Femmes de la terre – George Alboiu

Dans la nuit partaient les hommes
chez les femmes de la terre enterrées aux champs
juste les seins dehors
les tétons dans la rosée trouble.
Se penchaient et creusaient les champs
le sang des paumes devenu impatient couteau.
Chacun voulait sortir de la glèbe une femme
vivante, couverte de terre saine
et la porter à la maison.
Les fronts murmuraient un chapelet de silence
et frissonnaient cognés d’un baiser
tel une feuille qui s’est étouffée d’un galet.
Puis ils bondissaient éreintés –
dieux noirs dans une conjuration de la nuit –
et partaient portant sur l’épaule courbée
chacun une femme de la terre
qui en route rendait son âme.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain =
https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/19/femeile-pamantului-george-alboiu

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Classé dans George Alboiu

Trois Nocturnes – Constantin Călin

Nocturne no. 1

Mais, je ré-évoquerai, près de n’importe quel pouvoir resta
éternellement triomphante, à noyau, la pêche,
comme la fenêtre sublimement se ferme et reste une cicatrice,
comme l’été et l’été et l’été tâtonne de naître,
comme, moi même, ébahi de douleur, j’accepte
ce navré méridien sous mes semelles,
comme la nuit l’on suppose.
Je déchois.

Nocturne no. 2

Pharmaciens, enfants, visiteurs de musées,
oiseaux et exercices, n’importe quand
le monde se recomposerait de cinq
éléments primordiaux,
même selon le caprice du soûlard écervelé,
eh bien, conformément à ces veines, par lesquelles
la solitude circule;

oh, il fait soir à l’endroit où je vais,
je suis soupçonné, suis attendu d’un oiseau
célèbre, qui renaît.
(Par hasard.)

Nocturne no. 3

C’est quoi cela bienveillance
de l’espace d’où l’on a diminué un arbre,
où restent, où halètent des tours
pour l’œil, pour la joue, pour l’os…
Le soleil vient des mers sur la muraille
devant la fenêtre, naît
par des jaunes,
de sa devanture moi seul je pars
en monuments, en immortelles bûches
mon âge s’arrête,
moi seul, amoureux de sable, dans un vaste crématoire,
sans douleur je serai, parce que
c’est quoi cela bienveillance, au fait
c’est quoi celui
soleil ?

juin – octobre 1967
*
Traduit du roumain par Tudor Mirică
*
Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/13/trei-nocturne-constantin-calin

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La roue – George Alboiu

Quatre roues quatre trotteurs deux du ciel deux de l’enfer,
mais le bonhomme les menant, il oubliait depuis quand.

Sa chaussée
suit la Voie Lactée.

Deux roues rien que deux routards un aveugle l’autre serré
dans la griffe du busard le vieux busard ailé.

Herbes gloutonnes en automnes rien qu’une roue et un poilu en haut un busard qui beugle portant l’ombre du cheval aveugle.

Rien qu’une roue et un seulâbre dans la plaine sans un arbre.
Rien qu’une roue et une ruine dans la plaine sans colline.

Rien qu’une roue
rien qu’une allée
dans la plaine
sans vallée.
L’homme porte
sur ses épaules
sa roue comme c’était l’obole
du Seigneur
le grand porteur.
Il y croit en
cette vallée
celle roue
va le porter
aux confins
de son fin.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/10/roata-george-alboiu

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Malédiction – Emil Brumaru

Sous les barreaux que le matin t’emmure
Jusqu’au coucher, ô douce tourmentée.
Le soir, en mijotant ta confiture,
Qu’un potiron te donne la fessée.
.
Dessus mets-en que des couettes pleines
De toison d’or; les anges qui décollent,
Disperseront que des odeurs sereines
De crêpes qui remontent et consolent.
.
Agneaux tristes et seuls, des lieds suaves
Te bercent le réveil. Les séraphins
Qu’ils te calfeutrent vite en hardes graves,
Pour que tu ne puisses regarder tes seins!
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/08/blestem-emil-brumaru

 

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Villon – Vasile Voiculescu

Fameux errant, poète qui vides les coches,
Qui as fourré le sacerdoce aux gaines,
D’une main tu fouilles des braves gens les poches,
D’une autre, à la Vierge, le culte tu tiennes.

Comme un vieux loup, autour des bergeries,
Tu tournes près des boutiques aux jambons,
En les humant très appliqué, et puis
T’enfonces en elles tes forts doigts gloutons.

Mec des faubourgs qui sa proie traîne en rade,
Fêtard usé aux rêve étincelant,
T’aiguises comme un vaurien, aciers, ballades,
Dans nos poitrines, après, les enfonçant.

