Publicité – Alexandru Muşină

J’ai la flemme de dormir. Bien que je sois fatigué.
Je me reveillerai dans un siècle, un millénaire… Mes
Coussinets seraient, certes, changés.
Et la peinture. Mais la Mécanique stupide
Ira toujours, la même, dans l’éternité :
Amour, pitié, haine, crime, suicide…
‘Mais avant de naître, j’ai payé
Pour une autre destination !’ L’ai-je manquée ? Il sepeut.
Ou tout n’était que Pub, pour ces
Types qui s’ennuient en Pureté cristalline :
“Un monde où s’mélangent Choses et Idées,
Où tous portent une armure taillée,
En chair, os, sang, peau, gélatine.
Aventures ! Exotisme ! Offre limitée.”

*
Traduit du roumain par Tudor Miricà
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Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/07/11/reclama-alexandru-musina-2

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l’Excitateur – Adrian Suciu

l’Excitateur. Né dans un musée. Picolant seul dans un placard,
il inventa Dieu. Allons composter les musiciens!,
cria Icelui, comme une trompette de l’extase, comme les airains du hasard.

Les trains passent où il ne faudrait pas, les ferrailles chahutent!
Les mécaniciens agitent des képis, soufflent en sifflets!
Ils sont les chefs d’orchestre des chemins de fer!
ayant des besaces où ils coltinent du lard non-pendu et des oignons doux.
Et l’Excitateur construit un arrêt rose,
avec un buffet mignon, au milieu du lointain.

Embauchera une flûtiste aux ongles fins pour laver les urinoirs
Fera un profit fabuleux.

Il nommera l’arrêt Balabala.

l’Excitateur. Né dans un musée. Picolant seul dans un placard,
il inventa Dieu l’arrêt Balabala et la symphonie des trains égarés!
*
Traduit du roumain – Cindrel Lupe
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Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/07/03/excitatorul-adrian-suciu

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T’avais les cheveux longs jusqu’au nadir – Emil Brumaru

T’avais les cheveux longs jusqu’au nadir
Tu pendais depuis là jusqu’en terre
Je pensais caresser ton corps de lumière
Tes seins timidement les quérir
Aux cuisses fermées me prosterner
Les toucher ravi de leur blancheur
Par la fleur du lys de la vallée
En m’agenouillant les enlacer
Puis comme un papillon périr
Porté par le vent sinon par l’heure
T’avais les cheveux longs jusqu’au nadir
Tu y pendais depuis jusqu’en terre…

Traduit du roumain – Cindrel Lupe
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lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/07/03/aveai-parul-lung-pana-la-cer-emil-brumaru

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Garde-moi près de toi – Gheorghe Azap

Garde-moi près de toi, lorsque je piquerai ma crise
De me barrer très loin sans appareillage de bord –
Cache-bien mon pyjamas, ma cravate ou valise,
Et que tes chaudes larmes cachettent un accord.

Enflamme mes godasses, routarde armature
La poigne sur la canne et les pensées en deuil
Et de la souche blanche de ta douce créature
Fais-moi des pièges tendres, pour mourir sur ton seuil.

Arrache mes plumes des ailes, lorsque en ta présence
Je régénère humant toute l’arôme de ton cœur –
Chuchote-moi des chrétiennes où coptes indulgences
Enchaîne-moi aux chaises avec ta petite langueur.

Et que tu me secoures, lorsque les aubes m’appellent
Embrasse-moi pépère, farouchement, effréné
Prépare-moi une polenta, du lait dans une coupelle,
Garde-moi près de toi – garde-moi, s’il te plaît.
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traduit du roumain par Cindrel Lupe
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Lisez l’original en roumain :

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/22/opreste-ma-la-tine-gheorghe-azap

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Une fois, on s’aimera – Gheorghe Azap

Une fois, on s’aimera, dans une églogue louche,
Le soir quand les sauterelles goberont l’archevêché;
Une calopsitte de miel habitera ta bouche
Et mon soupir, par ceste, tu sauras imiter.

A ce moment funeste, mes illusions vont cailler,
Le ronron de la foi éclairant ton sourire ;
Le romantisme viendra, des pots et des pichets,
Tu comprendras, froussarde, je te protège du pire.

Des fraises te chanteront tricuspide mélopée,
Pareille au printemps des foules de marmots ;
Rachetant les années où tu fus éloignée,
T’arracheras de moi les tornades, aussitôt.

Délestés de la pique des bigarrées promesses,
Par notre rapprochement un mur on va monter.
Dedans la plus tranquille et fidèle forteresse,
Avec toi, l’adorée, je rêve de m’enfermer.
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Traduit du roumain par Cindrel Lupe
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Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/22/ne-vom-iubi-odata-gheorghe-azap

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Femmes de la terre – George Alboiu

Dans la nuit partaient les hommes
chez les femmes de la terre enterrées aux champs
juste les seins dehors
les tétons dans la rosée trouble.
Se penchaient et creusaient les champs
le sang des paumes devenu impatient couteau.
Chacun voulait sortir de la glèbe une femme
vivante, couverte de terre saine
et la porter à la maison.
Les fronts murmuraient un chapelet de silence
et frissonnaient cognés d’un baiser
tel une feuille qui s’est étouffée d’un galet.
Puis ils bondissaient éreintés –
dieux noirs dans une conjuration de la nuit –
et partaient portant sur l’épaule courbée
chacun une femme de la terre
qui en route rendait son âme.
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traduit du roumain par Cindrel Lupe
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lisez l’original en roumain =
https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/19/femeile-pamantului-george-alboiu

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Trois Nocturnes – Constantin Călin

Nocturne no. 1

Mais, je ré-évoquerai, près de n’importe quel pouvoir resta
éternellement triomphante, à noyau, la pêche,
comme la fenêtre sublimement se ferme et reste une cicatrice,
comme l’été et l’été et l’été tâtonne de naître,
comme, moi même, ébahi de douleur, j’accepte
ce navré méridien sous mes semelles,
comme la nuit l’on suppose.
Je déchois.

Nocturne no. 2

Pharmaciens, enfants, visiteurs de musées,
oiseaux et exercices, n’importe quand
le monde se recomposerait de cinq
éléments primordiaux,
même selon le caprice du soûlard écervelé,
eh bien, conformément à ces veines, par lesquelles
la solitude circule;

oh, il fait soir à l’endroit où je vais,
je suis soupçonné, suis attendu d’un oiseau
célèbre, qui renaît.
(Par hasard.)

Nocturne no. 3

C’est quoi cela bienveillance
de l’espace d’où l’on a diminué un arbre,
où restent, où halètent des tours
pour l’œil, pour la joue, pour l’os…
Le soleil vient des mers sur la muraille
devant la fenêtre, naît
par des jaunes,
de sa devanture moi seul je pars
en monuments, en immortelles bûches
mon âge s’arrête,
moi seul, amoureux de sable, dans un vaste crématoire,
sans douleur je serai, parce que
c’est quoi cela bienveillance, au fait
c’est quoi celui
soleil ?

juin – octobre 1967
*
Traduit du roumain par Tudor Mirică
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Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/05/13/trei-nocturne-constantin-calin

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