Archives de Catégorie: Ştefan Augustin Doinaş

Ştefan Augustin Doinaş – Ce jour on se sépare


Ce jour on ne chante plus, ni on se marre.
Debout au début d’une charmeuse ère
ce jour on se sépare
tel que les eaux se séparèrent des terres.

Tout est si naturel dans notre pensée.
Chacun se  dit : C’est tout ce qui devait arriver …
Près de nous, l’ombre bleutée
témoigne des réfléchies vérités.

Sous peu de temps tu seras l’azur des marées
moi je serai la terre avec toutes les errances.
Des grands oiseaux te chercheront aux orées
portant dans la gorge arômes, pitance.

Les gens penseront que nous sommes adversaires.
Entre nous deux, le monde se tiendra figé
comme une vieille forêt centenaire
remplie de bêtes en fourrure rayée.

Personne ne saura qu’on est tout proches et frêles
et que, le soir, mon être entier,
comme une rive qui par l’eau se modèle,
prend la forme oubliée de ton corps altier.

Ce jour on ne s’embrasse pas, ni on se désire.
Debout au début d’une charmeuse ère
ce jour on se sépare
tel que les eaux se séparèrent des terres.

Sous peu de temps tu seras du ciel un ourlet,
moi je serai le soleil noir, un sol gras.
Sous peu de temps le vent aurait soufflé
Sous peu de temps le vent soufflera …
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain =

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Chasse au faucon – Ştefan Augustin Doinaş

à l’aube quand la dernière étoile partait
si lasse de toute prouesse insensée
un prince épris de chasse racontait
son clerc prenait l’histoire sous la dictée
 
« plus forte dans la soumise par moi ère
il n’y a pas, de toute histoire qui existe »
– illustre sire ! ma plume est singulière
au lieu de « forte » écrit en larmes « triste »…
« dehors l’astre du jour parmi les nues
sonnait des vieux airains comme l’orphéon
– votre altesse ! cette plume farfelue
écrit « dedans » mais « dehors » ne le veut onc …
« aussi ardent que dans son contenant
le battement de mon sang je le sentais :
une flamme dans de l’huile se ravivant »
– bon maître ! ceci fût très bien noté …
« le faucon attendait inassouvi
l’œil jaune comme la lune, depuis quat’jours»
– soyons plus justes à son égard, bailli !
« depuis quat’jours » mais pas : « depuis toujours »…
« dans son étroite cage sans pardon
privé de ciel, flemmard, il se mourrait »
– grand sire, on imagine des horizons ! …
et dans la cage un fort éclat brillait
« pareil que lui, me languissais du ciel
pour assouvir mes volontés sereines »
– maître ! l’envie de la grandeur est telle
tant la faim est plus grande que la bedaine …
« je l’ai sorti de son lacet » – mais non …
« sachant, sentant comme le gant il me mord
le bec féroce rempli des passions »
– c’est vrai ! mais sur son but final tu as tort …
« l’espace entier semblait écervelé
même si on ne sentait la moindre brise »
– maître ! il n’est pas bien de te berner :
le soi-même l’être entier défrise …
« les rabatteurs figeaient tous des sourires
de chiens fidèles montrant leur zèle rance »
– illustre sire ! la racaille peut sentir
quand la haine de la cour la meute lance …
« j’étais si grand » – oh, tel un nain bizarre !…
« comme un topaze le ridicule espace
crachait brillance dans mon annulaire
– mais sire ! ce n’était pas anneau de noces …
« mon rêve était d’une grande proie qui se passe
de tout éclat soudain d’ailes mortelles »
– ton rêve est celui-là, que tu remplaces
par ton obscur emblème l’étoile si belle …
« il me semblait poursuivre dans ma cage
dans une chasse qui tout bon sens dépasse
un oiseau qui décolle d’un rivage
qui me reflète mon être dans l’eau lasse
qui me surpasse et tout le temps me suit
en divaguant d’une aile rythmée légère
le miroir oublié d’un temps proscrit
lequel concentre les moments éphémères
en m’embaumant de sacrements autour :
plaines et armées puis donjons et duchés
se prosternaient, hurlant devant ! je le jure
je chassais par des journées claires, tranchées
par mon haleine mon être respirait
comme ce faucon qui retrouvait le vrai
destin fantôme d’un prince au rabais
mais dans lequel l’empereur est réveillé
j’étais trop exalté pour voir à temps
que mon faucon périt dans les nuages
mais là je sens que mon bon adjudant
lui – le chasseur de toutes mes images
des voûtes aux aigles et rapaces soumis
il me répand le nom, au ciel le crie »
– c’est faux, sire ! car le faucon est ici
posé sur mon bras, et son aile écrit.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez l’original en roumain :

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Le sanglier aux crocs argentés – Ştefan Augustin Doinaş

Un prince du Levant amoureux de la chasse
Suivait son chemin par la sombre forêt.
Peinant à couper dans les buis une trace
Siffla dans une flûte en os et disait :
– Ensemble chassons dans les bois sans relâche
le sanglier au crocs argentés, si hideux,
qui change toujours dans le trou qui le cache
sabot et fourrure et son œil vitreux …
 
– Bon Maître, disaient les servants de battue
celui de sanglier il ne vient point par là.
Vaut mieux de rabattre le cerf, qu’on le tue,
ou les renards rouges, même le lièvre ira …
Mais le prince passait souriant et volage
les teintes des arbres des ses yeux admirant,
laissant dans sa couche la biche si sage
et le lynx qui rit de ses yeux étincelants
Sous les hêtres il poussa légèrement les fougères :
– Voyez comme il laisse sa marque pour moi
le sanglier au crocs argentés, sans mystères,
allons le piquer à la flèche de bois !…
– Bon Maître, c’est l’eau qui clignote sous le bois,
disait le jeune page au regard insolent.
Mais lui rétorquait en tournant : – Oh, tais toi…
Et l’eau clignotait comme un croc en argent.
Sous les aulnes, il hâtait des battues dispersées :
– Voyez comme renifle et gratte les bruyères
le sanglier au crocs argentés, des contrées :
allons le frapper d’une flèche en fer !…
– Bon Maître, c’est l’herbe qui crisse sous les bois,
disait le jeune page hardi et souriant.
Mais lui rétorquait en tournant : – Oh, tais toi…
Et l’herbe luisait comme un croc en argent.
Sous les pins, il cria haranguant vers les cimes
– Voyez ou il trouve son repos et son lieu
le sanglier au crocs argentés, des abîmes :
allons le frapper d’une flèche de feu !…
 
– Bon Maître, c’est la lune luisant sur les bois,
disait le jeune page en riant, méprisant.
Mais lui rétorquait en tournant : – Oh, tais toi…
Et la lune brillait comme un croc en argent.
Mais hélas ! sous les pâles astres des nues
il était vers les vêpres sur la source penché,
quand l’immense sanglier, de ses crocs le tue
en le piétinant sauvage dans le rouge gravier.
– Quelle bête étrange me tue de mort lente
mettant fin à la chasse de mon sanglier ?
Quel oiseau funèbre dans la lune crie plainte ?
Quelle feuille flétrie ne cesse me chatouiller ?
– Bon Maître, le sanglier au crocs d’argent poli,
lui-même te tua, en grognant, sous les bois.
Ecoute, tes limiers aboient le hallali …
Mais le prince rétorqua en tournant : – Oh, tais toi…
Plutôt prends le cor et donne le holà
Et sonne jusqu’à ma mort, vers le ciel des dieux…
Alors sous les crêtes la lune se coucha
Et le cor sonna, sonna … mais si peu.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain :
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