Les Parents – Damian Ureche

Sous la chemise l’herbe est plus dure que les dents,
Plus dure que l’oubli et la crainte des gens.
Vers mes genoux mes parents remontent bruyamment
Vers mes yeux qu’ils n’ont pas vus et depuis très longtemps.

Eux, les piètres marcheurs sur les chemins d’antan,
Rompus ils me traversent et puis remarchent encor.
Mère se repose fourbue couchée sur un flanc
Et père maudit les ans qu’ont traversé mon corps.

S’étonnent mes parents ils ne semblent comprendre
Moi juste sous mon front je suis prêt, en émoi,
Et le cœur d’aujourd’hui n’est plus celui, tendre
Lequel, bordé de ciel, ils ont planté en moi.

Ni les épaules qui souffrent sous le fardeau, les deux
Ne sont les mêmes, les tempes, et ni les yeux en peine.
Sans me trouver, les vieux retourneront chez eux
Je sens croitre plein d’herbe sous cette chemise mienne.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe

*

Lisez la version en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/03/21/parintii-damian-ureche

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Dernières nouvelles – Traian T. Coşovei

Encore une tasse de the et je renverserai la bibliothèque
Encore une fumée de clope et je déchirerai
le papier peint aux chats.
Je me souviendrai du jour quand ils ont brulé les corps des baleines échouées,
quand mademoiselle Ivonne alluma le vieux bougeoir du salon.
Couché sur le dos, je songerai que je coupe tes tifs
avec un canif en forme de poisson

Encore une tasse de the et
ils vont frapper par mégarde à ma porte. En protection
je mettrai en miettes l’herbier de la maternelle. En protection
je prendrai le somnifère allemand au nom de liane.
Encore une fumée de clope et
je me souviendrai d’une vieille adresse, je parlerai des
heures durant de la thérapie aux sangsues.

A la fin de ce poème
Je me regarderai longtemps dans le miroir d’ascenseur.
Appuyé sur son métal trouble, les doigts enfoncés dans tous les étages
je souhaiterai oublier instamment
tout ceci.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain=

https://versionroumaine.wordpress.com/2016/12/06/ultimele-stiri-traian-t-cosovei

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Métamorphose – A.E. Baconsky

Ni vos pensées intimes, ni les fleurs ne l’avouent,
Ni les brumes de l’automne, que j’en perds la raison –
Moi seul je l’assume et me prends pour un fou,
Quand ma vie et ma mort je mets dans une chanson.

Je brûle en mi-journée comme si j’oublie de mettre
Mes pas dans une seule herbe, une route et une porte
Que je traverserai comme la lune par la fenêtre,
Ou le silence des saules qui bordent la Mer Morte.

Ma joie est vive quand passent un an et une saison,
Quand dans des glaces obscures mon visage s’attable,
Et l’envie me revient de troquer mon chainon
Contre cui que l’océan enfouit dans le sable.

Je vis plus qu’une rosée des champs, plus longuement
Que l’oiseau des forêts et je me pense fort :
De voir l’étoile maitresse briller au firmament,
S’éparpiller cette heure de plomb dont elle ressort.

Il est matin maintenant au ciel comme une extase
Sur une face dévastée. L’aurore nous inonde…
Je grave dans mon âme comme dans une perle éclose,
En lettres de silence, l’espoir de tout un monde.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
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Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2016/12/05/transfigurare-a-e-baconsky

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Calendrier – Gheorghe Tomozei

Chute depuis mercredi en jeudi,
s’enfume aux alentours du midi,
de jeudi en vendredi une coulée
tel qu’en nos troubles, jeunes années
vendredi pour samedi troqué
comme un éclat bien agathé…
Me voilà je suis le pauvre manche
qui lave les pieds du dimanche
s’attardant honteusement aux chevilles
sur l’os au senteur de myrtilles.
Les doigts allongés de partout
je touche les pommes de ses genoux
et le temps de courir quémander
a sa mère, la semaine, ma fiancée,
avec des parlottes
de neige en bouillottes,
du verbe des mes ancêtres hardis

on est déjà lundi…

*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe
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https://versionroumaine.wordpress.com/2016/10/14/calendar-gheorghe-tomozei

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Nous en voilà, encore hiver -Alexandru Andriţoiu

Nous en voilà, encore hiver et grêle,
aussi la neige nous prise en douce brise,
et notre pauvre glaise encore se gèle
lorsque d’autres que nous le feu attisent.

