Archives de Catégorie: Virgil Mazilescu

Trois poèmes – Virgil Mazilescu

 
Poésie très ancienne
 
amie d’enfance timide comme la mort des colombes lorsque dans des années par hasard nous nous apercevrons dans une rue frémissante entre la librairie et le célèbre café des étudiants et autres acteurs barbus ou dans le tramway : au long d’une immortalité de quelques arrêts tu m’enlaceras blonde et toute en larmes saurais-je te dire encore qui je suis ?
muré dans les épines de la rose, épines sans piquant après tout cet amas de jours et de rouge éloignement
 
Même le sourire
 
elle est la femme de mon rêve. du temps que je traversais
une zone blanchâtre laiteuse durant les plus jeunes années
l’absence et le bouclier de la sagesse, l’absence et le bouclier.
 
et soudain elle surgit. une bouchée d’air pur (tu aurais dit)
son sang de partout et depuis toujours. ses jambes
comme deux longs appels de la mort sur le sable.
 
et une vraiment effarante précision. même le sourire.
 
Dors mon amour
 
pleurs dans la ville : des mains effarées changent en secret leur couleur
et une nuit de plus isabelle appartiendra à la justice des sables
(le souffle du chevalier entre chevaliers est le plus jaune)
 
et le matin près au château – si l’on entendrait des chants : une clef sur les lèvres, eh oui,
et sur la trahison. doux éclat. le sel amassé aux portails. pensait à
jouer plus charmant (le chevalier en gros dépôts est le sang)
 
tu dors mon amour. je suis seul j’ai inventé la poésie et je n’ai plus de cœur.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-rL
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le soleil crie et tombe en feuillages – Virgil Mazilescu

le soleil crie et tombe en feuillages
dans l’unique parc de la ville
les enfants de la ville grandissent lentement
sans peur à l’ombre des nourrices
qui font du crochet ici depuis plusieurs décennies
les enfants de la ville grandissent – habillés
de l’écorce des tilleuls tondus comme les écoliers
les nourrices font du crochet vaillament pour personne
dorment-elles aux yeux de lapin pour personne
et moi par ici – glorieux et les mains aux poches
je regarde tout simplement
je sais qu’en automne il suffit de regarder
la distance entre l’arbre et la disparition

une heure après j’invente ce mot vert
comme ton oeil vert en trois mers en même temps

***

Du volume poésies – 1968

traduit du roumain par Tudor Miricã

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lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-2U

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je venais d’organiser une attaque subtile – Virgil Mazilescu

je venais d’organiser une attaque subtile
quand à ma porte frappa la bien-aimée
quand je lui ouvris avec la foncée
ma main droite
après quoi
j’ai continué mon jeu des échecs
justement je souriais justement je tordrais
en extase le cou de la reine
oh ma jeune pauvre pauvre reine
à peine murmura-t-elle la prière des pièces des échecs
laquelle parfois disent aussi les soldats de plomb
et vie torde-nous nos cous
bois chair tentation mène-nous amen

*

traduit du roumain par Tudor Miricã

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http://wp.me/p1wz5y-34

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vieillards avec permis de passage – Virgil Mazilescu

vieillards avec permis de passage
guettent mon retour au rivage
hihihi le voilà hohoho le voici
ainsi fut-il écrit de s’étioler
comme un médicament ma gloire sur les mers

la lumière d’un cri parmi les vagues la nuit comment se fait-il
qu’à eux seuls les aveugle
et salut ne peut même pas exister dans ce monde
pour toi pauvre marin

hihihi ils viennent vers toi délaissés de tout
le guet de chats du monde
hohoho et ils te prennent
en t’encorporant
à une glorieuse machine chargée d’hurlements

*

traduit du roumain par Tudor Miricã

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http://wp.me/p1wz5y-2Z

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ils mangeaient à une table longue et riche – Virgil Mazilescu

ils mangeaient à une table longue et riche
comme il est
de coutume par nos côtés levantines et
je peux dire qu’ils m’ont accueilli d’un trouble
salut
comment ne pas m’accueillir d’un trouble salut
ils mangeaient
que voulez-vous qu’ils fassent
mais plus tard ils m’ont enveloppé dans un journal
et distraits ils m’ont fourvoyé en pleine mer
que voulez-vous qu’ils en fassent
ils ont rêvé trois jours et quatre nuits
des îles aux belles épouses
et les épouses c’est connu sont pareilles que l’âme
mais plus tard ils m’ont trouvé dans le ventre du poisson
ils fendaient l’un après l’autre les ventres des poissons en me cherchant

que voulez-vous qu’ils en fassent
les amis

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Du volume poésies – 1968

traduit du roumain par Tudor Miricã

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http://wp.me/p1wz5y-2O

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j’ai oublié ma maison et mon nom – Virgil Mazilescu

(1942 – 1984)
Poète roumain plus où moins lié au groupe onirique,
structuralement bohème
(ce que, d’ailleurs, lui avait bien approché la fin).
Mais ceux qui l’ont mieux connu prétendent
qu’en aucun cas ils ne pourraient pas l’imaginer
vieillissant ; ou en utilisant les majuscules...
***
j’ai oublié ma maison et mon nom

j’ai oublié ma maison et mon nom c’est fatigant
de connaitre tout le temps son nom par coeur
ô grigore dumitru iulian la porte d’entrée
s’ouvrait-t-elle vers l’intérieur ? et le chien noir du voisin
dites-vous qu’il mord ? et je ne devais pas marcher par temps
de gel
la tête nue à travers le forêt de noisetiers ? j’ai
oublié
j’ai eu tout mon temps pour oublier du cerveau jusqu’aux doigts
ici près du danube des oiseaux en tout genre
m’entourent
des moineaux oies sauvages espèces rares de cigognes
et mon amour pour eux s’ouvre
comme un port hospitalier
l’hiver scythique peut-il venir
j’existerai encore et je voyagerai plus
loin écho
des deux parents honnêtes rêverie de cygne
entendez : la vie : des étoiles creusant lentement la plaine
*

Du volume poésies – 1968

traduit du roumain par Tudor Miricã

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http://wp.me/p1wz5y-2I

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