oppose et me fait digue ?
Ne m’disais tu, je le sais,
Quand l’échalis je sautais
Que pour l’amour de bibi
Tu t’pendrais à mon kiki ?
Puis surgit un … gigolo,
Oh, un drôle de gadjo
Du faubourg où de plus près
Il t’appela … tu t’en allais !
Encor je n’aurais râlé
Si tu n’m’avais chouravé
Ma bourse pleine de blé
Nous restions la nuit les deux
Amourette, amoureux …
La lune nous neigeait les cheveux
Pétasse, ce ne fut mesquin
Dans ma fouille mettre ta main
Comment puisses-tu accepter
Me tromper et me voler,
J’ai rétamé des chaudrons
Une année en grandes maisons
Je vécus dans le ghetto
De blanquette et de poireaux
Pour à toé, à toé, acheter
Une belle robe de mariée
Que je te fleurisse le doigt
D’une grosse pierre de grenat
Et toi, vois comme tu le tiens
Ton promis contre le mien,
Ben, ma pauvre, c’est très bien !
Qu’elle me trompe … une pétasse !
Moi encore, je fus naze,
J’aurais pu me débrouiller
Etre un mec plus fortuné
Comme un pacha me vautrer !
Mais, à l’heure, je bois la tasse,
Tout amer et plein de crasse
Comme les plus grands des connards
Pas de môme, et … pas du lard !
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-sF

Poster un commentaire

Classé dans Miron-Radu Paraschivescu

Trois poèmes – Miron Radu Paraschivescu

 
Avant-propos
 
A coup sûr y’a un démon qui hante le corps mien
Perçant mon sens d’un pic bien aiguisé.
Me dit du mal de tout ce que je pensais être bien
Me pose des questions auxquelles je me tais;
Me plante dans l’âme, tel dans une pépinière,
Un plant du doute, issu de mon labour muet,
Pareil qu’une ombre qui croît de la lumière,
Pareil qu’une nouvelle force puisée dans l’arrêt.
Souvent, ce pic tout noir devant l’orage,
Le vois brillant sur l’horizon serein
Et le juron me semble un parler sage.
A coup sûr y’a un démon qui hante le corps mien.
 
*
Tocsin
 
Perdus visages, dans un épais crachin
Que la mémoire voit à travers les draperies
Alors elle me laisse comme un orphelin,
Se retrouvant en elles une autre vie.
 
Les spectres ravivés offrir je veux
A ceux qui vivent, mais la peur m’emporte
Que les bâtisses de brume briser je peux
Et un silence lourd ferme la porte.
 
Je ne suis qu’un tocsin silencieux,
Sur son airain le vent parfois se porte.
*
 
Le violon
 
Comme il gît dans son petit couffin, couché,
Le violon semble deux fois décédé.
Figé à mort, le tout fidèle archet
Se tait éternellement à ses côtés,
Lui qui allègrement touchait les cordes,
Là, aucune mélodie il ne porte,
Vous savez bien que un violon je suis
Qui joue pour ne pas mourir, mes amis.
*
 
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-rH

Poster un commentaire

Classé dans Miron-Radu Paraschivescu

Hommage à Miron Radu Paraschivescu

En mémoire du Poète dont on célèbre ce jour le centennaire
et de nos jeunes années, belles comme des poèmes ...
 
Souvenir
 
Si j’oserais sous la rouille de tant d’années chercher
L’arôme et la lumière qu’avait brillé en elles,
Je retrouverais brûlant le mot pour t’honorer,
Pareil une flamme qui dort sous braise et étincelles.
 
Comme le parfum d’une fleur fanée depuis longtemps
Transforme dans une brise ses frêles colorations
Dans l’invisible corde du vent j’écoute tant
Crier leur longue lamente les équerres des hérons,
 
Là, quand avec les vêpres vers terre je me dérobe,
L’amour offert par toi de lui plus fort me lie,
Comme, dépouillée-en automne de sa touffue robe,
La statue de l’été s’élève vers l’infini.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-hM

 

1 commentaire

Classé dans Miron-Radu Paraschivescu

Septembre – Miron Radu Paraschivescu

Âme mienne, comment tu vas là,
Perdue dans ce monde bigarré ?
Laissant le soleil dans les denrées
L’été, un mât de feu, passa.
 
Une cigale crisse faiblement
Par le champ que j’ai traversé
Comme un mort qu’on a réveillé,
En tout j’m’égare, j’y suis pourtant.
 
Du vent du soir, ta voix portant
Je guette encore, toujours, l’idée ;
L’étoile brille dans la fumée
Des ces regrets, tardivement.
 
Tout choit plus bas et jusqu’à quand,
Resté seul, dans l’heure retardée,
Ne te vois plus, ne te connais
Par le temps que j’entends sonnant.
 
Oh, âme mienne, ressuscitant
Dans cette automne, lourde de pitance,
L’inextinguible ton enfance
La vois pousser en autre gent !
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-fo

Poster un commentaire

Classé dans Miron-Radu Paraschivescu

Cantique de désir et soupir – Miron-Radu Paraschivescu

Je chanterai toute une vie
à la porte de ma mie,
je chanterai comme un benêt
pour souffrir – et pleurnicher !
 
Car elle était belle ma gueuse
à lui biser la vareuse,
ses lèvres de giroflée,
j’les mordrais toute la journée !
 
Elle avait si fière allure
j’ai la panse qui me torture
quand je pense à sa figure.
 
M’a dit pour la courtiser
d’emprunter chez le banquier
et refaire mon dentier.
 
Moi j’n’ai pas serré les couilles
j’en ai aboulé d’l’oseille
et m’suis mis des dents dorés
comme tous les boyards friqués.
 
Robe en soie j’lui ai payé
babouches en velours rayé
en ville je l’ai promenée
que les gens puissent la mâter
parce qu’elle est ma bien aimée.
 
Car je l’aime sans répit
je n’arrête pas mon récit,
en enfer tant je suis cuit.
 
V’là ma tête pleine de bouse :
pour lâcher ma pauv’épouse
et m’enfuir avec une drôle
qui ne s’lave pas les guiboles
et me pique tout mon flouze.
 
Ce n’était pas la faute mienne,
que Dieu lui donne de la peine !
Dès que j’bougeais un chouïa,
fichtre ! elle me suivait au pas ;
j’voulais aller à la messe,
là, elle me bottait les fesses ;
j’la prenais sous les aisselles
sa bouche sentait les airelles.
 
Et pour me rendre barjot
elle portait un coquelicot.
Qu’il dise, qui l’a connue,
comme elle était bien foutue ;
car, le ciel la damnera,
minces sourcils elle dessinât,
aux alentours de ses nattes,
pourrissant mon esprit blette.
 
Que vous dire, jusqu’à la fin ?
J’la suivais, pas très malin
partout où elle se flagornait
d’être ma môme bien-aimée.
 
Pis elle la jouait amène,
rien que soupirs et haleine,
quand on froissait ses tiretaines.
 
Ah, que j’la verrais de glace,
car la flamme ne me passe !
 
J’la croyais mon entier lot ;
mais, cachée sous les rideaux
elle lorgnait les godelureaux …
 
Et un soir, de la terrasse,
j’vois un garde monté qui passe,
elle sort vite pas si dupe
et s’enfuit montant en croupe.
 
Depuis elle est en vadrouille
moi je suis resté bredouille,
 
tout seul, à mordre ma clope,
 
putain de merde de salope !
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-eF

Poster un commentaire

Classé dans Miron-Radu Paraschivescu