Ça montre que le froid sera vainqueur
finalement c’est lui qui va trancher
jouant avec les balles qui sont nos cœurs
avec l’âge court qui va nous habiter.

Nos hordes sont descendues des pâturages
un nouveau pli au rêve et au visage
mais avec grand espoir d’un nouveau temps
qui près des cimes du souvenir se passe
les pas rompus laissant, dans l’ombre, une trace

pourvu que nous vivrons jusqu’au printemps…

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Traduit du roumain par Cindrel Lupe
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https://versionroumaine.wordpress.com/2016/10/13/si-uite-astfel-ni-se-face-iarna-alexandru-andritoiu

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Poésies d’amour – Dorin Croitor

Ne me pardonne pas inoublié,
ne m’oublie pas en m’aimant !
Une seule fleur peut prendre en halage un printemps
mais tous diront que ce n’est pas assez,
que la saison est une fausse Arche,
qu’il n’y a pas de pétale sans cernes.
Fadaises,
je pense qu’on s’est connus si tard
qu’on s’est gagné le droit
de mourir, enlacés
jeunes, en chaque saison.
*
Il pleut comme si la patience tiendrait
des cours pour croque-morts dévoués.
Tu ressens la peur humide des bourgeons,
la réchauffes de ta voix,
mais tu crains de nommer une fleur,
ne pas la vouloir trop tôt
la secouer d’une consonne glacée trop pointue.
Dans ta suite recluse de vécus je nettoie,
moi celui qui suis moitié pluie
moitié soufflet pour attiser le feu,
en te proposant le thé chaud de la patience,
en suivant ta température
qui se prolonge frémissante en équinoxes
comme dans un salon des saisons chétifs.
Dans le solde esseulé du printemps la pluie cure.
*
Le plus possible des printemps, l’amour,
arrive comme une mariée seule nu-pieds,
fredonnant appliquée,
rayonnant résignée
l’entier solennel d’un autel nu.
Pas d’autre robe que la carrosse,
qui la suit portant ses coturnes pesants,
intouchés, inappropriés, inconnus,
exhalant le devoir,
les réponses inattendues.
Elle ne versera pas une larme, selon les attentes
des ogres de la sensibilité,
qui comptent les pleurs au prix du sérum,
Elle dira « Oui ! » si je lui aurai tout verdi autour
les bras tendus vers le désir,
si la masse d’armes du désir fleurira ses clous.
Le plus possible des printemps, l’amour,
*
Traduit du roumain – Cindrel Lupe
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https://versionroumaine.wordpress.com/2016/10/07/poezii-de-dragoste-dorin-croitor

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Sur la croix – Vasile Voiculescu

Jésus meurt sur la croix. Sous la féroce fournaise
Son front était pur, même saigné par les épines
Aux roches du Golgotha le ciel de Palestine
Semblait verser des braises.

Même au seuil de la mort les lettrés le médirent
Les gardes le faisaient boire du fiel et de l’aigreur…
La foule hurlait de rire aux spasmes de la douleur
Les truands l’agonirent.

A ses pieds, terrassée, pleurant, gisait Marie
De son cœur éclataient les malédictions d’une mère
A ses cotés Madeleine, voilée, dit ses prières,
L’horreur dans tous ses cris.

De loin, tous ses disciples, sans forces regardaient…
Il leur restait de fuir dans un monde sans raison
Sa mort était la fin d’un espoir et leur mission
Ces gens inconsolés.

Plus tard la foule en grappes partit vers la cité
Par les chemins étroits couverts de grises lauzes
Les pharisiens passèrent avec leurs faces moroses
Et leurs barbes argentées.

Oliviers effeuillés dormaient séchant leurs croupes
Embrumé, en vallée, Jérusalem dormait
Comme le dernier sommeil sur la croix du sacré
Jésus, veillé des troupes.

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Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
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Lisez l’original en roumain=
https://versionroumaine.wordpress.com/2016/10/04/pe-cruce-vasile-voiculescu

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