Archives mensuelles : octobre 2013

L’assistante non-médicale – Petre Anghel

Les flocons dansent sans partition,
Il n’y a qu’eux à comprendre la flemme,
Même si la chaleur les transformerait
En vagues

Si maman me chanterait
Fais dodo, mon bébé adoré,
Je me réveillerais et partais en courant
Vers toi.

Tu est née la leçon déjà apprise
Ma Créole
Tu sais guérir les blessures
Sans hospitaliser.

Les visites au domicile
Sont comme le miel sucé à la ruche.

Aujourd’hui je chanterai dans un timbre
Profond
Rroar-rroar, comme l’ours,
Et la renarde viendra
Me cajoler

*
traduit du roumain – Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain =

http://wp.me/p1wz5y-vA
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L’apocalyptique foire – Gheorghe Tomozei

Pour un minaret de la Sainte Sophie
j’ai payé quatre exupéris.
D’un seul exupéry
tu peux avoir le cercueil à la sainte Zénobie.
– C’est combien ces flacons ?
– Deux aragons.
– Nous avons saphirs, arcanson, boileaux
et d’autres joyaux :
un chénier, à la manche gravée
et une sarraute pour trois cavaliers.
– Ça vaut trois beaux chevaux ?
– Ça vaut !
Pour un butor tu auras un paquet de cinabre
et des ciseaux pour la barbusse de fabre.
On a aussi des bossuets camus.
– Veux-tu pommade fortifiante, vin chrétien de Troyes ?
– Je veux !
– Tope là !
Des filles en leur miséricorde
chantent à des villons à trois cordes
dans du torride midi le chaux
le conte des trois petits cocteaux.
L’éventaire aux poissons
se recuivre aux fénelons
et
on continue après la mort le jeu
à la foire des adieux !
Nous avons tout ce que tu veux
et veux pas
du bellay
au derridas !
Poètes, généralement sans embout,
mais surtout dépourvus de sous,
les voilà devenus, amuïs,
or, cerf, maïs.
les voilà en pléiades
aux os d’amour malades
les voilà sur le trône
à Byzantion.
La nuit, comme des fauves,
se jettent sur les fées des alcôves
en les embrassant sans contenance
à la france…
*
traduit et adapté du roumain par
Tudor Mirică
*
lisez l’original en roumain =
http://wp.me/p1wz5y-8j
 

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Promenade un jour d’été – Stefan Baciu

*
Les sapins nains au blanc matin soufflaient l’air pur
Et les hautes herbes, presque te cachaient
T’étais perdue en rosée et verdure,
En parlant aux montagnes, qui avouaient.
*
Ton pas menu et vif fermé dans une sandale,
Ton mot brûlant les lèvres et ton geste attendu.
Je sieds sur un rond de pin dans la silence totale
Qui monte en mi-journée – cet autel inconnu.
*
Quand les jours passent vite vers l’automne sans entrain
Je voudrais qu’on partage un vignoble ou un train
A regarder le nuages qui suivent leur train-train.
*
Et nous n’aurons qu’un livre, les vers de Jammes, sereins
Lisons encor ce jour, comme hier on lisait bien,
Grand-mère nous enverra le goûter, un panier plein.
*
Les strophes que je te chante sont, seulement, de doux rêves,
Mais moi, pour cet automne qui le verger innonde
Et pour toi, douce amie depuis toujours, j’enlève
Comme à l’église, mon chapeau, vers le beau ciel du monde.
***
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain =
http://wp.me/p1wz5y-vt

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Ştefan Augustin Doinaş – Ce jour on se sépare


Ce jour on ne chante plus, ni on se marre.
Debout au début d’une charmeuse ère
ce jour on se sépare
tel que les eaux se séparèrent des terres.

Tout est si naturel dans notre pensée.
Chacun se  dit : C’est tout ce qui devait arriver …
Près de nous, l’ombre bleutée
témoigne des réfléchies vérités.

Sous peu de temps tu seras l’azur des marées
moi je serai la terre avec toutes les errances.
Des grands oiseaux te chercheront aux orées
portant dans la gorge arômes, pitance.

Les gens penseront que nous sommes adversaires.
Entre nous deux, le monde se tiendra figé
comme une vieille forêt centenaire
remplie de bêtes en fourrure rayée.

Personne ne saura qu’on est tout proches et frêles
et que, le soir, mon être entier,
comme une rive qui par l’eau se modèle,
prend la forme oubliée de ton corps altier.

Ce jour on ne s’embrasse pas, ni on se désire.
Debout au début d’une charmeuse ère
ce jour on se sépare
tel que les eaux se séparèrent des terres.

Sous peu de temps tu seras du ciel un ourlet,
moi je serai le soleil noir, un sol gras.
Sous peu de temps le vent aurait soufflé
Sous peu de temps le vent soufflera …
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain =

http://wp.me/p1wz5y-vq

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Avec le temps – Ioana Bogdan

 
Si elle vivait, je lui aurais demandé à grand-mère
pourquoi grand-père avait érigé l’établi au milieu de la cour,
pour s’y rendre là chaque jour,
pendant que grand-mère tenait la maison,
 
et qu’est-ce qu’il faisait là des heures durant, entouré de clous, tournevis, marteaux et scies
accrochées aux murs, par tailles,
 
pourquoi il en sortait si rarement et juste pour arroser le jardin ereinté par la fournaise,
or m’appeler moi,
que je vienne écouter comme grignotait Piki,
ben voyons la souris qui logeait dans l’établi.

Piki ne se montrait jamais et la grande scie de grand-père me faisait peur,

je me disais que les filles n’ont rien a faire en tels endroits
desagréables,
j’ouvrais la porte en tôle et me sauvais en courant.

J’aurais pu alors demander à grand-mère pourquoi grand-père avait érigé l’établi.

Peut-être j’aurais su que parfois les hommes
ont besoin, comme les loups, de leur cache où, si besoin est, pleurer, car autrement comment
-au vu du monde où au vu de l’épouse c’est pareil-,
 
ils ont besoin de leur cache pour naître des idées
car l’homme tient derrière son cerveau un marsupium et là y fait naître des idées.

Grand-mère n’aurait rien répondu à tout cela

elle aurait dit
ch’ais pas, poussin, c’est-ce qu’il a voulu, l’établi dans la cour,
encore heureux qu’il ne court pas le jupon, comme d’autres,
mais pourquoi tu demandes, m’aurait-elle demande,
juste comme ça, j’aurais repondu, et les deux on aurait su
qu’il n’est jamais bien d’en parler du marsupium de l’homme.

Avec le temps, les choses se posent, nous vivons les dimanches seulement par la joie de l’autre
qui respire.
 
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
 
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Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-vm

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Jeu d’amour III – Darie Lăzărescu

 
 
Errer sans but dans les rues
parmi les riens de tes semblables
dans le bourg sous la maîtrise entière des
jeunes poètes/ suivre les pas d’une femme
du siècle dernier/
empreintes/ vagues effluves
senteur lavande/
savon bon marché/ odeur de pages larmoyantes d’un journal/
tomber amoureux soudainement/ mortellement/
de son trop hâtif passage à travers les années/
de ses cheveux gris/ des rides
entourant ses yeux trop éteints/
de son alliance vert-de-grisée/
de l’ombre qui traîne encore
dans ses alentours raréfies
frapper de temps en temps
à ta fenêtre du rez-de-jardin
où la nuit perdure encore une demi-heure/
une demi-journée/
une demi-vie/ madame/
je t’enlace comme ma douce journée d’hier …
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
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Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-vj

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