Archives de Catégorie: Petre Anghel

Petre Anghel – Pâturage étoilé

Au printemps et en automne
J’accompagnais mon grand-père paternel
Aux champs,
Il lui fallait quelqu’un qui guide les chevaux
Pendant qu’il labourait le premier sillon.
Grand-mère était tout âme,
Mais avec des principes,
Disait-elle que l’homme (voire le mari)
S’occupe aux champs
Et elle, la rombière, à la maison.

Moi-même j’étais pas n’importe qui,
Car devenu un chiot
J’imposais des conditions.
J’y vas, disais-je, mais je ne guide pas les chevaux
Par les rennes,
C’est tézigue qui le fais,
Et je tiens les bras de charrue,
Et après avoir écrit le premier sillon,
Moi je m’assieds dans le char
Et regarde les nuages
Et les gaufres,
Et tézigue poursuis ton labour.

La terre soulevée
Me couvrait les pieds jusqu’aux chevilles,
Pas les deux à la fois,
Mais au rythme éternel des
Chevaux dieux :
Un pas, une mort,
Autre pas, une résurrection.

Dans ces temps-là les tombes n’étaient pas inventées
Et maman me préparait un verger
Au ciel.

*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain:

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L’assistante non-médicale – Petre Anghel

Les flocons dansent sans partition,
Il n’y a qu’eux à comprendre la flemme,
Même si la chaleur les transformerait
En vagues

Si maman me chanterait
Fais dodo, mon bébé adoré,
Je me réveillerais et partais en courant
Vers toi.

Tu est née la leçon déjà apprise
Ma Créole
Tu sais guérir les blessures
Sans hospitaliser.

Les visites au domicile
Sont comme le miel sucé à la ruche.

Aujourd’hui je chanterai dans un timbre
Profond
Rroar-rroar, comme l’ours,
Et la renarde viendra
Me cajoler

*
traduit du roumain – Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain =

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Poèmes – Petre Anghel

 
VOEU
 
Fasse que jamais ne puisse t’atteindre
La main des méchants,
Que jamais le vent ne retourne les bas
De ta chemise
Même s’il s’habille en ouragan.
 
Lorsque te suivront en marchant
Tel une gazelle dans la brousse,
Les fils des gents
Qu’ils n’osent pas pointer leur arc
Car leur sang pourrait s’écouler de leurs veines.
 
Fasse que tu restes près de ton élu
Immuable,
Tel que David restait accolé
Aux colonnes de Sion,
Et Marie Madeleine
Aux pieds de la sagesse.
 
Et pendant que s’accomplira
Tout cela
Que Dieu t’apprenne
La leçon du silence.
*
 
PSAUME PEDAGOGIQUE
 
Bénis la lumière, mon fils,
Et lis attentivement l’obscurité
Avec ses infinies facettes :
Pour mieux regarder le blanc
Et pour savoir ce que tu dois éviter.
 
Bénis le haut et le bas,
Paires de la fierté et de l’esprit,
Les deux peuvent t’amener à bon port
Si tu as un habile navigateur.
 
Parle que du bien de la terre,
Et des eaux qui la traversent,
Aime ses profondeurs et protège-lui
Les limites quand il y a du danger et du gel.
 
Et si tu ressens ta gorge serrée
Par des injustices et des vils accords,
Bénis le ciel, mon fils,
Où on t’a dressé ton refuge éternel.
 *
 
ORDONNANCE CONTRE LA TRISTESSE
 
Commence d’une formule standard
Bien liée dès l’aube sainte,
Et si t’es sûr d’être éveillé,
Tu peux marcher sur la glace sans crainte.
 
Lorsque n’entend un gazouillis d’oiseau,
Penses à ce qu’il eût et que sera nouveau,
Comment penchaient les cerisiers en fleur
Et comment Renoir peignit un chapeau.
 
Tu vas t’marrer, car même Salvo Dali
Avait couvert une nana d’un compas,
Pas de mal, je l’avais peinte vivante,
Mais l’ai perdue quand même en jouant trop sur l’as.
 
Ensuite tu passes à d’autres genres de plans
Qu’il serait bon d’avoir une chaise longue
Et te rappelles d’une fille
Qui te faisait languir, oncques.
 
En ce temps t’écrivais des poèmes, il me semble
En rimant passion et raison
Le bien le voyais chez les autres seulement
(C’était chez toi, tu ne fusses pas son compagnon)
 
Mais si maintenant même tu ne souriras
Cela veut dire que t’es né trop moche,
Donc, ne reste plus des heures sur faisbouc,
Et va transpirer comme la mouche du coche.
 *
 
ŒIL DE VAUTOUR
 
Hier encore
Je regardais tel le chasseur
De lions,
Jamais je n’ai raté de la lance
Ou de la parole.
 
