Archives de Catégorie: Nichita Stănescu

Ballade du matou – Nichita Stănescu

J’aurais aimé être matou
la queue touffue, fourrure rayée,
avec des griffes et moustachu,
un œil verdâtre et l’autre ambré.
 
A l’heure quand cahin-caha
la neige de toute la nuit s’amasse
moi, installé en haut du toit
je feulerais la lune qui passe.
 
A ce moment, que sept mémères
me lancent acharnées des pierres
en ronchonnant, me maudissant
de les réveiller, en feulant.
 
D’en haut, du pic de la semaine
je ricanerais, courbant ma bosse
c’est l’âtre, pas les maîtres, que j’aime
comme les toutous font, pour un os.
 
Alors, qu’encore les sept mégères
me lancent acharnées des pierres
et moi pardi, moi j’hurlerais
tant que la lune ne se coucherait.
 
J’aurais aimé être matou
la queue touffue, fourrure rayée,
avec des griffes et moustachu,
un œil verdâtre et l’autre ambré.
 
Lorsque les aubes décollent les yeux
je m’en irais, je m’en irais,
la casserole au bout de ma queue
avec grand bruit je traînerais.
 
Cradingue et fatigué, ensuite
toutes mes entrailles de jeun gavées
que je m’amasse, que je cours vite
parmi le linge mis à sécher.
 
Comme si un rat je rencontrais
mon dos je le ferais arquer
cracher, encore cracher et puis
hanter les belles rues, indécis.
 
Quant aux minettes des voisins
je les rendrai toutes zinzin,
pour qu’un chaton dans leur portée
ait un œil vert et l’autre ambré.
 
Lorsque ma mort oublie ma rogne
près du bistrot de mon faubourg
lampée dans le bol des pognes
âcre piquette pour toujours.
 
« Putain de vie … putain de sort
allez danser, recommencez …
regarde … il gît dans le fossé
le matou mort, le matou mort … »
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-6N

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Noeud 23 – Nichita Stănescu

Je me suis volé mon corps d’enfant,
je l’ai emmailloté
et je l’ai mis dans un gabion, –
et je l’ai jeté dans le fleuve
qu’il aille et meure au delta.
 
Le misérable, le triste et le tragique pêcheur charitable
m’est venu avec lui dans ses bras
juste maintenant.
*
traduit du roumain par Tudor Miricã.
lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-52

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Elle – Nichita Stănescu

Juste maintenant, juste maintenant
quand je l’aime le plus
juste maintenant je l’ai mentie.
Juste maintenant, juste maintenant,
quand elle est éprise le plus de moi,
juste maintenant je l’ai ombragée.
Juste maintenant, juste maintenant
quand elle pense à moi je suis indifférent.
Juste maintenant, juste maintenant
quand elle est la plus belle du monde
de mes étoiles,
j’éblouis.
Juste maintenant, juste maintenant
quand je lui sens son appas
pénétrant tous les murs de la ville
je sourdis.
Juste maintenant, juste maintenant
quand je sens que je lui manque
j’offense mes amis
ne supportant plus quel désir puis-je avoir d’elle.
Juste maintenant, juste maintenant
quand elle repasse par amour de moi
sa robe en carreaux,
je m’occupe à nettoyer de lances à essence
pour les lancer contre les animaux et vautours.
Juste maintenant, juste maintenant
quand j’aurais dû être
envahi d’une tendre vivacité,
je me prolonge dans le rêve
de peur d’être heureux.
Juste maintenant, juste maintenant
quand elle rayonne de l’éclat de son coeur,
je lis sur toutes les noves
et toutes les étoiles explosées
et m’allonge comme la plus longue rue de la ville
et m’asphalte
et me couvre de neige et glace,
surtout de glace,
surtout de glace, surtout de glace,
pour qu’elle, ma chérie et ma divinisée
en passant, glisse
et tombe et blesse sa cheville,
que, mon dieu,
depuis si longtemps je ne lui ai plus baisé.
Car, après tout,
qui aura le courage de baiser une cheville
si ça ne boite pas ?!
*
traduit du roumain par Tudor Miricã.
lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-4S

