Archives de Catégorie: Mircea Florin Şandru

ROMEO & JULIET – Mircea Florin Şandru

D’une dime sans âge – on paye le passage,
Aux brillantes portes des mariés morts,
Des ces endormis de ces moult chéris,
Flottant sur les eaux de ces sombres sorts.
La barque sur clapotis, Lethe s’assombrit,
L’œil referme la vie dans un songe vacille,
Devant notre face froide, bleue et lasse
Le soleil rouge tombe dans une vrille.
La rive se sépare, s’éteignent les phares,
Ombres apercevant, toutes se se suivant,
Seulement le désir et le souvenir
Troublent cette brume du fleuve innocent.
Bientôt on passera par ce long gué froid,
Dieu sait quand la barque s’y arrêtera
Nous rejoindrons ces cryptes oblongues,
Où toujours ensemble on y sera.
*
© Mircea Florin Şandru
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain =

https://versionroumaine.wordpress.com/2016/09/26/romeo-juliet-mircea-florin-sandru

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Mircea Florin Şandru

DEVANT LA MER – Mircea Florin Şandru

Sais-tu la mer d’amères larmes, par le vent froissée,
Sans soleil, sans navires, sans bouée,
Rien dans l’étendue, sauf des oiseaux au vol cassé ?
Sais-tu la mer comme une tombe fermée ?
Sais-tu la mer dans le ciel enfoncée, et sanglante,
Comme une pierre, un aveugle qui se lamente ?
Sais-tu la mer qui est toujours triomphante,
Même de l’âme, qui soi-même se hante ?
Sais-tu la mer de larmes, et sa couleur gris-verte
Vers les berges poussant l’eau de plomb a sa perte ?
Sais-tu la mer étrange, qui frappe si alerte
Le phare suranné, la falaise déserte ?
Sais tu la mer de mes orbites coulant,
Sur ta peau si limpide, sur ton visage d’enfant,
Sur tes cuisses dans la nuit résonnant ?
Sais-tu la mer où je te cherche en hurlant ?
*
© Mircea Florin Şandru
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe

Lisez l’original en roumain = http://wp.me/p1wz5y-xB

Poster un commentaire

Classé dans Mircea Florin Şandru

Deux poèmes par Mircea Florin Şandru

APPRENDS-MOI ENCORE LES JEUX DE L’AMOUR

Esseulé, hirsute, tapi dans ma propre carapace
Je ne sais plus la douceur d’un corps de femme
Laisse-moi te tenir dans mes bras, laisse-moi sentir
Ton arôme enivrante, te caresser le front,
Laisse mon toucher découvrir tranquille
La peau de ton cou et des cuisses. Oh, c’est toi
La plus belle sur cette Terre,
Ta lumière éclaire jusqu’à mille lieues,
Tel que le plumage doré d’un oiseau des montagnes,
Tel que le cyprès dans l’herbe menue, quand il fait nuit,
Tel que le globe de cristal flottant sur les ondes,
Ton corps est la harpe que les dieux ont touché.
Oh, Adonaï, Adonaï, cette femme tu l’as faite pour moi,
Elle est mon autre et finalement tu l’as fait venir
Me réveiller du sommeil, me sortir de la mort.
Laver mes yeux. Bienvenue sois, femme, je te dis
Apprends-moi encore les jeux de l’amour, car je les ai oubliés.
*

ALLONS BOIRE, ALLONS GIGUER

La dépouille du témoin gênant sera coulée en béton et ainsi
Sera part de la fondation du nouveau hypermarché. La dépouille du lapin
Sera mélangée en bitume pour la nouvelle autoroute
Et dormira là-bas pour l’éternité,
Le faucon sera happé par les moteurs à réaction
Et il n’en restera de lui que des menus molécules de scorie,
La dépouille du fusillé d’une balle dans le crâne reposera dans le jardin de la prison,
Même si des années plus tard son immense innocence sera prouvée,
La dépouille embaumée du dictateur sera chassée du mausolée,
Elle sera brûlée et l’urne sera perdue dans un bled de province,
La dépouille du dissident qu’un bolide percuta le soir de septembre
Sera jetée dans un canal et jamais rien n’en saurons de lui
La dépouille de la fille restera quatre jours en morgue, ensuite sera un don,
Fait par un prochain quelconque, aux labos de chimie.
La dépouille de l’instant se trouve dans ce poème ; le poème est un cercueil,
Ma dépouille esseulée sera découverte des semaines plus tard,
Lorsque j’aurais pourri et je  ne serais qu’un doute d’ossements …
Allons boire, allons giguer, allons chercher le boxon à lanterne rouge,
Et disperser notre vigueur dans la fille brune, la fille blonde, la rousse aux yeux verts,
Dans la négresse qui porte aux fesses du sorbet de noix de cocos.
Bientôt serons nous jetés en béton, en bitume, en canal, en crevasse de la mort,
Le Maître des cérémonies tire le rideau, la gala est finie,
Les jupons de la Mère Grand volettent quand elle se tient sur la bouche d’aération,
Ouvre ses jambes et nous reçoit ; nous entrerons tous dans son énorme grotte.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez les originaux en roumain =

