Peut-être le paradis – Daniel-Silvian Petre

Peut-être que le paradis est un endroit
ou les gens naissent déjà vieux
Peut-être que le paradis est un endroit
aux arbres toujours effeuillés
aux ordures non ramassées
depuis trois semaines
Un endroit ou les fleurs sentent l’humain

Peut-être que le Bon Dieu est un homme
entre deux âges
Il sort sur le balcon
le dimanche
vêtu en pyjama
Il fume des cigarettes effritées
Il hurle sur Ses marmots
beaux
comme des anges
de mettre la musique moins fort

Peut-être que le paradis est dans ma rue
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe

*
lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2018/05/28/poate-ca-raiul-daniel-silvian-petre

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Buffalo Bill – Radu Stanca

Ce soir la malle-poste traversera les gorges
Nous allons la surprendre au lieu déjà connu,
Tel au temps ou les haches sortaient tout droit des forges
Et on tirait le mousquet, comme dans l’ère révolue.

Ce jour on ne touchera pas la malle de fric remplie,
Ni aux fines soieries, crèmes ou colifichets,
On touchera pas la bourse comme une balle dodue
On fouillera pas les poches cachées en lieu secret.

On ne s’enfoncera pas dans des sacs d’or qui débordent
Nous défierons la harde des pingres voyageurs
De toute manière, nous n’allons pas, roulant des cordes,
Couvrir nos yeux de masques, amis loyaux et chers.

Pas pour toucher la blonde errante dans les broussailles
Qui tremble et qui fourre ses perles entre les seins,
Pas pour choper aux filles l’anneau de fiançailles
Tournerons-nous féroces les pétards dans nos mains.

On s’en fout de la bourse de l’usurier rapace
Qui claque des dents sur le banc, pris d’un frisson mauvais,
Ni le panier aux poules, même pas le coq qui croasse
En battant des ailes, près du chariot retourné.

Ce soir, amis, la poste amène une autre chose
Plus noble et précieuse qu’on pourrait en penser
Voyant une voyageuse mince svelte, toute rose
Ou plein de sacs en jute, d’argent et or bondés.

Ce soir la malle-poste ramène une personne idéelle,
Un voyageur de marque comme je ne saurais dire,
Ramène le temps – le seigneur que aucune gabelle
N’a jamais réussi à le faire revenir.

Boyard avec des haras et gîtes éphémères
Où des chevaux de race tirent les années bleutées,
Négociant de liqueurs, si doux, tantôt amères
Un pingre qui ne se laisse tenter par des beautés.

Plus riche qu’on peut comprendre et plein qu’il en déborde,
Sous la veste on devine la bourse remplie, dodue,
Des bagues qui clignotent sur ses doigts font concorde
Et le revers du veston porte une étoile tordue.

En or massif, une chaîne traverse sa bedaine
Avec une montre ronde qu’il consulte, empressé,
Regardant distraitement et avec l’allure mondaine
Si, un instant – des siècles – en rabe serait resté.

Quand il s’endort bercé par les vagues de ronde
De la carrosse portée par les grisés bardots,
Il ronfle et écrase comme le fait tout le monde
Dodelinant sa tête comme tout autre ballot.

Il n’est du tout étrange et a une bonne figure,
Ce qui ne fait pas croire le grippe-sou qu’il est,
Personne ne le garde, il erre dans la nature,
Il voyage tout seul et toujours épuisé.

N’ayez aucune crainte, la lutte sera aisée
Et lorsque dans nos trappes enfin nous en tiendrons
Son éternelle toile, cette-fois-ci cassée,
De tous brigands du monde nous, les plus riches serons.

Si on s’empare de lui et de son trésor si rare,
Nous sommes vernis, les mecs, au-delà de nos pensées,
Et si, ce soir, de cette personne on s’empare
Nous aurons fait un coup qu’on pourra nous envier.
*

Traduit du roumain par Cindrel Lupe

Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/12/30/buffalo-bill-radu-stanca-1920-1962

 

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Le Diptyque des Rois – Romulus VULPESCU

ADALBERT cerf vert:
Serpe, fier-celte, haubert.

BLEGOSLAV l’esclave
Rave-grave, slave suave.

CLEOBULE le nul:
Pitt bull, pête p’tit-cul.

DEIFOBE le snobe:
En robe, gobe, mort-probe.

EVARISTE le triste:
Piste mixte, kyste, ciste, liste.

FERIDUN le brun:
Fier bruni, trône Hun.

GOLIATH le croate:
Tchate, mate, tâte une chatte.

HOLOFERNES le terne:
Cernes, yeux-fermes, paterne.

ISRAFEL le bel:
Zèle, gèle, elfe fidèle.

JIVOMIR le sbire:
Tirelire, sylphe-vampire.

KENNICOTT l’escot:
Pied-bot, lord bigote.

LISIMACE le trace:
Face-basse, grâce vorace.

MAUSOLE le fol:
Faux-col, ras-le-bol.

NEGROPONTE le ponte:
Blond comte, prompt ton monte.

OLDERIC ludique:
Tique, clique bique en crique.

PERIBEE l’abbé:
Périt, bée, lave-blé.

