La roue – George Alboiu

Quatre roues quatre trotteurs deux du ciel deux de l’enfer,
mais le bonhomme les menant, il oubliait depuis quand.

Sa chaussée
suit la Voie Lactée.

Deux roues rien que deux routards un aveugle l’autre serré
dans la griffe du busard le vieux busard ailé.

Herbes gloutonnes en automnes rien qu’une roue et un poilu en haut un busard qui beugle portant l’ombre du cheval aveugle.

Rien qu’une roue et un seulâbre dans la plaine sans un arbre.
Rien qu’une roue et une ruine dans la plaine sans colline.

Rien qu’une roue
rien qu’une allée
dans la plaine
sans vallée.
L’homme porte
sur ses épaules
sa roue comme c’était l’obole
du Seigneur
le grand porteur.
Il y croit en
cette vallée
celle roue
va le porter
aux confins
de son fin.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/10/roata-george-alboiu

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Malédiction – Emil Brumaru

Sous les barreaux que le matin t’emmure
Jusqu’au coucher, ô douce tourmentée.
Le soir, en mijotant ta confiture,
Qu’un potiron te donne la fessée.
.
Dessus mets-en que des couettes pleines
De toison d’or; les anges qui décollent,
Disperseront que des odeurs sereines
De crêpes qui remontent et consolent.
.
Agneaux tristes et seuls, des lieds suaves
Te bercent le réveil. Les séraphins
Qu’ils te calfeutrent vite en hardes graves,
Pour que tu ne puisses regarder tes seins!
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/08/blestem-emil-brumaru

 

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Villon – Vasile Voiculescu

Fameux errant, poète qui vides les coches,
Qui as fourré le sacerdoce aux gaines,
D’une main tu fouilles des braves gens les poches,
D’une autre, à la Vierge, le culte tu tiennes.

Comme un vieux loup, autour des bergeries,
Tu tournes près des boutiques aux jambons,
En les humant très appliqué, et puis
T’enfonces en elles tes forts doigts gloutons.

Mec des faubourgs qui sa proie traîne en rade,
Fêtard usé aux rêve étincelant,
T’aiguises comme un vaurien, aciers, ballades,
Dans nos poitrines, après, les enfonçant.

Disciple cher des bagnes, bonne nature,
Aminche des anges perdus, récalcitrants,
Tu traînes dans les recoins de la luxure,
Pleurer les filles et les neiges d’antan.

Au cou des aubes, tu t’en vas danser,
Au son des chœurs, des musiques bordéliques…
Ton âme est une foire déchaînée
Au cœur d’une immense basilique.

Tu m’apparais, maître en chapardages,
Pilier d’auberge, rebelle des lois très tôt,
Traîné dans les geôles en fleur de l’âge
Grinçant sous le fouet du grand prévôt.

Dépensier comme personne n’ose,
Immense vaurien bâti en or comptant,
Tu aimes ta vie, quand elle est malheureuse
Et meurs, mon cher pouilleux, en espérant.

Pendant qu’ils haussent sur le gibet ta poire
En fourches te montent, comme un mécréant,
Toi, le malin, volant un tas de gloire,
Sur l’escabeau des rimes tu montes le temps.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/06/villon-vasile-voiculescu

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Deux poésies – Constantin Călin (1945 – 2006)

Être un poète, c’est quoi ?

Costi était mon ami. Parfois, lors de nos rencontres, il me récitait de ses poésies. En saccadant, comme le font les poètes. Une fois, je lui ai demandé le manuscrit: je voudrais les sentir à ma manière, pas à la sienne. Il me donna un cahier réglé où les poésies étaient écrites sans effaçures. Je lui ai dit que j’aimerais mieux voir les brouillons, ceux qui rendent compte du travail fait. Il m’a répondu qu’il n’a pas d’autre. Qu’il n’écrit rien avant d’avoir la poésie toute entière dans sa tête.

Sachant la manière dont je tourmentais un texte jusqu’à être content, j’ai réfléchi . C’est comme ça que fait le poète : il transfère la poésie de l’âme à la pensée en tous ses détails, pareil au sculpteur qui dévoile la statue du bloc de marbre. Et seulement quand tout devient clair, quand rien ne peut plus être changé, il l’écrit.

Maintenant, quand je le traduis, je comprends mieux tout ça.

Tudor Mirică, avril 2017

*

Pressentir

Seul et avec rarement assez de courage j’ai attendu la neige
moi, dans une cathédrale de nerfs, en balbutiant :
tout peut être pressenti un jour de janvier,
sous le blanc, quand on ne sait plus rien
et en tenant compte tu écoutes l’arbre
en hibernation.
Oh, peur que j’ai d’une logique du mécanisme-oiseau
qui en automne part pour le sud,
d’une livide vérité, comme quoi au monde
toutes les miracles se chevauchent, par paires, en tanières
et enfantent des petits vivants, la nuit, en hurlements.