http://wp.me/1wz5y

Poster un commentaire

Classé dans Mircea Florin Şandru

CHANSON POUR ANNE – Mircea Florin Şandru

 
Dans pas longtemps je passerai de l’autre côté,
Dans les rameaux ne restera que l’ombre, une cloche étoilée
Où je suis resté nuits et jours avec Anne. Douceur était son goût,
Sauvage était son corps, profonds étaient ses yeux, ses yeux noirs.
Lorsque le soir tombait, lorsque les rideaux étaient tirés, lorsque de menus feux
Vacillaient dans le foyer, je dessinais des fleurs sur sa peau.
Comme si tout me faisait mal. Encore j’entends le sang bouillir,
Le chant de la pluie, ses cuisses se touchant sous le drap,
Un son empourpré brillant dans sa chair
Et dans la mienne ; une musique montant d’en-dessous, une plainte venant
D’au-dessus. Un bouquet de genêts, un arbuste à thé, une grenade,
Un panier de noix, un gâteau d’anniversaire, sa jupe rouge
Oubliée sur l’écrin, la blancheur de son corps, perles dans des boites noires, en pierre,
Tout cela vit, gravé dans le feu,
Mon cortex fume; de ses cendres un bleu chérubin vole vers le ciel,
L’eau de la nuit s’écoule en gouttes menues; oh, jeune je fus, oh, jeune je fus.
Mais là dans pas longtemps je passerai de l’autre côté; l’être quittera l’être,
Dans les rameaux ne restera que l’ombre, une cloche étoilée
Où je suis resté nuits et jours avec Anne.
 
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain =
http://wp.me/p1pjp4-Ak

2 Commentaires

Classé dans Mircea Florin Şandru

L’ombre de la rivière au ciel – Mircea Florin Şandru

L’ombre de la rivière au ciel, glissant avec la rivière,
L’ombre des nuages au sol, sur la verte plaine,
Et la plaine elle-même portant son ombre sur l’eau,
L’arbre devant la fenêtre,
Tremblant, de ses écailles vertes,
Portant son ombre sur la pierre,
L’ombre de l’instant s’éteignant dans le sable,
Celle de l’oiseau qui tombe, ensuite remonte
Dans la clarté. Marchons en douceur
Dans cette journée, car elle nous a été donnée
Et un autre pareille ne sera plus.
Comme un blanc essaim tombe la lumière,
Sa fraîcheur nous affuble
Tel le manteau d’un invisible pèlerin.
Parmi les choses nous vaguons,
Parmi leur formes changeantes
Elles se taisent dans une langue inconnue,
L’ombre de notre corps scintille
Nous suit toujours, comme si Quelqu’un d’un autre Temps
Inquiet nous recherche,
L’ombre de la rivière au ciel, glissant avec la rivière.
*
Traduit du roumain par Cindrel Lupe.
*
Lisez l’original en roumain :
http://wp.me/p1wz5y-vG

Poster un commentaire

Classé dans Mircea Florin Şandru

Le Soleil noir – Mircea Florin Şandru

Le soleil se brisait en fragments de lave acérée,
Ecrasé du vide, par les grandes forces contraires,
Il faisait tout noir, il faisait froid dans ta maisonnée,
Toutes les étoiles et planètes tombèrent dans la mer.
 
Commençaient à s’effriter les murs et les pierres,
Toutes les choses crissaient dans ton logement,
Le fer, le cuivre, l’argent devinrent poussière,
La matière restait tapie sur elle-même en hurlant.
 
Je ne t’apercevais plus dans l’obscurité gelée,
Même ton corps ne frissonnait plus près de l’entrée,
Nous mourrons ! nous mourrons ! j’ai crié
Et je te cherchais comme un aveugle dans la cendrée.
 
Mais soudain quelque chose de miraculeux arriva,
Sur ton bras gauche une torche tu as allumé,
Mon Dieu, femme, j’ai dit, Jésus Christ c’est toi
Et m’agenouillant, j’ai commencé à pleurer …
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-jt

 

Poster un commentaire

Classé dans Mircea Florin Şandru

Une valse à Vienne – Mircea Florin Şandru

ce bel poème devrait être lu en valsant ...
 
Princesse de cire ce soir daigne venir
Une valse je voudrais à Vienne danser
Ton être en soupir le laisse me fournir
Archet de plaisir qui me fasse vibrer.
 
Sur Köningenstrasse, aux si vieilles paroisses
Voitures en coulée à Hofburg à l’entrée
Sous voiles en madras des belles jacassent
Dans la salle de bal du bourg suranné.
 
Ta main viens me tendre, ma main viens la prendre
Me sentir tamisé dans le sable oublié
En volutes de cendre voir s’allumer tendre
Sous les vieux bronzes, le sternum argenté.
 
Ensuite qu’elle y erre la voiture chimère
Et oublions que j’existe, tu existes
Qu’elle nous immerge dans les ondes des berges
Dans le si grand fleuve des mariés tristes.
*
traduit du roumain par Cindrel Lupe .
*
Lisez l’original en roumain :

http://wp.me/p1wz5y-g0

 

1 commentaire

Classé dans Mircea Florin Şandru