QUERIGUT la brute:
Gros rut, croûte gratte, goûte.

REGINALD le pâle:
Fard, smart, art final:

SIGISMOND le blond:
Calice-pisse, tout rond

SAHGIHAN le vanne:
Plane crâne âne qu’ahane.

TEOFRASTE le caste:
Faste, flasque, faux fil chaste.

TATALIN le fin:
Feint la faim, brin, crin.

UNTERBECK le sec:
Bec en cake, quel mec

VICLENIDE le vide:
Vil mythe, myrte, ride, guide.

WALDEMAR le rare:
Criard boyard, gare.

XISUTHROS le gros:
Rote trop, trisse en pro.

YLDEGUS le gus:
Suce-pouce, douce mousse pousse.

ZUMBALAY qui baille:
Faille, caille, rien qui vaille.

*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
Lisez la version en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/09/26/pomelnicul-regilor-romulus-vulpescu

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COMME SI ON POURRAIT INTERESSER QUELQ’UN – Adrian Suciu

Je pense toujours être en bonne santé pour
quelqu’un qui, sans conscience de la mort, à cinq ans,
trouva sa mère morte dans la maison, affalée sous la table
dont je pourrais décrire la forme de mémoire à tout moment.
Je la priai chante moi « Frère Jacques » mais
elle ne le fit pas et depuis je sais qu’un mort est celui qui
n’écoute pas tes requêtes – bien sûr,
cela vaut bien pour des vivants mais
on ne renie pas ses acquis à cinq ans pour si peu…
Des funérailles, je ne me souviens rien
quoique j’ai la preuve d’y avoir été,
une photo de moi dans les bras de mon père
et moi qui regarde le visage entouré de lys de maman
avec ma figure d’enfant innocent que j’espère
avoir eu encore quelques fois dans la vie. « Espère » dis-je
car je hais me regarder dans un miroir en ces moments quand
je pense avoir la figure d’enfant innocent. C’était une table
écarlate, les pieds arqués, décorés
de motifs végétaux sur les bords. J’écris comme si on
pourrait s’intéresser à ma putain de table de l’âge de cinq ans.
En fait,
j’écris toujours comme si on pourrait intéresser quelqu’un. Si
maman aurait lu une de mes poésies,
elle aurait été intéressée, elle. « Mon poète » aurait-elle dit,
elle, sans conscience de la poésie,
à moi, sans conscience de la mort.

*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.

*

Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/09/04/ca-si-cind-ar-interesa-pe-cineva-adrian-suciu

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Publicité – Alexandru Muşină

J’ai la flemme de dormir. Bien que je sois fatigué.
Je me reveillerai dans un siècle, un millénaire… Mes
Coussinets seraient, certes, changés.
Et la peinture. Mais la Mécanique stupide
Ira toujours, la même, dans l’éternité :
Amour, pitié, haine, crime, suicide…
‘Mais avant de naître, j’ai payé
Pour une autre destination !’ L’ai-je manquée ? Il sepeut.
Ou tout n’était que Pub, pour ces
Types qui s’ennuient en Pureté cristalline :
“Un monde où s’mélangent Choses et Idées,
Où tous portent une armure taillée,
En chair, os, sang, peau, gélatine.
Aventures ! Exotisme ! Offre limitée.”

*
Traduit du roumain par Tudor Miricà
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Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/07/11/reclama-alexandru-musina-2

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l’Excitateur – Adrian Suciu

l’Excitateur. Né dans un musée. Picolant seul dans un placard,
il inventa Dieu. Allons composter les musiciens!,
cria Icelui, comme une trompette de l’extase, comme les airains du hasard.

Les trains passent où il ne faudrait pas, les ferrailles chahutent!
Les mécaniciens agitent des képis, soufflent en sifflets!
Ils sont les chefs d’orchestre des chemins de fer!
ayant des besaces où ils coltinent du lard non-pendu et des oignons doux.
Et l’Excitateur construit un arrêt rose,
avec un buffet mignon, au milieu du lointain.

Embauchera une flûtiste aux ongles fins pour laver les urinoirs
Fera un profit fabuleux.

Il nommera l’arrêt Balabala.

l’Excitateur. Né dans un musée. Picolant seul dans un placard,
il inventa Dieu l’arrêt Balabala et la symphonie des trains égarés!
*
Traduit du roumain – Cindrel Lupe
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Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/07/03/excitatorul-adrian-suciu

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T’avais les cheveux longs jusqu’au nadir – Emil Brumaru

T’avais les cheveux longs jusqu’au nadir
Tu pendais depuis là jusqu’en terre
Je pensais caresser ton corps de lumière
Tes seins timidement les quérir
Aux cuisses fermées me prosterner
Les toucher ravi de leur blancheur
Par la fleur du lys de la vallée
En m’agenouillant les enlacer
Puis comme un papillon périr
Porté par le vent sinon par l’heure
T’avais les cheveux longs jusqu’au nadir
Tu y pendais depuis jusqu’en terre…

Traduit du roumain – Cindrel Lupe
*
lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2017/07/03/aveai-parul-lung-pana-la-cer-emil-brumaru

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