Fière réputation j’avais acquise
Pour le labour à un seul cheval
Je le montais,
Lui il laissait des traces
Que les oiseaux venaient renifler.
 
Les yeux,
Ces taches
Qui larmoient
Chaque fois quand
Je revois le matin
Et j’y pense
A la vie d’après vie.
 
Le vautour
Ne demande à manger
A personne
Et personne ne l’a vu
Se lamenter.
 
Son œil est son cerveau.
 *
 
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :
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Poésies d’amour – Petre Anghel

 
SOUVENIR DU PARADIS
 
Tu étais haute comme un cri étonné,
Ton corps ondoyait comme une serpente,
J’étais sans voix et je me demandais
Pourquoi tu ne chantes pas, harpe résonnante.
 
Pris de vertige je fus jusqu’à quand
Tu t’es mise à sonner, par le vent touchée
Les étoiles clignotaient dans les peupliers
Et tu m’encourageais de dire qui j’étais.
 
J’étais tel le nouveau-né affamé
J’aurais pleuré, le sein sur mes lèvres sentant,
Tu étais plus chaude qu’une colombe
Dans le grenier de l’étable errant.
 
Tu sautais comme un vers du poème
De celui qui tel un dactyle le rythme voyait,
Je garde encore dans mes oreilles
Le soupir en mi mineur : viens au verger.
 
 
J’AI COMPRIS, AMOUR
 
L’oiseau a été créé en premier.
Le trait, celui invisible au nadir
Me montre, à l’heure tardive,
Comment voler, sans périr.
 
J’ai compris l’hérisson
Qui dans un rond s’accomplira
Et les épines de la couronne
Par laquelle on me jugera.
 
Puis ce qui veut dire donner je réalise
Quand il en pleut des cordes
Et on me porte sur le sein
Pour que la brume ne m’emporte.
 
Lorsque le gel s’étend
Et j’marche comme un précaire
Je pense que l’ours est bien
Tapi dans son repaire.
 
Et je me tourne vers toi
Comme l’ancien Job résigné
Pensant que tu me recueilles
Dans ton havre de paix.
 
 
CONSEILS POUR AMOUREUX
 
 
Le soir ne traîne
Pour tes caresses,
En les faisant
Ne crie liesse.
 
Sois plus discret
Que geai en été
Lorsqu’il ne chante plus
Son fardeau choyé.
 
Quand elle est triste,
Caresse son visage,
Un bon mot chasse
La brume où elle nage.
 
Dis-lui des contes
Aux fées graciles,
Fais-lui, lentement, des
Bises sur ses cils.
 
Fais lui coussin
D’une vaste poitrine,
Sois pas macho
Car t’as bonne mine.
 
Chaude quand sera
Comme une baguette,
Chante-lui tout bas
Genre alouette.
 
Et à la fin
Faut que tu danses
Mouvoir la terre
En vieille cadence.
 
 
N’ALLUME PAS, MA CHERIE
 
 
Non, n’allume pas la lampe
Je sais qu’il fait sombre ici et dehors,
Mais je ne suis pas prêt de me voir,
Ni de me soumettre
A la civilisation en carton et fumée.
 
Je ne suis pas prêt ni de rencontrer mon père,
Des émotions j’en ai point,
Nous avons convenu
Qu’il me fera un signe
Quand il sera tout près
Du pont dans la vallée
(Nous le traverserons main dans la main).
 
Une branche de pommier
Trompée par l’automne
Avait refleuri,
Je ne la vois,
Mais la suis quand elle tremble sous le vent.
 
Non, n’allume pas la lampe,
Le feu dans le foyer
Me suffit largement.
 
La gloire du monde passe,
Des oiseaux passent dans leur vol,
Il pleut de feuilles mortes.
 
Lui seulement,
Qui m’a donné son nom ne passe pas.
 
Il ne vient que
Pour allumer la lampe.
 
 
MELANCOLIE D’AMORE
 
Il y a belle lurette
Que t’es partie si loin.
La parole est muette,
Elle ne me laissa rien.
 
Peut-être dans les hauteurs
Flotteras-tu ravie,
Garde ton bonheur
Quel jour on est j’oublie.
 
Fait-il chaud chez toi
Ou froid comme chez nous
En rêvant parmi les nuages
J’oubliais la boue.
 
Te dire de revenir,
Soumise créole,
Je ne saurais agir,
Mais dite est la parole.
 
Je voudrais que tu danses,
M’entendre tu ne peux
Je me trouve bien ici,
Mais les yeux pluvieux.
 
Même le vers se brise
Barrique sans éclat
Ne le reconnaîtras,
Je ne suis plus moi.
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
 http://wp.me/p1wz5y-th

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