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Une lierre tu sois – Nichita Stănescu

J’aurais mieux aimé que tu sois une plante.
Une lierre tu sois contre ma joue sonner
quand les froids courants du soir arrivent en pente
du ciel tout étayé sur une seule pensée.
Si je t’aurais su la chaleur, contre mon flanc,
de feuillages frémissante et scintillant,
qu’il sort d’un unique tronc notre moment
à deux rameaux la lune appuyant.
Et le fracas de la ville, plus différent et plus embu
comme faute de couleur la mer, en bas, aux digues,
qu’il sonne en arrêtant d’un coup
les piliers de la silence en avançant, prodigues.
Que j’entends d’une feuille, d’une racine,
j’aurais aimé une saison sévère,
quand les dernières glaces s’agglutinent
en elles-mêmes. Et n’ont pas de leur place et meurent.
*
traduit du roumain par Tudor Miricã
lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-4O

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Adolescents sur mer – Nichita Stănescu

Cette mer est toute couverte d’adolescents
qu’apprennent la marche sur les flots, debout,
soit s’appuyant du bras à des courants,
soit s’étayant d’un rayon raide, de soleil imbus.
Je suis la plage vaste taillée aux fines facettes
et les contemple comme à un débarquement
d’une infinie flotte de yoles. Et je guette
un faux pas de voir, un glissement
du moins jusqu’aux genoux au vague diaphane
sonnant sous leur trop nonchalant essor.
Mais eux sont sveltes et calmes, et en même temps
ils ont appris à marcher debout, sur les flots.
*
traduit du roumain par Tudor Miricã.
lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-4J
 

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Mon âme Psyché – Nichita Stănescu

Un ange est venu et m’a dit :
– T’es un porc de chien,
un roquet et un groin.
Pue l’herbe sous ton ombre qui la presse ;
fange est le nom de ton haleine !
– Pourquoi, lui criais-je, pourquoi ?
– Sans raison !
L’ange est venu et m’a dit :
– Plus transparent est le verre
que la plus durable de tes pensées !
Bientôt tu vas mourir et des vers
te grouilleront aux narines, au museau, au groin, à la trompe !
– Pourquoi, lui criais-je, pourquoi ?
– Sans raison ! me dit l’ange…
Et puis l’ange, oh, l’ange, oh, l’ange, oh l’ange
est parti aux ailes en or volant
dans un air doré.
Papillons en or
voletaient dans l’aura de l’ange d’or.
Il volait ahuri,
il était entièrement en or.
Il s’éloignait vers un lointain doré,
où couchait le soleil en or.
– Pourquoi t’éloignes-tu de moi, lui criais-je,
pourquoi pars-tu, pourquoi ?
– Sans raison, me répondit-il, sans raison…
*
traduit du roumain par Tudor Miricã
*
lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-4F 

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La même pensée – Nichita Stănescu

Nichita Stănescu (1933 – 1983)
Vu comme un des meilleurs poètes de la langue roumaine,
Nichita Stănescu est d’un autre avis : „Un poète
ne peut pas être meilleur qu’un autre poète. Un poète
peut être meilleur que soi-même ou pire que soi-même”
"La poésie ne s’écrit pas aux paroles."
"Mes amis ne sont pas nombreux, mais sont innombrables."
La même pensée

Garde-toi d’avoir raison
quand tu es épris.
Mieux vaut d’avoir ombre,
mieux vaut d’avoir rai,
mieux vaut d’avoir larme,
mieux vaut d’avoir n’importe quoi d’autre !
Un homme épris quand il a raison
il est un homme seul,
seule la tristesse a raison.
Toi, mieux vaut d’avoir rocs,
mieux vaut d’avoir aigles
mieux vaut d’avoir le blanc de la neige !
*
traduit du roumain par Tudor Miricã
*
Lisez l’original en roumain :
 

http://wp.me/p1wz5y-4z

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