Archives de Catégorie: A E Baconsky

Métamorphose – A.E. Baconsky

Ni vos pensées intimes, ni les fleurs ne l’avouent,
Ni les brumes de l’automne, que j’en perds la raison –
Moi seul je l’assume et me prends pour un fou,
Quand ma vie et ma mort je mets dans une chanson.

Je brûle en mi-journée comme si j’oublie de mettre
Mes pas dans une seule herbe, une route et une porte
Que je traverserai comme la lune par la fenêtre,
Ou le silence des saules qui bordent la Mer Morte.

Ma joie est vive quand passent un an et une saison,
Quand dans des glaces obscures mon visage s’attable,
Et l’envie me revient de troquer mon chainon
Contre cui que l’océan enfouit dans le sable.

Je vis plus qu’une rosée des champs, plus longuement
Que l’oiseau des forêts et je me pense fort :
De voir l’étoile maitresse briller au firmament,
S’éparpiller cette heure de plomb dont elle ressort.

Il est matin maintenant au ciel comme une extase
Sur une face dévastée. L’aurore nous inonde…
Je grave dans mon âme comme dans une perle éclose,
En lettres de silence, l’espoir de tout un monde.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2016/12/05/transfigurare-a-e-baconsky

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans A E Baconsky

Hymne aux inconnus – A.E. Baconsky

 
 
J’ai toujours vécu parmi les humbles gens,
Inconnus et toujours mélangés à la foule,
Grands et petits, joyeux et tristes, laids et beaux,
Hardis et constamment inquiets comme les peupliers,
Affrontant les orages de leur vaste poitrine,
Ou mélancoliques rêvant de leurs ombres perdues,
Sommeillant entre les vagues regrets
Pour les choses qui n’ont eu lieu d’être
Et les futurs espoirs calmes.
J’ai été leur flûte désespérée,
Leur serein buccin du soir et la folle flûte;
Entre rires et pleurs, espérant le printemps,
Imaginant le jour selon la forme des nuages,
Aux vêpres, revenant par les ruelles obscures,
De mes années passai-je une part tout en chantant.
 
J’ai toujours vécu parmi les humbles gens,
Ceux qui des cités érigent et changent les fondements du monde –
Le vent et la pluie les poursuivent à jamais
Embrassant leurs traces. J’incline mon front,
Devant eux en témoignant mon trésor,
Je ne crie vaines paroles, voudrais-je les voir passer
A travers mon rêve comme sur un champ ouvert
Avec des horizons qui ne trompent
Qu’ils passent toujours même s’ils ne comprennent pas
Qu’ils marchent dans des terres qui leur appartiennent.
Que mon nom entièrement leur advienne
Que je reste comme la fontaine perdue dans la plaine,
Dont on n’a jamais connu le bâtisseur
Seule, entourée de peu d’ormes ou acacias,
Aux carrefours des temps.
Une raison de larmes ne serai-je à personne,
Sauf si à travers les larmes la douleur s’effacerait –
Que je sois à jamais où je suis – où je l’ai toujours été,
Chanteur errant, à travers le monde.
 
Prématurément gris – comme un saule,
Je me tiens au midi du jour hébété par tant de soleil,
Et je retourne toujours par là où je fus,
Parmi ceux sans un nom,
Et avec chacun d’eux seul je me confonds.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-up

Poster un commentaire

Classé dans A E Baconsky

Méditation en rythme de marée – A.E. Baconsky

 
photo Cindrel Lupe
 
Rien qu’en silence et pensant seul par toi-même à tout,
t’arrives à comprendre que de tous tes souhaits peu en restent près de toi,
rien que voyant comment s’allument – s’éteignent dans la nuit
tous tes sentiers égarés – rien qu’en laissant
que leur poudre t’envoûte tu sauras à la fin
que le regret est le jaune serpent qu’en rêve
tu entendais comme la rivière s’endormant à tes pieds,
s’endormant et encore se réveillant. Sans parole, sans cri :
la route que tu as foulée, que tu le cries, que tu le siffles,
ne retournera vers toi ; sa boule noire et brune
quelqu’un l’a jetée dans l’océan. Plus que tout remord
le silence est meilleur. Rien qu’en silence et pensant par toi-même
tu arrives à comprendre que le passé est une maison déserte,
pour tous
tes péchés le salut est dans le temps seulement, rien qu’en rouge,
est en hommes seulement, dans leurs faits. Silence derrière !
Tout est seulement là-devant, tout est en face. Cours et oublie,
ce que tu n’oublieras te suivra en même temps que la harde
de cerfs transparents, qui peut-être sont tes rêves.
Tout est rien que devant, le tout, les années
qui brûlent et t’accueillent en chemin.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-nj
 

Poster un commentaire

Classé dans A E Baconsky

Deux poèmes de A. E. Baconski

Prières en silence
 
Je prie à la lumière de descendre
Flottant par le forêt comme une filandre –
Aux endormis sapins me penche pour baiser
Leurs barbes longues – au feuillage tombé
Mes pas furtifs racontent à mi-voix
L’effarement du cerf qu’on prenne aux abois.
Je prie au pèlerin, au triste vent,
D’oublier si j’y existe pour autant,
Plus loin parmi les plaines qu’il emporte
La vie d’oiseau des feuilles qui sont mortes –
Je prie aux forestiers de laisser ouvertes
Les portes de toutes les bas refuges offertes,
Aux sentiers je prie de me chercher
Quand la nuit sera passée de sa moitié,
Et sur le tard je prie à la Nouvelle Lune
De lentement creuser ma tombe, ma fortune,
Quand son rayon hallucinant et froid,
Parmi les airs me conduira adroit.
Je ne prierai à personne après cela –
Verdâtre aux arbres la mousse leur croîtra
Et toutes ces feuilles qui partiront pour revenir
En leur dépourvue de fin monotonie.
*
traduit du roumain par Tudor Mirică
 
*
Transfiguration
 
Ni vos pensées à vous, ni les fleurs ne m’ont dit,
Ni les brumes de l’automne, que je serais malade
A moi seulement me semble toujours que fou je suis,
Considérant ma vie et mort comme des charades.
 
Je brûle dans la clarté du jour comme si j’oubliais
N’avoir qu’une route dans l’herbe, une route et une porte
Passé son seuil, timide comme la lune j’entrerais,
Tel le silence des saules penchant sur la Mer Morte.
 
Me réjouis quand passe l’année ou la saison,
Quand les miroirs des autres font errer mon aura
Puis le temps m’incite de changer la même passion
Ma bague pour celle du golfe que le sable enterra.
 
Je vis plus en rosée des champs, et davantage
Comme l’oiseau des fourrés et tout cela se tient :
Je vois monter l’étoile dont j’écoute le message,
Je vois se disperser l’heure de plomb là d’où elle vient.
 
Dès maintenant, le matin au cieux comme une ardeur
Sur une face ravagée. L’aurore, dès maintenant  …
J’y suis, j’incruste mon âme comme un corail, bonheur
En lettres silencieuses, l’espoir de tous les gens.
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-hz

 

Poster un commentaire

Classé dans A E Baconsky