*
A cette journée

Je m’incline devant le fou nourrissant les pigeons, depuis sa fenêtre,
pour lui, voilà, lui est dimanche et seulement
le dimanche peut encore être une Venise et seulement
le dimanche on peut encore
ensemencer Acropoles parmi les faubourgs.

A cette journée des acrobates entre la terre
et un trapèze des golfes aux orangers,
à cette journée de voyages dans les femmes de la semaine,
– oh, elle n’existe que
parmi les vivants des cimetières –
à cette journée je m’incline, pareil au fou
nourrissant les pigeons dans une vie à soi imaginée.

janvier 1967

*

Traduit du roumain par Tudor Mirică

*

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Classé dans Constantin Călin

Après une lecture de Eminescu … – St O Iosif

Je lis … Sous ma paupière s’écoulera
Brillant en bas, au long de mon visage,
Une larme … et je te relis encore, sage
Comme si je te lisais pour la première fois !

Quels horizons nouveaux, que tu m’éclaires
Du rayonnant génie de ton esprit !
Un monde idéal tu me génères
Par-dessus tout, jettes un suaire maudit
Si sombre voletant haut, dans les airs…

Et les cordes sous une neige de pétales
Soupirent comme en rêve, touchées à peine
Par tous tes doigts si pâles et si froids,
Par tous tes doigts si froids et si pâles…
sous ta main maîtresse gémissant…
Ton front tu le couronnes de lauriers,
De lys, de nénuphars, bruyères ambrées,
De rosiers ramassés dans des près…

Flottant aux cimes par tes ailes porté,
Enveloppé en nues, tu mets ton sort
En sainte apothéose de la mort…
Tu peux inscrire le nom que tu portes
Aux pages du livre de l’immortalité…
Tant qu’on engendrera un chant humain,
Un vers si doux qu’il en réchauffe le cœur
De la plus petite et humble des demeures
Dans ce glorifié parler roumain !
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
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Classé dans Stefan Octavian Iosif

Le pommier près la route – Mihai Beniuc

Pommier suis-je, près la route et sans barrière.
Je porte mes rouges pommes qui brûlent fières.
Errant, prends-en de mes fruits et sans honte,
Car à personne tu ne rendras compte.
Et si jamais tu voudrais dire merci,
Dis-le à la terre dont je suis sorti.
C’est le pays qui près son sein nous tient
Nous nourrissant les deux par tout son bien.
Quand le printemps me chauffe de son ardeur
Je ne suis qu’un foisonnement de fleurs,
Et quand l’été de son jus m’abreuvera
Mes branches feront révérence jusqu’en bas,
En témoignage de mon dévouement,
Pour ceux à qui je montre sentiment.
Lorsqu’en automne, de fruits mes bras sont lourds,
Je m’offre aux humains avec amour.
Et quand mes feuilles-bijoux viennent de tomber
Et d’un manteau de neige je suis paré,
Je serre très fort la terre dans mes racines
Faire front au vent qui plie mes origines.
Et chaque année je suis plus généreux
Et chaque année donner je suis heureux.
J’aime les enfants qui bercent dans les rameaux
Portant au cou des brins de saints flambeaux.
Et j’aime pareil les jeunes filles pucelles
Touchant l’échelle de leurs jambes belles,
Pleins le giron et leur sein de fruits mûrs,
Riant toutes rougissantes de plaisir.
Alors j’oublie tous ceux qui ont jeté
Des pierres dans ma couronne cet été,
Et me rappelle le printemps passé, quand
Près de mon tronc deux jeunes, s’embrassant,
Cueillirent mes fleurs, qu’elle mit dans ses cheveux
Et lui dans son chapeau, beau comme un dieu.
Pommier suis-je près la route et sans barrière.
Je porte mes rouges pommes qui brûlent fières.
Errant, prends-en de mes fruits et sans honte,
Car à personne tu ne rendras compte.
Et si jamais tu voudrais dire merci
Dis-le à la terre dont je suis sorti.
C’est le pays qui près son sein nous tient
Nous nourrissant, les deux, par tout son bien.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain=

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il fût un soir et des arbres – Silviu Dachin

un serpent vint alors monté de toutes pièces

femme dit-il gentiment
il nous manque de choses je sais
mais regarde toi-même autour de toi
il y a du soleil

il monta dans l’arbre et attendait

regarde dedans c’est vert c’est bleu printemps
allez ne me regarde pas comme ça
pensez-y peut être il n’y a pas de porte
or il y en a mais derrière il n’y a rien

il sifflait de mieux en mieux le parler humain

si je te suis
il ne faudrait pas que tu questionnes de la sorte
car rien de mal n’y arrivera
tiens je vais monter un mur tout autour

que dire encore demandait-il qu’est-ce qu’il faut que je dise encore

nulle part
je ne suis nulle part
elle n’y est non plus
il n’y a que des arbres ici
rien que ça
*
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https://versionroumaine.wordpress.com/2017/04/28/a-fost-o-seara-si-pomi-silviu-dachin

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