Archives mensuelles : avril 2015

Le Soleil et la Lune – Dana Banu

LE SOLEIL à travers le rideau

non tu n’as pas beaucoup changé jeune beauté
tu sursautes au son des pas de personne au parquet
tes menues histoires déjà dans les rides sont cachées
blanche et triste et esseulée
non tu n’as pas beaucoup changé jeune beauté

tu encadres le ciel en rideau tu en couvres la baie
le soleil se promène par l’âge de ta saison
de quoi te réveilles-tu la nuit regardant vers nulle part
jeune beauté
blanche et triste et esseulée

cette chanson manque bien de maturité
ce n’est qu’un rideau du jour vers le lendemain
une chanson qui se dit timidement
lorsque seule a table tu lèves les yeux
et tu le vois lui le lointain
grand et secret trop vaste pour un bouquin
là le soleil pénètre le rideau soudain
et sa chanson au-delà de la plaine russe
et des montagnes de chez nous
pour toi seulement
jeune beauté
blanche et triste et esseulée

LA LUNE sur les toits blancs de la ville

toujours plus et plus profond le noir se met à couvrir la lumière
je vois les gens qui s’éloignent des gens
je vois les nuages filant seuls dans le ciel
partent et plus jamais ne retournent chez nous
dans leur traine s’ouvrent les fenêtres du monde

petites années au-delà des grandes années
journées inutiles au-delà des nuits qui attendent qu’on les oublie
journées calmes de l’hiver la neige brillant au soleil
la chaude buée sortant des égouts le sourire gêné
puis au-delà de tout l’image d’un homme qui ne cesse de t’ériger des igloos
dans un pays lointain où l’on ne sait si tu pourras encore te rendre

quelque part sur les toits blancs de la ville
la lune
comme un couteau planté au milieu de la table
pour le moment d’après
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain =

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formes abstraites de relief – Dana Banu

du ciel si tu regardes bien tu peux remarquer des gens avec leurs casseroles vides
suivant d’énormes queues pour leur soupe du jour
ils se disent souvent les poètes s’habillent menu
et avec des souliers rouges qui brillent au loin
dans leurs besaces presque toujours tu trouves la miche de pain sec du pèlerin
un broc pour l’eau des fontaines creusées toujours au bord de la route
en pleine canicule
des feuilles desséchées de thym et un bout de ficelle
qu’ils comblent avec peine de nœuds pour leur bon souvenir
ces gens-là n’ont aucune frontière ni ombre ni peur
dans leur contrée l’aveugle voit le sourd entend et les réverbères brillent dans les après-midis brulants
ils ont toutes sortes d’objets volants non identifiés dans leurs poches
tant de fois ils s’y confondent
alors ressortent des cercles carrés des eaux lilas et des montagnes bleues
ils portent le haut-de-forme des tennis ont de fins mouchoirs en batiste
et trois lapins gracieusement dansent devant
lorsqu’ils passent en longues colonnes vers la lune
le sourire blasé des gens leur pose toujours des couronnes d’épines sur le front.
le sang brille les plaies font mal
ils disent c’est un signe de vie et rient si contents
la nuit érige des cités au soleil
le jour se chauffent à la lumière d’une lune parfaite
se reconnaissent entre eux et à leur table toujours c’est la fête
ils font souvent le troc de leur vie pour quelques amis
et un kilo de menthe sauvage
au premier chant du coucou restent si seuls et si purs
comme si tout cela n’était suffisant
au mort des gents leurs érigent des statues aux yeux de diamants et rubis
alors viennent les pigeons dormir béats sur leurs épaules
du ciel si tu regardes tu verras tout le temps
des gens comme des formes abstraites de relief qui brillent dans le désert
ils sont les poètes bohèmes de la flamme
qui un de ces jours jamais arrivés dévastera le rien
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Traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain=

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Des mots abîmés – Tudor Arghezi

Tous
Mes mots sont tordus
Se sont soûlés
Tu vois ? Sont debout, sont tombés.
Ils ont voulu courir et jouer
Mais l’ivresse les bouscula de ce coté.
Ne savent plus c’quelles disent encore pire
Sont malades de rire

Mes mots se sont abîmés !
Pataugent en marais étoilés
En étain
En quête de leur destin,
Et voudraient en cueillir des fruits
Gênés et ébahis
Dans les saules à peine drus.

Ne cajole plus mes mots, veux-tu,
Qu’elles ne content plus fleurette
Tes lèvres bêtes.
Que jamais plus ne leur chantera
Ta voix.
Et tes doigts sur l’ukulélé

Enlève-les !
*
traduit du roumain – Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain=

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