Disciple cher des bagnes, bonne nature,
Aminche des anges perdus, récalcitrants,
Tu traînes dans les recoins de la luxure,
Pleurer les filles et les neiges d’antan.

Au cou des aubes, tu t’en vas danser,
Au son des chœurs, des musiques bordéliques…
Ton âme est une foire déchaînée
Au cœur d’une immense basilique.

Tu m’apparais, maître en chapardages,
Pilier d’auberge, rebelle des lois très tôt,
Traîné dans les geôles en fleur de l’âge
Grinçant sous le fouet du grand prévôt.

Dépensier comme personne n’ose,
Immense vaurien bâti en or comptant,
Tu aimes ta vie, quand elle est malheureuse
Et meurs, mon cher pouilleux, en espérant.

Pendant qu’ils haussent sur le gibet ta poire
En fourches te montent, comme un mécréant,
Toi, le malin, volant un tas de gloire,
Sur l’escabeau des rimes tu montes le temps.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/06/villon-vasile-voiculescu

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Deux poésies – Constantin Călin (1945 – 2006)

Être un poète, c’est quoi ?

Costi était mon ami. Parfois, lors de nos rencontres, il me récitait de ses poésies. En saccadant, comme le font les poètes. Une fois, je lui ai demandé le manuscrit: je voudrais les sentir à ma manière, pas à la sienne. Il me donna un cahier réglé où les poésies étaient écrites sans effaçures. Je lui ai dit que j’aimerais mieux voir les brouillons, ceux qui rendent compte du travail fait. Il m’a répondu qu’il n’a pas d’autre. Qu’il n’écrit rien avant d’avoir la poésie toute entière dans sa tête.

Sachant la manière dont je tourmentais un texte jusqu’à être content, j’ai réfléchi . C’est comme ça que fait le poète : il transfère la poésie de l’âme à la pensée en tous ses détails, pareil au sculpteur qui dévoile la statue du bloc de marbre. Et seulement quand tout devient clair, quand rien ne peut plus être changé, il l’écrit.

Maintenant, quand je le traduis, je comprends mieux tout ça.

Tudor Mirică, avril 2017

*

Pressentir

Seul et avec rarement assez de courage j’ai attendu la neige
moi, dans une cathédrale de nerfs, en balbutiant :
tout peut être pressenti un jour de janvier,
sous le blanc, quand on ne sait plus rien
et en tenant compte tu écoutes l’arbre
en hibernation.
Oh, peur que j’ai d’une logique du mécanisme-oiseau
qui en automne part pour le sud,
d’une livide vérité, comme quoi au monde
toutes les miracles se chevauchent, par paires, en tanières
et enfantent des petits vivants, la nuit, en hurlements.

*
A cette journée

Je m’incline devant le fou nourrissant les pigeons, depuis sa fenêtre,
pour lui, voilà, lui est dimanche et seulement
le dimanche peut encore être une Venise et seulement
le dimanche on peut encore
ensemencer Acropoles parmi les faubourgs.

A cette journée des acrobates entre la terre
et un trapèze des golfes aux orangers,
à cette journée de voyages dans les femmes de la semaine,
– oh, elle n’existe que
parmi les vivants des cimetières –
à cette journée je m’incline, pareil au fou
nourrissant les pigeons dans une vie à soi imaginée.

janvier 1967

*

Traduit du roumain par Tudor Mirică

*

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https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/02/doua-poezii-constantin-calin-1945-2006

 

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Après une lecture de Eminescu … – St O Iosif

Je lis … Sous ma paupière s’écoulera
Brillant en bas, au long de mon visage,
Une larme … et je te relis encore, sage
Comme si je te lisais pour la première fois !

Quels horizons nouveaux, que tu m’éclaires
Du rayonnant génie de ton esprit !
Un monde idéal tu me génères
Par-dessus tout, jettes un suaire maudit
Si sombre voletant haut, dans les airs…

Et les cordes sous une neige de pétales
Soupirent comme en rêve, touchées à peine
Par tous tes doigts si pâles et si froids,
Par tous tes doigts si froids et si pâles…
sous ta main maîtresse gémissant…
Ton front tu le couronnes de lauriers,
De lys, de nénuphars, bruyères ambrées,
De rosiers ramassés dans des près…

Flottant aux cimes par tes ailes porté,
Enveloppé en nues, tu mets ton sort
En sainte apothéose de la mort…
Tu peux inscrire le nom que tu portes
Aux pages du livre de l’immortalité…
Tant qu’on engendrera un chant humain,
Un vers si doux qu’il en réchauffe le cœur
De la plus petite et humble des demeures
Dans ce glorifié parler roumain !
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/04/28/dupa-o-citire-din-eminescu-st-o-iosif

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Classé dans Stefan Octavian Iosif